XXXVI : déconcerter l’adversaire par des paroles insensées

L’Art d’avoir toujours raison

Par Arthur Schopenhauer




XXXVI : déconcerter l’adversaire par des paroles insensées

Nous pouvons stupéfier l’adversaire en utilisant des paroles insensées. Ce stratagème est basé sur le fait que :

Gewohnlich glaubt der Mensch, wenn er nur Worte hort,
Es musse sich dabei doch auch was denken lassen.

S’il est secrètement conscient de sa propre faiblesse et est habitué à entendre de nombreuses choses qu’il ne comprend pas, mais fait semblant de les avoir comprises, on peut aisément l’impressionner en sortant des tirades à la formulation érudite, mais ne voulant rien dire du tout, ce qui le prive de l’ouïe, de la vue et de la pensée, et sous-entend qu’il s’agit d’une preuve indiscutable de la véracité de notre thèse. Il est bien connu que dans les temps modernes, certains philosophes ont utilisé ce stratagème contre tout le peuple allemand avec un brillant succès. Mais comme il s’agit d’exempla odiosa, nous pouvons préférer nous référer au Vicar of Wakefield de Goldsmith, chap. 7.

 XXXV : les intérêts sont plus forts que la raison

XXXVII : une fausse démonstration signe la défaite