De la liberté de la presse aux systèmes pénitentiaires, tout ce que touche Assange s’illumine

De la liberté de la presse
aux systèmes pénitentiaires,
tout ce que touche Assange s’illumine

Par Caitlin Johnstone

Julian Assange Dissidence Répression Impérialisme
États-Unis Royaume-Uni Occident
Article

Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


L’appel des États-Unis d’une décision d’un tribunal britannique sur l’affaire d’extradition d’Assange est terminé, et les juges ne rendront probablement pas de décision avant au moins janvier, soit une année complète après le refus de l’extradition par un tribunal de première instance. Assange, bien qu’il n’ait été reconnu coupable d’aucun crime, sera resté à la prison de Belmarsh pendant tout ce temps.

Pendant cette période, les juges évalueront les arguments qu’ils ont entendus sur la nature cruelle du système pénitentiaire étatsunien, qui a constitué une partie importante du raisonnement sur lequel s’appuie le rejet par la juge Vanessa Baraitser de la demande d’extradition des États-Unis. Ils examineront la politique draconienne des mesures administratives spéciales, dont les victimes se retrouvent coupées de tout contact humain et du monde extérieur. Ils se pencheront sur la brutalité de l’établissement ADX supermax de Florence, au Colorado, dont les détenus sont maintenus en isolement 23 heures par jour, et où Assange pourrait facilement se retrouver emprisonné malgré les assurances peu convaincantes de l’accusation.

Assange n’a probablement jamais entrepris ce voyage dans le but d’attirer l’attention sur les abus du système carcéral étatsunien, mais, comme c’est souvent le cas avec tout ce que ce parcours touche, ces abus sont de toute façon portés à la connaissance du public. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de la liberté de la presse, des crimes de guerre commis par les États-Unis, des gouvernements corrompus qui collaborent pour étouffer ceux qui disent la vérité et des malversations des agences de l’alphabet étatsuniennes, mais aussi de la nature abusive du système pénitentiaire US.

Et c’est une grande partie de ce que je trouve si inlassablement captivant dans la vie de cet individu extraordinaire. Peu importe ce qu’il fait, peu importe où il se trouve, peu importe à quel point il semble abattu, réduit au silence et immobilisé, sa vie continue à exposer des choses. Il continue à faire apparaître des choses à la lumière.

C’est une constante tout au long de sa vie, d’après ce que je peux constater, depuis qu’il était un jeune homme qui utilisait, au milieu des années 90, ses prouesses techniques pour aider la police australienne à arrêter les diffuseurs en ligne de pédopornographie. Cette curieuse impulsion qui consiste à faire émerger ce qui est caché de l’obscurité vers la lumière où on peut le voir est ce qui a donné naissance à WikiLeaks et à toutes les révélations majeures sur la criminalité et la corruption des puissants qui ont résulté de ses publications.

Et aussi bouleversantes qu’aient été ces nombreuses révélations, on peut dire qu’elles n’étaient rien en comparaison de la criminalité qu’Assange a exposée en restant simplement sur ses positions jusqu’à ce que les institutions les plus puissantes du monde conspirent pour le traîner hors de l’ambassade d’Équateur et l’enfermer dans la prison de Belmarsh pour avoir dit la vérité.

Assange a créé une plateforme de publication innovante qui permettait aux lanceurs d’alerte de téléverser des fichiers de façon anonyme, en partant du principe que le pouvoir corrompu a besoin de communiquer secrètement afin de fonctionner efficacement. Le pouvoir corrompu a répondu en le réduisant au silence, en l’immobilisant, en l’isolant, en l’emprisonnant et en le torturant. Ce faisant, le pouvoir corrompu s’est exposé et a dévoilé sa véritable nature bien plus que n’importe quelle publication de WikiLeaks.

Depuis l’emprisonnement d’Assange, il y a eu un déluge de révélations sur les méfaits des structures de pouvoir qui nous gouvernent, révélations qui n’auraient pu être exposées à ce point d’une autre manière.

Il a été révélé que l’alliance de pouvoir des États-Unis emprisonnera ouvertement les journalistes qui disent la vérité, avec autant d’impudence et de despotisme que n’importe quel autre régime tyrannique, donnant ainsi aux nations ciblées par les États-Unis la possibilité de dénoncer à juste titre l’hypocrisie du discours de Washington sur les droits de l’homme.

Hua Chunying 华春莹 : « Si les #US défendent vraiment la liberté, pourquoi ne permettent-ils pas aux autres de dire la vérité quand ils inventent des mensonges ? Pourquoi M. #Assange a-t-il été jeté en prison après avoir été contraint de se réfugier dans l’ambassade de l’#Équateur à Londres pendant 7 ans ? »

Il a été révélé que, parce qu’il a dérangé le gouvernement le plus puissant du monde, Assange a été soumis à des abus qui s’apparentent à de la torture psychologique selon un rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture.

Il a été révélé que la CIA a comploté pour enlever et assassiner Assange, une découverte bouleversante que nous n’aurions pas pu confirmer avant des décennies dans des circonstances normales, mais qui, grâce à une combinaison miraculeuse de querelles partisanes et de leur compulsion frénétique à le faire taire, a été confirmée quelques années seulement après les faits.

Il a été révélé que des mandataires de la CIA ont espionné Assange et ses avocats à l’ambassade d’Équateur et ont conspiré pour prélever l’ADN de son enfant sur une couche souillée.

