Résultats :

[[ selected.title ]]


Citations de [[ quotation_author ]] et ,
Une publication [[ author_source ]] et ,


Le canular israélien des viols du 7 octobre : 300 pages pour un reboot

Le canular israélien
des viols du 7 octobre :
300 pages pour un reboot

Par Ali Abunimah

Une publication The Electronic Intifada


Article



Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Les grands médias relaient un nouveau rapport faisant état de viols commis le 7 octobre, sans vérifier s’il s’appuie sur des sources et des témoignages discrédités.

*

AVERTISSEMENT ! Contenu perturbant !

RÉSERVÉ À UN PUBLIC AVERTI !
Cet article contient des descriptions explicites de violence sexuelle.

Les grands médias présentent un nouveau rapport comme une avancée concluante sur le sujet des viols de masse, qui auraient été commis par le Hamas contre des Israéliennes, le 7 octobre 2023.

Il n’en est rien. Avec son poids de près de 300 pages, « Silenced No More » (« Plus jamais réduits au silence »), publié par une prétendue « Commission civile » indépendante, n’est pour l’essentiel qu’une recompilation d’accusations anciennes, d’allégations anonymes et de spéculations.

On y trouve notamment de nombreuses accusations émanant de personnes dont les récits ont déjà été démontrés contradictoires, peu fiables ou fabriqués.

Mais, on ne le devinerait jamais à la façon dont les médias en rendent compte.

Le Daily Mail britannique a affirmé que le rapport révélait « pour la première fois » la « pleine dépravation » des horreurs sexuelles « inimaginables » commises par le Hamas, « que certains, à gauche, mettent ENCORE en doute ».

CNN a qualifié le nouveau rapport de « majeur »1 et a invité son auteure principale pour une interview.

La BBC l’a présenté comme « le rapport le plus complet » qui documente des « viols, agressions sexuelles et tortures sexuelles » contre des Israéliennes.

Aucun de ces médias n’a été un tant soit peu sceptique, ni n’a fait preuve de la moindre prudence critique — une attitude aux antipodes de celle qu’ils déploient habituellement face à pratiquement tous les récits de violences israéliennes contre les Palestiniens.

Le Monde, dans un article par ailleurs complaisant, a esquissé un soupçon de critique, en reconnaissant que le rapport pourrait être contesté pour avoir mêlé des incidents allégués « de natures différentes », incluant des actes « dont la dimension sexuelle n’est pas claire ».

Selon The Globe and Mail, le rapport prétend mettre au jour des schémas de « viol, viol collectif, autres formes d’agression sexuelle, torture sexuelle — y compris brûlures et mutilations », ainsi que des allégations d’abus sexuels post-mortem, d’humiliation et de profanation de corps.

Tableau effroyable, s’il est exact. Mais — et c’est révélateur —, le quotidien canadien reconnaît que le rapport affirme que « les violences sexuelles ont été à la fois généralisées et systémiques, sans pour autant fournir le nombre de victimes ».

Une « Commission civile » discréditée

La vérité, c’est que la Commission civile — initiative lancée par la juriste israélienne Cochav Elkayam-Levy, peu après le 7 octobre — avait déjà été gravement discréditée par les médias israéliens, il y a plus de deux ans.

Elkayam-Levy a été vivement critiquée pour ses piètres méthodes de recherche, lesquelles ont même fini par embarrasser certains membres du gouvernement israélien.

« Les gens se sont détachés d’elle parce que son enquête n’est pas rigoureuse », a déclaré une source au sein du gouvernement israélien à Ynet, le site affilié à Yedioth Ahronoth, journal israélien à grand tirage.

Cette source a rappelé qu’Elkayam-Levy avait relayé une histoire selon laquelle des combattants palestiniens auraient « ouvert le ventre d’une femme enceinte » — une histoire dont le caractère mensonger a été prouvé — et qu’elle l’avait répandue dans les médias internationaux.

