Les États-Unis s’arrogent le droit de décider quelles nations peuvent manger

Les États‑Unis s’arrogent
le droit de décider
quelles nations peuvent manger

Par Caitlin Johnstone

Alex Saab Impérialisme Ingérence Géopolitique Propagande Médias
États-Unis Venezuela Cap-Vert Occident
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Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Les agences de presse AP et AFP, qui multiplient la propagande dans le monde entier, ont toutes deux informé leurs lecteurs qu’un « fugitif » a été extradé vers les États-Unis.

« Un homme d’affaires fugitif proche de Maduro, le président vénézuélien, est extradé vers les États-Unis », titre l’AFP.

« Alex Saab, un fugitif proche du gouvernement socialiste du Venezuela, a été mis dans un avion à destination des États-Unis pour faire face à des accusations de blanchiment d’argent », a annoncé l’AP sur Twitter.

On peut se demander ce qui fait spécifiquement de cet homme un « fugitif » et ce que ce statut a à voir avec son extradition vers un gouvernement étranger dont les lois ne devraient avoir aucune incidence sur sa vie. Il se trouve qu’Alex Saab, citoyen vénézuélien d’origine colombienne, est un « fugitif » de l’autorité autoproclamée du gouvernement des États-Unis, qui décide quelles populations de notre planète sont autorisées à avoir un accès facile à la nourriture. Son crime est de travailler à contourner les sanctions étatsuniennes écrasantes qui ont fait mourir de faim les civils vénézuéliens par dizaines de milliers.

Alan MacLeod : « Il est absolument honteux que @AP décrive un diplomate vénézuélien kidnappé par les États-Unis comme un “fugitif”. »

Saab est extradé de la nation africaine du Cap-Vert1 où il est emprisonné depuis l’année dernière sous la pression du gouvernement des États-Unis. Dans un article publié en mai dernier et intitulé « Alex Saab contre l’Empire : comment les États-Unis utilisent la guerre juridique pour punir un diplomate vénézuélien », Roger D. Harris explique comment les États-Unis utilisent leur domination du système financier international pour écraser les nations qui leur désobéissent et expose les véritables raisons de l’emprisonnement de Saab, qui inclut la torture et des conditions de vie draconiennes. Harris écrit :

« Alex Saab, envoyé spécial et ambassadeur auprès de l’Union africaine pour le Venezuela, effectuait une mission humanitaire entre Caracas et l’Iran afin de se procurer de la nourriture et de l’essence pour le programme vénézuélien d’aide alimentaire CLAP. Saab a été arrêté lors d’une escale de ravitaillement dans la nation africaine du Cap-Vert et est détenu depuis le 12 juin 2020.

Le “crime” de Saab — selon le gouvernement des États-Unis, qui a ordonné l’emprisonnement — était le blanchiment d’argent. En réalité, Saab faisait du commerce international parfaitement légal. Pourtant, le fait qu’il ait contourné les sanctions étatsuniennes — qui visent à empêcher l’aide aux Vénézuéliens — est considéré par Washington comme du blanchiment d’argent.

Après une enquête de deux ans sur les transactions de Saab avec les banques suisses, le gouvernement helvétique a conclu le 25 mars qu’il n’y avait aucun blanchiment d’argent. Saab est poursuivi parce qu’il sert les intérêts de son pays plutôt que ceux des États-Unis. »

Les agences de presse comme l’AP et l’AFP savent très bien que Saab est extradé non pas pour avoir enfreint une quelconque loi, mais pour avoir osé transgresser les sanctions unilatérales de Washington. Comme Joe Emersberger, de FAIR, l’a écrit en juillet :

« Reuters (15/03/2021, 18/03/2021) a rapporté avec désinvolture que Saab “risque d’être extradé vers les États-Unis, qui l’accusent de violer les sanctions étatsuniennes” et qu’il a été “désigné à plusieurs reprises par le département d’État des États-Unis comme un opérateur qui aide Maduro à conclure des accords commerciaux que Washington cherche à bloquer par des sanctions”. Un article de Reuters (28/08/2020) sur le cas de Saab en 2020 mentionne au passage que “les États-Unis ont saisi ce mois-ci quatre cargaisons de carburant iranien à destination du Venezuela, où les pénuries de carburant s’aggravent à nouveau”. »

