Liel, l’enfant israélienne du 7 octobre, a été tuée par un char israélien — ce que révèlent des témoins oculaires

Liel, l’enfant israélienne
du 7 octobre,
a été tuée par un char israélien
— ce que révèlent
des témoins oculaires

Par Max Blumenthal

Une publication The Grayzone


Propagande Médias Terrorisme Droits de l’homme
Israël Palestine
Article

Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Des témoins oculaires de la prise d’otages du 7 octobre dans le kibboutz de Be’eri ont dénoncé Israël pour avoir trompé le monde sur l’assassinat de Liel Hetzroni — 12 ans —, de sa famille et de ses voisins.

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Dans une tentative désespérée d’attirer la sympathie internationale, le gouvernement israélien a cherché à susciter l’indignation après le meurtre d’une fillette de 12 ans qui a eu lieu au cours de l’attaque menée par le Hamas contre le sud d’Israël le 7 octobre.

« Le corps de cette petite fille a été tellement brûlé qu’il a fallu plus de six semaines aux archéologues pour l’identifier », a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères sur son compte officiel Twitter/X. « Tout ce qui reste de Liel Hetzroni, 12 ans, ce sont des cendres et des fragments d’os. Que son souvenir soit une bénédiction. »

Aviva Klompas, ancienne rédactrice de discours pour la mission israélienne auprès des Nations Unies et l’une des principales propagandistes de langue anglaise sur les réseaux sociaux, a affirmé sur Twitter/X : « Les terroristes ont massacré tous [les Hetzroni], puis ont incendié le bâtiment. »

Naftali Bennett, l’ancien Premier ministre israélien, est intervenu pour proclamer que « Liel Hetzroni, du kibboutz de Be’eri, a été assassinée dans sa maison par des monstres du Hamas […] Nous menons la guerre la plus juste : faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais. »

Liel Hetzroni fait partie des non-combattants tués dans le kibboutz de Be’eri lorsque la petite communauté du sud d’Israël a été prise d’assaut par des militants du Hamas à la recherche de captifs pour susciter un échange de prisonniers. Au cours de l’affrontement qui a suivi, elle a été tuée sur le coup avec son frère jumeau, sa grand-tante et plusieurs autres habitants de Be’eri.

Cependant, la jeune Hetzroni, âgée de 12 ans, n’a pas été tuée par le Hamas. Selon un nouveau témoignage — celui d’un témoin oculaire israélien —, la jeune fille a été tuée par un obus de char israélien, en même temps que plusieurs de ses voisins.

La révélation de la mort de Hetzroni par un tir ami intervient alors que le gouvernement du Premier ministre Benyamin Netanhahou tente de faire taire le journal israélien Haaretz pour avoir rapporté que des hélicoptères Apache de Tsahal ont tué des citoyens israéliens qui fuyaient, le 7 octobre dernier, le festival de musique électronique Nova. Le compte rendu du journal a confirmé une enquête virale de The Grayzone qui a mis en lumière les révélations des pilotes d’hélicoptères israéliens et des responsables de la sécurité concernant les ordres de tirs amis tout au long de cette journée fatidique.

Un membre de l’équipe de sécurité du kibboutz de Be’eri a ainsi déclaré à Haaretz que « les commandants sur le terrain ont pris des décisions difficiles — notamment, de bombarder des maisons avec leurs occupants afin d’éliminer les terroristes en même temps que les otages ».

Un commandant de bataillon de chars s’est souvenu avoir reçu les mêmes ordres lorsqu’il est arrivé sur les lieux, déclarant dans une interview vidéo : « Je suis arrivé à Be’eri pour voir le général de brigade Barak Hiram, et la première chose qu’il m’a demandé de faire était de tirer un obus sur une maison [où s’abritaient des membres du Hamas]. »

La décision d’utiliser des armes lourdes sur les petites maisons de Be’eri a coûté la vie à de nombreux Israéliens. Parmi eux, la jeune fille dont la mort a été instrumentalisée pour justifier l’assaut brutal d’Israël sur Gaza. Et pour la première fois, un témoin oculaire de l’attaque s’est exprimé et a révélé la vérité gênante sur cet assassinat.

« lorsque ces deux obus ont frappé, [Liel] a cessé de crier »

Yasmin Porat faisait partie des Israéliens pris en otage par des militants du Hamas à Be’eri, le 7 octobre. Elle avait fui le festival de musique électronique Nova et s’était réfugiée dans la communauté lorsque les militants sont arrivés. Lors d’une interview accordée le 15 novembre à la chaîne nationale israélienne Kan News, elle a fourni, sur la prise d’otages, des détails exclusifs qui remettent en cause la version officielle du gouvernement israélien.

Pensant à tort qu’ils étaient encerclés par les troupes israéliennes — qui étaient en fait largement absentes à ce moment-là et en pleine confusion —, les hommes armés du Hamas ont envoyé des otages à l’extérieur de la maison et ont téléphoné à la police israélienne dans une tentative apparente de négocier leur propre sortie.

« On constate que la plupart des enlèvements ont eu lieu le matin, à 10, 11, 12 heures », déclare Porat. « À 15 heures [dans l’après-midi], chaque citoyen [israélien] pensait que l’armée était déjà partout. [Les militants du Hamas] auraient pu nous faire sortir et ramener [à Gaza] dix fois. Mais, ils ne croyaient pas que c’était là la situation, alors ils ont demandé la police. »

Lorsque les forces spéciales israéliennes sont finalement arrivées sur les lieux, explique Porat, un « cessez-le-feu » s’est instauré entre le Hamas et les forces israéliennes, et son propre ravisseur a décidé de se rendre. Pour assurer sa sécurité, il s’est déshabillé et s’est servi d’elle comme bouclier humain alors qu’il se dirigeait vers les soldats israéliens.