« Ce n’est pas une plaisanterie. Peu à peu, les professionnels ont commencé à prendre leurs distances avec elle parce qu’elle n’est pas digne de confiance », a ajouté la source en soulignant les dommages que ces fausses informations causent à la crédibilité d’Israël, déjà mise à mal.

Il avait déjà été révélé qu’Elkayam-Levy avait tenté de faire passer une vieille photo d’une combattante kurde, décédée dans un autre pays, pour celle d’une victime des violences du 7 octobre.

Elkayam-Levy s’est également attiré les critiques pour son opportunisme financier.

« Elle a accepté des dons d’un tas de gens et a commencé à demander de l’argent pour ses conférences. »

Mais, ces mises en garde n’ont pas fait fuir la kyrielle de bailleurs de fonds du lobby pro-israélien, parmi lesquels les Combined Jewish Philanthropies, la Jewish Federations of North America, la Jewish Federation of Los Angeles, la Jewish Federation of Greater Philadelphia, le Jewish United Fund of Metropolitan Chicago, le New Israel Fund et la Wilf Family Foundation.

Parmi ceux qui ont financé le rapport, figure le gouvernement allemand, au travers de son ambassade à Tel-Aviv ; ce n’est pas anodin puisque des dirigeants allemands ont ouvertement relayé de fausses accusations sur des violences sexuelles le 7 octobre, notamment la fabulation selon laquelle des combattants du Hamas se seraient filmés en train de violer des femmes israéliennes.

Aucune vidéo de la sorte n’existe.

Sur son site web, la Commission civile énumère par ailleurs « nos précieux partenaires », parmi lesquels Microsoft et le gouvernement du Canada.

La première douzaine de pages du rapport est dominée par les recommandations de personnalités et politiciens ardemment pro-israéliens, tels que Hillary Clinton, Sheryl Sandberg et Rahm Emanuel.

Le politicien canadien Irwin Cotler y figure comme « contributeur principal » et en a signé l’avant-propos. Il est un des piliers de longue date du lobby pro-israélien. Il est largement considéré comme un apologiste des crimes d’Israël contre les Palestiniens.

Cotler est également membre honoraire du conseil de Doctors Against Racism and Anti-Semitism (DARA), un groupe pro-israélien qui a exhorté l’Université de Toronto à traiter les accusations d’apartheid ou de génocide israéliens comme antisémites.

En 2024, une enquête de la publication canadienne The Maple a établi que des affirmations clés de Cotler — répétées pendant des années — sur ses liens avec Nelson Mandela et la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, n’étaient pas étayées ou étaient contredites par des sources sud-africaines.

Les victimes introuvables de viol

Le rapport apporte-t-il quoi que ce soit de nouveau ?

Les auteurs affirment avoir mené plus de 430 « entretiens, témoignages et réunions, formels et informels », et s’être appuyés sur des entrevues médiatiques, des enquêtes journalistiques, des documentaires, des podcasts, des auditions parlementaires et un index de la couverture publique relative à de prétendues violences sexuelles.

Le problème majeur du récit israélien des viols de masse le 7 octobre n’a jamais été la simple absence d’identification publique des victimes. Le respect de la vie privée peut tout à fait justifier l’anonymisation des survivants et la rétention des éléments identifiants.

Pourtant, à ce jour, Israël n’a pas fourni le décompte anonymisé le plus élémentaire auquel on s’attendrait dans une enquête sérieuse : combien de personnes ont porté plainte pour avoir été violées le 7 octobre ; combien de personnes décédées ont été formellement identifiées comme victimes de viol ; combien de familles ont été informées que leurs proches étaient considérés comme ayant été violés ; et combien de cas allégués reposent uniquement sur des déductions de témoins, des ouï-dire ou des spéculations fondées sur l’état des corps observés par des personnes sans qualification ?

Le rapport de la Commission civile ne comble pas cette lacune. Il ne fournit ni décompte clair des victimes ni liste transparente de cas : seulement un mélange d’anciennes déclarations publiques, de références à des archives confidentielles, de récits de seconde main et de généralités sur de soi-disant schémas.

