La CPI ne dispose d’aucune preuve relative à des viols du Hamas le 7 octobre — d’après ce qu’indiquent les documents

La CPI
ne dispose d’aucune preuve
relative à des viols du Hamas
le 7 octobre
— d’après ce qu’indiquent
les documents

Par Ali Abunimah

Une publication The Electronic Intifada


Propagande Terrorisme Droits de l’homme
Palestine Israël Occident
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Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Il existe de nombreux aspects contrariants dans la déclaration faite lundi par le Procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, concernant la demande de mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le ministre de la Défense Yoav Gallant et trois dirigeants du Hamas, le mouvement de résistance palestinien.

Le fait qu’il inculpe les dirigeants d’une résistance légitime contre l’occupation militaire et les mette sur un pied d’égalité avec les dirigeants d’un régime criminel qui perpètre un génocide est assez discutable — un thème exploré dans un excellent commentaire sur les actes d’accusation par Justin Podur sur sa chaîne YouTube The Anti-Empire Project.

Il est particulièrement étrange que Khan inculpe Ismaël Haniyeh, chef du Politburo du Hamas et dirigeant politique civil qui n’a certainement joué aucun rôle dans la planification de l’opération de résistance du 7 octobre.

Cela ne peut que viser à délégitimer le Hamas conformément aux impératifs politiques occidentaux. Cela pourrait bien entraver le rôle constructif de Haniyeh en tant qu’interlocuteur et médiateur dans les efforts de négociation d’un cessez-le-feu, ce que le Hamas a tenté de mener à bien en se heurtant à un refus constant israélien soutenu par les États-Unis.

Mais, l’accusation de violences sexuelles et de viols à l’encontre de Haniyeh, ainsi que du chef du Hamas à Gaza, Yayha Sinwar, et de son commandant militaire, Mohammed Deïf, est tout simplement absurde.

Bien qu’il ne s’agisse que d’une accusation, le fait que le Procureur de la CPI cherche à obtenir des charges formelles ajoute du poids et de la crédibilité aux revendications. Cela alimentera ainsi l’idée qu’il existe une base factuelle à la propagande d’atrocités d’Israël — pourtant entièrement débunkée —, selon laquelle le Hamas utilise le viol et la violence sexuelle comme arme de guerre.

Que dit Khan ?

En fait, tant sa déclaration que le rapport du groupe consultatif d’experts en droit international convoqué par lui-même indiquent que Khan n’a trouvé aucune preuve concernant de telles attaques le 7 octobre et sur lesquelles il pourrait fonder des accusations.

Les chefs d’accusation retenus comprennent le « viol et autres formes de violence sexuelle en tant que crime contre l’humanité, en violation de l’article 7‑1‑g et également en tant que crime de guerre, en violation de l’article 8‑2‑e‑vi dans le contexte de la captivité ». (Les articles cités sont définis dans le Statut de Rome, le traité qui a créé la CPI.)

Prêtez une attention particulière aux mots que je mets en évidence dans les extraits que je cite.

Plus loin dans son communiqué, Khan affirme « qu’il existe des motifs raisonnables de penser que les otages enlevés en Israël ont été détenus dans des conditions inhumaines et que certains d’entre eux ont fait l’objet de violences sexuelles, dont le viol, au cours de leur captivité. Ces allégations reposent sur des dossiers médicaux, des preuves documentaires et des vidéos de l’époque des faits et des entretiens menés auprès de victimes ayant survécu aux attaques ».

Khan ajoute ensuite : « Mon Bureau continue également d’enquêter sur les allégations de violence sexuelle commises le 7 octobre. »

C’est tout ce qu’il dit sur les viols et les violences sexuelles.

Quant au rapport du panel d’experts de la CPI, il contient un paragraphe qui mentionne le viol et la violence sexuelle dans des termes très similaires.

Il indique qu’en ce qui concerne les trois dirigeants du Hamas, le Procureur général :

« cherche à les inculper de crimes de guerre — viol et autres formes de violence sexuelle, torture, traitements cruels et atteintes à la dignité de la personne — et de crimes contre l’humanité — viol et autres formes de violence sexuelle, torture et autres actes inhumains — pour les actes commis sur des otages israéliens pendant qu’ils étaient en captivité. Le Panel prend note de la déclaration du Procureur selon laquelle ses enquêtes se poursuivent, y compris en ce qui concerne les preuves de violences sexuelles commises le 7 octobre. »

Aucune preuve relative au 7 octobre

Qu’y a-t-il d’important à relever ici ?

Premièrement, les accusations de viols et de violences sexuelles concernent seulement des crimes présumés commis après le 7 octobre contre des personnes en captivité, et non le 7 octobre dans le cadre d’un plan systématique.

Deuxièmement, l’affirmation de Khan selon laquelle son « Bureau continue également d’enquêter sur les allégations de violence sexuelle commises le 7 octobre » peut être interprétée comme la confirmation que ces enquêtes n’ont pas encore produit de preuves qu’il considère comme pouvant étayer des accusations.

Mais, cela signifie-t-il que Khan possède suffisamment de preuves de viols et de violences sexuelles à l’encontre d’Israéliens en captivité pour justifier l’inculpation de dirigeants du Hamas ?

Il est évident que nous n’avons pas vu toutes les preuves que Khan prétend détenir, mais, malgré cela, nous pouvons estimer avec une certaine confiance que ce n’est pas le cas.