Porat indique qu’après sa libération et la reddition de son ravisseur, 14 Israéliens restaient encore en otage sous la garde de 39 militants du Hamas. Parmi eux, se trouvaient des jumelles, Liel et Yanai Hetzroni, ainsi que leur grand-tante et tutrice, Ayala Hetzroni.

« Je me suis assise avec le commandant de l’unité et je lui ai décrit à quoi ressemblait la maison, où se trouvaient les terroristes et où se trouvaient les otages. Je l’ai même dessinée pour lui : “Regardez, ici, sur la pelouse, il y a quatre otages qui sont allongés de cette façon sur la pelouse. Ici, il y en a deux qui sont allongés sous la terrasse. Et dans le salon, il y a une femme allongée comme ça, et une femme allongée comme ça.” »

« J’ai parlé [au commandant israélien] des jumeaux (Yanai et Liel Hatzroni) et de leur grand-tante (Ayala), je ne les ai pas vus. Vous savez, quand je suis parti, ce sont les seuls que je n’ai pas vus. J’ai entendu Liel tout le temps, donc je sais avec certitude qu’elles étaient là […] J’ai essayé d’expliquer [au commandant] que c’est de quelque part près de la cuisine que j’ai entendu les cris. Je ne l’ai pas vue, mais je l’ai entendue, et j’ai entendu d’où venaient les cris. J’ai essayé de leur expliquer où se trouvaient tous les otages. »

Soulignant la piètre qualité des renseignements israéliens qui ont rendu possible l’opération du Hamas le 7 octobre, Porat déclare que les soldats ne croyaient pas qu’un si grand nombre de militants pouvaient se trouver à l’intérieur d’une seule maison, ou qu’une force aussi importante aurait pu pénétrer les murs du siège de haute technologie qu’Israël avait construits autour de Gaza. « La première fois que j’ai dit [aux forces spéciales israéliennes] qu’il y avait environ 40 terroristes, ils m’ont dit : “Ce n’est pas possible. On dirait que vous exagérez.” […] Je leur ai dit : “Ils sont plus nombreux que vous.” Ils ne me croyaient pas ! C’était encore la naïveté de notre armée. »

À 16 heures, un échange de tirs a commencé entre les militants à l’intérieur de la maison et les forces spéciales israéliennes stationnées de l’autre côté de la rue. Après avoir échoué à déloger les combattants du Hamas, les Israéliens ont fait appel à un char d’assaut à 19 h 30.

Porat décrit le sentiment de panique qu’elle a ressenti en voyant le char entrer dans la petite communauté : « Je me suis dit : “Pourquoi tirent-ils des obus de char sur la maison ?” J’ai demandé à l’une des personnes qui m’accompagnaient : “Pourquoi tirent-ils ?” Ils m’ont alors expliqué que c’était pour briser les murs, afin d’aider à nettoyer la maison. »

De l’autre côté de la rue, Porat a entendu deux fortes explosions. Le char avait tiré quelques obus sur la maison. À l’extérieur de celle-ci se trouvaient son compagnon, Tal, un autre homme nommé Tal et le couple propriétaire de la maison, Adi et Hadas Dagan. Il y avait aussi les jumeaux de 12 ans, Liel et Yanai Hetzroni, ainsi que leur grand-tante.

Lorsque tout était terminé, seule Hadas Dagan est sortie vivante de la maison.

Selon Porat, Hadas Dagan lui a dit plus tard : « Yasmin, lorsque les deux grosses détonations ont retenti, j’ai eu l’impression de voler dans les airs […] Il m’a fallu 2 à 3 minutes pour ouvrir les yeux, je ne sentais plus mon corps. J’étais complètement paralysée. Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai vu que mon Adi [Dagan] était en train de mourir […] Votre Tal a également cessé de bouger à ce moment-là. »

Hadas Dagan a confirmé que les obus de char avaient tué Liel Hetzroni : « La fille n’a pas cessé de crier pendant toutes ces heures », a-t-elle déclaré à Porat, en parlant de Liel. « Elle n’a pas cessé de crier […] [mais] lorsque ces deux obus ont frappé, [Liel] a cessé de crier. Il y a eu un silence à ce moment-là. »

Et Porat de conclure : « Que peut-on en tirer ? Qu’après cet incident très important, les tirs, qui se sont terminés par deux obus, c’est à peu près à ce moment-là que tout le monde est mort. »

Dagan a souligné à Porat qu’aucun des otages n’avait été tué intentionnellement par les combattants du Hamas. « Il n’y a pas eu d’exécution, ni rien de ce genre. En tout cas, pas les personnes qui étaient avec elle », déclare Porat.

Lors d’une autre interview, le 15 octobre, Porat insiste sur le fait que les militants palestiniens « ne nous ont pas maltraités. Ils nous ont traités avec beaucoup d’humanité ».

Il est impossible de savoir si l’affrontement entre les forces israéliennes et celles du Hamas au domicile des Dagan aurait pu être résolu sans effusion de sang. Mais, il est clair que la décision israélienne de bombarder la maison avec des chars a fini par tuer presque toutes les personnes qui s’y trouvaient, y compris l’enfant qui est devenue une pièce maîtresse de la campagne internationale de propagande anti-Hamas d’Israël. Tout ce que les Israéliens ont laissé derrière eux, nous dit Porat, c’est « une maison pleine de cadavres ».

Transcription vidéo du témoignage de Yasmin Porat traduite en anglais par David Sheen pour Electronic Intifada

Opération « Déluge d’Al-Aqsa » (7 octobre 2023)

 

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