En janvier 2025, une procureure israélienne a admis qu’il n’y avait toujours aucune plaignante dans les affaires de viols présumés du 7 octobre.

Cela demeure le trou béant de tout ce narratif, et la Commission civile fait tout son possible pour le dissimuler.

La Comission affirme que des informations confidentielles ont été retenues et que ses conclusions sont parfois présentées uniquement en « termes généraux » pour éviter d’identifier les victimes, y compris dans les cas où les familles de victimes assassinées ignoreraient que des crimes sexuels auraient été commis contre leurs proches.

Cela signifie que certaines des accusations les plus effroyables du rapport sont, intentionnellement, soustraites à tout examen public sérieux.

La protection de la vie privée est bien sûr une préoccupation légitime et primordiale, mais cela ne saurait expliquer l’absence flagrante de témoignages directs de victimes de viol.

Rien n’empêchait les auteurs d’inclure des témoignages anonymisés à la première personne de survivantes de viol, en utilisant des pseudonymes et en omettant les détails permettant de les identifier — pratique courante dans les rapports sur les droits humains.

Le même problème apparaît dans la section consacrée aux kibboutzim : le rapport lui-même indique qu’il n’y a « aucun survivant connu de [violences sexuelles et à caractère sexiste] issu des attaques contre les kibboutzim le 7 octobre » ; les seuls survivants sont ceux qui ont été emmenés en captivité.

Publier des témoignages anonymisés à la première personne est précisément la démarche qu’ont adoptée les chercheurs lorsqu’ils ont publié les récits directs, explicites et détaillés de survivants palestiniens qui ont subi des viols et des tortures sexuelles en détention militaire israélienne.

Des Palestiniens relatent des viols collectifs par des soldats israéliens et des chiens
(Ali Abunimah, The Electronic Intifada, novembre 2025)

Le rapport de la Commission civile inclut effectivement plusieurs témoignages anonymisés portant sur des actes de violences sexuelles autres que des viols. Mais on n’y trouve aucun témoignage direct de victime de viol — à une exception près : un homme désigné comme « D », un vétéran du renseignement israélien qui affirme avoir été victime d’un viol collectif.

Les déclarations de D avaient déjà été relayées par les médias israéliens en juillet 2024 — où il était désigné par la lettre hébraïque « Dalet » —, après qu’il eut intenté un procès pour réclamer environ 137 millions de dollars au gouvernement israélien.

La Commission civile affirme que le récit de D est « étayé par » des dossiers médicaux.

Mais, Amnesty International avait également interrogé D et examiné ses dossiers médicaux. Ce qu’en rapporte l’ONG suggère qu’il y a bien moins de substance que la Commission civile ne voudrait le faire croire.

Selon Amnesty : « Les dossiers montrent qu’il a consulté le médecin à deux reprises, en mars et en mai 2024, qu’il a signalé lors des deux consultations des angoisses et des peurs liées au fait d’avoir été présent au festival Nova au moment de l’attaque, et qu’il a déclaré, lors de la deuxième consultation, avoir été victime d’une agression sexuelle sur le site du festival Nova. »

De tels dossiers peuvent attester du fait que D a dit à un médecin en mai 2024 avoir été violé en octobre précédent. Mais, d’après la description précise d’Amnesty, il ne semble exister aucune preuve médicale de l’agression elle-même.

Aucun témoignage direct de viol en captivité

Le rapport de la Commission civile affirme que des femmes et des hommes israéliens revenus de captivité à Gaza ont « témoigné avoir subi des viols, des tortures sexuelles et d’autres formes d’abus sexuels lors de leur enlèvement et/ou pendant leur captivité, ainsi qu’avoir été témoins d’actes sexuels infligés à d’autres otages, y compris à des membres de leur famille ».

Cependant, la section consacrée à la captivité ne semble pas comporter de témoignage direct, à la première personne, d’un otage libéré affirmant avoir été violé pendant sa captivité.