Il a été révélé que l’accusation des États-Unis s’est appuyée sur le faux témoignage d’un sociopathe diagnostiqué et d’un pédophile condamné qui a collaboré avec le FBI.

Il a été révélé que les médias occidentaux sont tellement propagandistes et sans aucune morale qu’ils sont prêts à diffamer un journaliste dissident vicieusement pendant des années dans le but de fabriquer un consentement pour son arrestation et son emprisonnement, puis à se comporter en parfaits innocents lorsque le gouvernement le plus puissant du monde s’efforce de l’extrader vers ses donjons.

Et maintenant, nous voyons le même gouvernement des États-Unis qui a conspiré à la destruction et même à la mort de cet homme pendant de nombreuses années s’humilier en essayant de manière hilarante de faire valoir qu’Assange serait en sécurité sous sa garde, juste pour pouvoir lui mettre le grappin dessus. Comme le comte Olaf, dans Les désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire, qui prend n’importe quel déguisement lui permettant d’attraper les orphelins Baudelaire.

Caitlin Johnstone ⏳ : « La persécution d’Assange est la sauvagerie occidentale dans sa plus grande transparence.
“L’argument juridique de l’accusation est donc essentiellement le suivant : ‘Nous promettons de ne pas traiter Assange aussi cruellement que nos autres prisonniers, à moins que nous ne décidions de le faire.’” »

Plus ils le poursuivent, plus ils se font du tort. C’est comme si Assange se tenait dans un rayon de soleil entouré de vampires, et chaque fois qu’ils tendent la main pour l’attraper, ils finissent eux-mêmes par se désintégrer les membres.

Leurs vieilles tactiques ne semblent jamais avoir l’effet escompté. Plus ils s’efforcent de l’empêcher de révéler leurs crimes, plus ils révèlent leur propre criminalité.

Ça me rappelle toujours les paroles de cette chanson de Johnny Cash : « Tu peux jeter ta pierre et cacher ta main, travailler dans l’obscurité contre ton prochain. Mais aussi sûr que Dieu a fait le noir et le blanc, ce qui est fait dans l’obscurité sera amené à la lumière. »

Et les luttes de notre monde actuel semblent vraiment se résumer à une bataille entre la lumière et les ténèbres. Je ne dis pas cela dans un sens mystique ou métaphysique, mais dans le sens où il y a, à tous les niveaux, des forces qui souhaitent faire sortir l’invisible de sa cachette et des forces qui ont un intérêt direct à garder les choses cachées.

Au niveau international, il existe de vastes structures de pouvoir qui ont tout intérêt à ce que leurs méfaits ne soient pas portés à l’attention du public et à ce que nous restions tous dans la confusion et mal informés sur ce qui se passe réellement dans le monde. Au niveau sociologique, il y a des individus qui ont tout intérêt à ce que leurs actions personnelles ne soient pas mises en lumière et à ce que personne ne voie clairement ce qu’ils font vraiment. À un niveau interne, nous avons tous des forces subconscientes qui agissent en nous et dont l’existence dépend de notre capacité à éviter la lumière de la perception consciente.

Et à tous les niveaux, il y a une lutte pour amener ces choses à la lumière. Au niveau mondial, il y a des forces qui travaillent à exposer la corruption et la tyrannie des structures de pouvoir en place. Au niveau sociologique, il y a des forces qui travaillent à exposer les menteurs, les manipulateurs, les abuseurs, les escrocs et les psychopathes. Au niveau interne, il y a toujours des forces qui travaillent pour amener à la conscience les aspects de nous-mêmes plongés dans les ténèbres.

C’est une lutte qui se déroule à tous les niveaux de notre espèce, et Julian Assange semble être l’un des éléments les plus brillants de cette lutte.

Il semble que ce soit un principe très fiable de la condition humaine : si vous décidez fermement et sincèrement, au plus profond de vous-même, de désirer la vérité par-dessus tout et de la rechercher à tout prix, tout ce que vous touchez dans votre vie passe à la lumière : le bon, le mauvais et le laid. Les tendances psychologiques cachées deviennent visibles, comprises et résolues. Les dynamiques familiales abusives, les modèles de comportement manipulateurs et tout ce qui est faux autour de vous et en vous commencent à être mis en lumière. Certaines relations prennent fin, d’autres s’approfondissent. Cela bouleverse votre monde tout en vous ancrant dans quelque chose de bien plus significatif que les sources dans lesquelles vous recherchiez auparavant la stabilité.

Ce mouvement vers la vérité peut être dévastateur, humiliant ou carrément terrifiant, et parfois tout cela à la fois, parce qu’il s’agit d’une perte de contrôle et d’un abandon à ce qui est vrai, peu importe ce que cela s’avère être, peu importe l’insécurité, la gêne ou la perte de repère que cela peut vous faire ressentir au début. Mais avec le recul, on comprend immédiatement qu’on n’aurait pas pu faire autrement.

Je ne connais pas Julian Assange personnellement, mais je soupçonne qu’il a pu signer un contrat interne de ce type à un moment donné de sa vie. Le désir de vérité, quoi qu’il arrive, quel qu’en soit le coût, quelles qu’en soient les conséquences. Qu’il l’ait fait ou non, c’est le résultat du chemin luminescent que son parcours a tracé à travers l’humanité durant son passage sur cette planète. Et le monde est bien meilleur pour cela.

L’appel des États-Unis dans l’affaire de l’extradition de Julian Assange
par Caitlin Johnstone

 

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