Depuis sept mois, Israël s’est engagé dans une campagne de propagande sans retenue pour faire valoir ses accusations de viols du 7 octobre. Non seulement il n’a pas réussi à identifier une seule victime crédible ni un seul témoin oculaire de viols du 7 octobre, mais toutes ses allégations d’atrocités concernant les violences sexuelles commises ce jour-là se sont effondrées sous l’effet d’un examen attentif.

Même Physicians for Human Rights–Israel (PHRI) a dû désavouer les fausses affirmations qu’il avait aidé Israël à diffuser — une tentative d’un groupe de défense des droits de l’homme, autrefois respecté, de sauver la crédibilité qu’il avait peut-être fatalement entamée en se livrant à une propagande d’atrocités.

Recentrage sur les captifs

Les allégations de viols du 7 octobre étant réduites à néant, les propagandistes israéliens ont dû se recentrer sur des accusations de viols et de violences sexuelles en captivité.

Ainsi, l’ambassadeur israélien à l’ONU, Gilad Erdan, s’en est pris récemment à l’organisation mondiale, affirmant que « le Conseil de sécurité et l’ONU n’ont rien fait pour libérer les otages qui sont victimes de viols et de tortures ».

C’est d’ailleurs le thème central du récent film de propagande Screams Before Silence, dont la narratrice est l’ancienne dirigeante milliardaire de Facebook, Sheryl Sandberg.

Dans un épisode de « The Electronic Intifada Livestream », nous avons examiné de près ce film et démontré qu’il s’agit d’une escroquerie.

Dans notre émission, nous avons également abordé la seule plainte spécifique de violence sexuelle d’une personne en captivité, celle de l’ancienne captive israélienne Amit Soussana. Ses affirmations sont largement évoquées dans le film de Sandberg.

Dans la déclaration de lundi, le Procureur de la CPI ne mentionne ni Soussana ni aucune autre victime par son nom, mais comme elle est la seule personne à avoir été identifiée comme victime d’une agression sexuelle présumée, il est raisonnable de supposer que son cas fait partie du dossier.

Electronic Intifada : « Mensonges flagrants et fantasmes ignobles : le nouveau film de Sheryl Sandberg, Screams Before Silence (@ScreamsBefore), est la tentative la plus récente de faire revivre la propagande israélienne, débunkée et discréditée, sur les atrocités de “viols de masse” du 7 octobre. Nous décortiquons cette fraude manifeste : »
[Vidéo jointe]

La seule victime présumée à ce jour

À partir de la fin du mois de mars, le New York Times et l’appareil de propagande du gouvernement israélien ont largement promu l’histoire de Soussana, dans ce qui semble avoir été une campagne coordonnée visant à recentrer et à relancer le narratif discrédité de la violence sexuelle.

Dans le film de Sandberg, Soussana décrit une expérience éprouvante, celle qu’elle a racontée au Times en mars.

Elle ne prétend pas avoir été agressée sexuellement le 7 octobre. Elle affirme que lorsqu’elle était détenue à Gaza, l’un de ses gardiens, dont elle donne le nom, Muhammad, l’a forcée à une occasion à accomplir un acte sexuel non spécifié.

Elle n’a révélé publiquement ce récit que plusieurs mois après son retour de Gaza et dans le cadre d’une campagne médiatique impliquant le Times, le film de Sandberg et le gouvernement israélien.

Lorsqu’elle s’est adressée pour la première fois aux médias en janvier, elle n’a pas mentionné les violences sexuelles. À ce jour, aucune autre Israélienne libérée de Gaza n’a affirmé avoir été attaquée de la sorte.

Soussana ne prétend pas qu’il existe des témoins de ce qu’elle dit avoir vécu à Gaza. Il est donc impossible de vérifier ou d’écarter complètement ses dires — et il n’est pas non plus nécessaire de le faire dans le but d’évaluer les accusations de Khan à l’encontre des dirigeants du Hamas.

Le point essentiel est que même si nous considérons que le récit de Soussana est entièrement vrai, il ne soutient pas la thèse selon laquelle les dirigeants du Hamas ont ordonné ou exécuté le « viol et autres formes de violence sexuelle en tant que crime contre l’humanité » et « également en tant que crime de guerre ».

Soussana décrit un individu qui a profité de son pouvoir sur elle dans une situation isolée et en une seule occasion.

Rien dans son récit — encore une fois, même s’il est considéré comme entièrement vrai — ne soutient l’accusation selon laquelle il y a eu une campagne de viols massifs, le 7 octobre ou contre les Israéliennes maintenues en captivité par la suite.

Bien sûr, comme indiqué plus haut, il est possible que Khan ait d’autres preuves, mais si de telles preuves existaient, Israël les aurait sans aucun doute déjà diffusées dans le cadre de sa campagne de propagande. Jusqu’à présent, l’histoire de Soussana est son cas le plus convaincant et reste le seul exemple où l’identité d’une victime est censée être connue.

Parallèlement, Khan a jusqu’à présent complètement ignoré les preuves de plus en plus nombreuses de violences sexuelles systématiques commises par Israël à l’encontre des Palestiniens, y compris les récits de première main des victimes.

Tout cela souligne la nature politique des accusations de Khan contre les dirigeants de la résistance palestinienne. Ces accusations semblent conçues pour atténuer et diluer l’effet de celles qui sont nécessaires, celles contre Netanyahou et Gallant, celles qui malgré tout arrivent tardivement et sont loin d’être satisfaisantes et adéquates.

Opération « Déluge d’Al-Aqsa » (7 octobre 2023)

 

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