La seule source publique suffisamment précise que le rapport cite au sujet du viol des otages semble être une interview publiée en juin 2024 dans le Washington Post avec l’ancienne captive, Moran Stella Yanai, qui déclare explicitement à propos de ses ravisseurs : « Ils ne m’ont pas violée, ils ne m’ont pas touchée. »

Mais, le Post ajoute : « Ce qui la hante le plus, ce sont les récits de viols racontés par d’autres otages de sexe féminin, qui les lui ont confiés à voix basse pendant leur captivité. Elle garde leurs secrets sans révéler leurs noms, afin de protéger leur vie privée et de ne pas mettre davantage leur vie en danger. »

Il convient de noter que si de nombreux témoignages d’anciens captifs font état de la peur du viol, de menaces, d’humiliations, de nudité forcée ou d’autres abus sexuels présumés, aucun ne constitue le récit direct et de première main d’une victime de viol.

Le rapport contient bien quelques nouvelles allégations d’agressions sexuelles contre d’anciens captifs, notamment l’affirmation selon laquelle deux mineurs « membres d’une même famille auraient indiqué avoir été contraints à des “actes sexuels l’un sur l’autre” », pendant leur captivité à Gaza. Aucune autre information n’est fournie.

De tels récits, qui auraient été recueillis directement par la Commission civile, ne peuvent être évalués de manière indépendante à partir du texte public du rapport, et émanent d’une organisation connue pour son manque d’honnêteté et pour avoir eu recours à des sources discréditées.

Mais quand bien même ils seraient véridiques, ils n’étayent pas la thèse centrale du récit israélien faisant état de viols de masse et de viols collectifs commis le 7 octobre.

Des milliers de photos et vidéos, mais absolument rien concernant le viol

Tout aussi frappante est la manière dont la Commission élude la question des preuves visuelles qu’elle prétend avoir examinées.

« Sur tous les lieux des attaques examinés par la Commission, on a pu observer les auteurs célébrer ces massacres, scander des slogans religieux et filmer des scènes de violence et d’humiliation. »

Le rapport affirme également que le 7 octobre, des Israéliens ont été « traqués, exécutés, torturés, brûlés vifs, mutilés, violés sexuellement et pris en otage dans des actes d’une extrême brutalité ».

Les Palestiniens qui auraient commis ces actes « les ont filmés et diffusés en temps réel, transformant leur violence en spectacle et la souffrance humaine en instrument de terreur ».

Et à une époque où presque tout le monde a un appareil photo sur lui, des milliers de témoins israéliens auraient également eu l’occasion de prendre des photos et de filmer.

De fait, les auteurs se vantent d’avoir analysé plus de 10 000 photographies et séquences vidéo, soit plus de 1 800 heures cumulées. Mais, le rapport ne précise à aucun moment qu’un de ces documents — ne serait-ce qu’un seul — montre un viol ou un viol collectif en cours.

La seule description détaillée d’images de caméra-piéton qu’aurait filmées un combattant palestinien le 7 octobre et qu’aurait visionnées la Commission civile concerne, semble-t-il, le meurtre de plusieurs soldates israéliennes sur une base militaire. La Commission ne décrit pas cette vidéo comme montrant un viol ou toute autre forme de violence sexuelle.

L’absence de preuves visuelles, ne serait-ce que d’un seul viol, est criante au regard de l’ampleur des accusations formulées par la Commission civile.

Mais, cela est cohérent avec le rapport de mars 2024 de la représentante spéciale de l’ONU, Pramila Patten.

L’équipe de l’ONU dirigée par Patten avait elle aussi examiné des milliers de photos et de vidéos fournies par le gouvernement israélien, et conclu que : « Dans l’évaluation médico-légale des photos et vidéos disponibles, aucune indication tangible de viol n’a pu être identifiée. »

Malgré des recherches approfondies, « aucune preuve [numérique] décrivant précisément des actes de violences sexuelles n’a été trouvée dans les sources ouvertes », ajoutait le rapport de l’ONU.

Par ailleurs, en avril 2024, le journal israélien Haaretz a rapporté que « les éléments recueillis par la police et les services de renseignement, y compris les images provenant des caméras-piétons des terroristes, ne contiennent aucune preuve visuelle d’actes de viol proprement dits ».

Rien dans le document de la Commission civile ne remet en cause ces conclusions. Mais, pour masquer l’absence criante de preuves visuelles à l’appui du récit des viols, le rapport invoque l’autorité que confèrent des milliers de photos et de vidéos, en se gardant soigneusement d’affirmer qu’une seule image ou vidéo montre réellement une telle agression en train de se produire.

Des récits recyclés et discrédités

Les cas individuels présumés du 7 octobre qui sont présentés sont presque tous déjà connus. Le rapport s’appuie une nouvelle fois sur un groupe de « témoins oculaires » — et non sur des victimes directes — dont les récits manquent de crédibilité ou d’éléments corroborants, ont évolué au fil du temps ou ont été purement et simplement débunkés.

Parmi ces cas, figure une femme appelée « Sapir » — qui aurait été témoin de femmes violées collectivement et mutilées, et qui a également affirmé avoir vu des combattants palestiniens porter des têtes décapitées.

Ce récit fantasque, pour lequel aucune victime, aucun corps ni aucune preuve médico-légale n’ont jamais été produits publiquement ni vérifiés de manière indépendante, occupait une place centrale dans le tristement célèbre et discrédité article du New York Times de décembre 2023, « Screams Without Words ».

Selon ce qu’affirmait le Times, Sapir aurait vu des combattants du Hamas violer plusieurs femmes, puis aurait assisté à la scène de « terroristes portant les têtes décapitées de trois autres femmes ».

Le témoignage de Sapir figurait aussi dans Screams Before Silence. Ce film — de la milliardaire et ancienne dirigeante de Facebook, Sheryl Sandberg — est sorti en 2024. Il promeut le récit du viol de masse, canular débunké en détail par The Electronic Intifada après sa sortie. Pourtant, dans ce film, il n’est nulle part fait mention des têtes décapitées que Sapir aurait vues.

Le rapport de la Commission civile reprend ainsi le témoignage de Sapir, tout en omettant le récit encore plus sensationnaliste concernant les femmes décapitées et qui figurait dans l’article du Times.

Tout en évinçant cet élément choquant du témoignage de Sapir, le rapport de la Commission civile cite néanmoins à plusieurs reprises l’article discrédité du New York Times signé par Jeffrey Gettleman, Anat Schwartz et Adam Sella, comme s’il s’agissait d’une source crédible.

Quelque cent pages plus loin, indépendamment du témoignage direct de Sapir, le rapport affirme que des témoins auraient déclaré avoir vu « des auteurs portant les têtes décapitées de femmes ». Une note en bas de page attribue cette affirmation à Sapir. Si la Commission civile la juge crédible — malgré l’absence d’éléments corroborants —, pourquoi l’écarter du témoignage de Sapir elle-même ?

Le rapport inclut également d’autres « témoins oculaires » douteux, tels que Raz Cohen et Tali Biner.

Cohen — dont la version des faits a varié à de multiples reprises — figure dans l’article de Gettleman, et lui comme Biner apparaissent dans le film de Sandberg.

Affabulateurs, menteurs et escrocs

Et ce ne sont même pas les exemples les plus accablants.

Le rapport de la Commission civile cite un certain nombre d’autres personnes dont la crédibilité s’est effondrée, parmi lesquelles Rami Davidian, mis en avant dans le film de Sandberg, où il prétend avoir, à lui seul, sauvé des centaines d’Israéliens des griffes de combattants palestiniens le 7 octobre.

Il a également affirmé avoir vu ce jour-là des dizaines de victimes décédées à la suite de viols présumés, certaines avec des objets enfoncés dans les parties génitales. Mais, il a déclaré à Sandberg qu’il avait déplacé les corps afin que — comme par hasard — personne d’autre ne puisse jamais voir ce qu’il avait vu.

En mai 2024, The Electronic Intifada a mis en évidence les incohérences flagrantes et les invraisemblances contenues dans les déclarations de Davidian.

Un an plus tard, une enquête de la chaîne israélienne Channel 13 a établi que Davidian avait bel et bien fabriqué ses contes d’héroïsme à la super-héros et utilisé sa notoriété pour s’enrichir, grâce à des honoraires de conférencier exorbitants et à des dons.

« Il ne s’agit pas de légères exagérations, consistant à gonfler un peu le nombre de personnes sauvées, absolument pas », a déclaré Raviv Drucker, le journaliste de Channel 13. « Ce sont des histoires inventées de A à Z. Des récits à faire dresser les cheveux sur la tête et qui ne se sont jamais, jamais produits. »

Et pourtant, Davidian est cité à maintes reprises comme source dans le rapport de la Commission civile.

De même, le rapport s’appuie largement sur les déclarations de membres de ZAKA, l’organisation israélienne de « sauvetage » responsable de mensonges notoires sur le 7 octobre, tels que les fausses accusations sur les dizaines de bébés décapités et d’enfants brûlés.

Ce groupe a joué un rôle prépondérant en donnant, en tant que « premier intervenant », de la crédibilité à cette propagande d’atrocités. Il a contribué ainsi à susciter l’adhésion de l’opinion publique au génocide perpétré par Israël à Gaza après le 7 octobre.

ZAKA a été fondée par Yehuda Meshi-Zahav, mort par suicide après avoir été démasqué en Israël comme prédateur sexuel en série, accusé de crimes sexuels violents commis pendant des décennies contre des hommes, des femmes et des enfants juifs.

Après que les victimes de Meshi-Zahav se sont exprimées, Chaim Otmazgin, également membre de ZAKA, l’a défendu publiquement, affirmant que les nombreuses preuves retenues contre lui avaient été obtenues par extorsion.

ZAKA et Otmazgin sont cités à plusieurs reprises comme sources crédibles dans le rapport de la Commission civile.

Otmazgin et Simcha Greinman, un collègue de ZAKA, sont également apparus dans le film de Sandberg, où ils ont tenu des propos sensationnalistes scabreux et contradictoires, affirmant avoir vu des clous et d’autres objets dans les parties génitales.

Cette convergence n’est pas le fruit du hasard. Le rapport de la Commission civile remercie explicitement Kastina Communications, la société de production de Screams Before Silence, de lui avoir permis d’utiliser les « documents et témoignages » recueillis pour le film.

Brosser un tableau racoleur et scabreux

Le rapport reconnaît dans une note de bas de page que les autorités israéliennes « n’ont, dans l’ensemble, recueilli aucune preuve médico-légale pertinente sur les lieux des attaques ni sur les corps retrouvés ».

L’absence de preuves médico-légales constitue donc un autre problème narratif majeur auquel la Commission civile doit faire face, en plus de l’absence de victimes de viol.

Le rapport tente d’expliquer ce manque en invoquant l’argument éculé selon lequel « les membres du Hamas et leurs complices ont méthodiquement détruit des preuves importantes en incendiant des corps, des biens et des maisons ».

Les principes fondamentaux de la criminalistique montrent clairement que la destruction des preuves médico-légales et des traces d’ADN, même par le feu, n’est pas si simple sur une scène de crime précise.

L’affirmation devient donc encore moins plausible lorsqu’on l’applique à un prétendu schéma de viols de masse qui aurait été perpétré sur une vaste étendue géographique, dans le chaos du 7 octobre.

Le rapport ne fait pas mention des éléments indiquant qu’un nombre important d’Israéliens ont été tués, et que de nombreux corps ont été incinérés, par les tirs israéliens lors de l’application à grande échelle de la directive Hannibal — un protocole qui autorise l’armée à recourir à des moyens disproportionnés pour empêcher la capture d’Israéliens, même si cela implique de les tuer avec leurs ravisseurs.

7 octobre : comment Israël a tué des centaines de ses propres citoyens
(Asa Winstanley, The Electronic Intifada, octobre 2024)

Or, la Commission civile — à l’instar du film de Sandberg — s’appuie bel et bien sur de nombreux témoignages oculaires faisant état de corps avec, par exemple, les jambes écartées ou des blessures au niveau de l’aine, pour suggérer que ces personnes ont été victimes de viols et d’autres formes de violences sexuelles.

Ce phénomène avait déjà été évoqué dans le rapport Patten publié par l’ONU en mars 2024, qui pointait du doigt « les interprétations erronées de l’état des corps par certains premiers répondants bénévoles ne disposant pas des qualifications et de l’expertise nécessaires ».

Cela comprenait notamment le fait de :

  • « confondre une “posture pugilistique post-mortem” (une posture corporelle “façon boxeur”, avec les coudes fléchis, les poings serrés, les jambes écartées et les genoux fléchis) due à des dommages causés par la chaleur → avec un signe de violence sexuelle ;

  • interpréter à tort une dilatation anale due à des changements post-mortem → comme un signe de pénétration anale ;

  • qualifier à tort des plaies tangentielles par balle dans les parties génitales → de mutilations génitales ciblées commises à l’aide de couteaux. »

[Pour une meilleure lisibilité en français, ce paragraphe a été remis en forme. (NdT)]

Sur le « viol de masse » : comment les accusations d’Israël ont commencé avec le mensonge selon lequel les gens se transforment instantanément en statues dès qu’ils meurent
La véritable histoire de la « femme à la robe noire »
(InTrustWeDoubt, mars 2024)

⚠️ AVERTISSEMENT ! Contenu perturbant !

Le rapport de la Commission civile s’appuie à plusieurs reprises sur des déclarations relatives à l’état des corps émanant d’intervenants qui n’étaient pas experts médico-légaux, parmi lesquels Shari Mendes, une réserviste de l’armée israélienne présente sur la base militaire de Shura alors que celle-ci servait de morgue de fortune le 7 octobre.

Mendes apparaît dans le film de Sandberg de 2024, où elle livre ses récits effroyables à propos de sous-vêtements ensanglanté, de corps nus et de mutilations sexuelles systématiques.

Ses affirmations sont contredites non seulement par le rapport Patten, mais aussi par les conclusions de médecins légistes israéliens.

Comme le rapportait Haaretz en avril 2024 : « À la base de Shura, où la plupart des corps ont été acheminés à des fins d’identification, cinq médecins légistes étaient à l’œuvre. À ce titre, ils ont également examiné des corps arrivés totalement ou partiellement nus afin d’évaluer l’éventualité d’un viol. Selon une source au fait des détails, aucun de ces corps ne portait de marques attestant que des rapports sexuels avaient eu lieu ; aucun de ces corps ne portait non plus de mutilation des organes génitaux. »

L’essentiel à retenir, c’est que le rapport de la Commission civile constitue la dernière tentative en date pour ressusciter le canular israélien du viol de masse, au moment où Israël est honni et isolé à travers le monde pour son génocide à Gaza. Le récit y mobilise des tropes racistes et coloniaux éculés, ceux de l’indigène, du sauvage qui viole la femme du colon blanc.

Mais, un rapport « exhaustif » qui reprend des sources discréditées, cite comme preuves des articles de presse déjà débunkés, ne parvient pas à chiffrer le nombre de victimes et ne peut toujours pas confirmer l’existence d’une seule victime de viol, vivante ou décédée, ne sauve pas le canular israélien des viols de masse. Il en confirme la faillite.

Opération « Déluge d’Al-Aqsa » (7 octobre 2023)

Sources :


  1. « landmark » dans le texte original en anglais : qui constitue un événement majeur, une étape décisive (NdT) 

 

Paramétrage
 Aspect :
Blanc Blanc antique
Noir Gris ardoise foncé