Anya Parampil : « L’extradition du diplomate vénézuélien Alex Saab est un signal clair que l’administration Biden n’a pas rompu avec l’assaut généralisé de Trump contre le droit international.
C’est aussi un signe inquiétant pour le cas de Julian Assange — un autre citoyen étranger que les États-Unis ont essentiellement kidnappé et retenu en otage. »

Les critiques de l’empire des États-Unis ont eu des mots durs à l’égard de cette extradition.

« Biden, reprenant le bâton de Trump, a enlevé le diplomate vénézuélien Alex Saab pour le crime d’avoir essayé de nourrir les Vénézuéliens en défiant les sanctions étatsuniennes destinées à empêcher cela », a tweeté le journaliste Aaron Maté. « Les Vénézuéliens n’ont pas le droit de manger aussi longtemps que leur gouvernement est marqué pour un changement de régime par la mafia de D.C.2 »

Oui, en effet. Le gouvernement des États-Unis s’est arrogé le droit de décider unilatéralement quelles populations du monde ont le droit de manger et lesquelles n’ont pas le droit de le faire, et d’emprisonner quiconque tente de faciliter la distribution de nourriture non autorisée dans une nation sanctionnée par les États-Unis.

« L’extradition du diplomate vénézuélien Alex Saab est un signal clair que l’administration Biden n’a pas rompu avec l’assaut généralisé de Trump contre le droit international », a tweeté la journaliste Anya Parampil. « C’est aussi un signe inquiétant pour le cas de Julian Assange — un autre citoyen étranger que les États-Unis ont essentiellement kidnappé et retenu en otage. »

C’est vrai. Il semblerait que la principale différence entre le cas d’Assange et celui de Saab soit que l’empire des États-Unis s’efforce d’extrader Assange parce qu’il a transgressé son autorité autoproclamée sur l’accès du monde à l’information, alors que Saab a transgressé son autorité autoproclamée sur l’accès du monde à la nourriture.

« L’État voyou des États-Unis a juste bafoué toutes les lois internationales, après avoir emprisonné et maintenant extradé le DIPLOMATE vénézuélien Alex Saab. L’immunité diplomatique est morte ; l’empire étatsunien l’a tuée. Désormais, tous les diplomates étrangers peuvent être kidnappés et emprisonnés, si Washington le souhaite », a tweeté le journaliste Ben Norton, ajoutant : « Les accusations étatsuniennes de “blanchiment d’argent” sont absurdes et politiquement motivées. Les États-Unis prétendent que toute personne qui viole leurs sanctions ILLÉGALES est un “criminel”. »

En effet, le « blanchiment d’argent » est une accusation vague qui, en gros, signifie simplement essayer de dissimuler la source ou la destination de l’argent considéré comme ayant été obtenu illégalement ; et puisque le gouvernement des États-Unis se considère comme l’arbitre des transactions financières légales dans les nations qu’il sanctionne, il peut appliquer cette accusation à toute personne qui tente de contourner financièrement les sanctions étatsuniennes.

Le gouvernement des États-Unis ne nie pas que ses sanctions nuisent aux Vénézuéliens en s’attaquant à l’économie dont ceux-ci dépendent pour se nourrir ; il a d’ailleurs ouvertement admis que « les sanctions, notamment sur la compagnie pétrolière d’État en 2019, ont probablement contribué au déclin plus sévère de l’économie vénézuélienne ».

Le gouvernement des États-Unis ne nie pas non plus que les sanctions de famine qu’il a infligées à l’Iran visent sa population civile, le secrétaire d’État de l’époque, Mike Pompeo, ayant ouvertement admis en 2019 que la guerre économique de Washington contre cette nation est conçue pour faire pression sur les civils iraniens afin qu’ils « changent de gouvernement », c’est-à-dire rendre ceux-ci si misérables qu’ils déclenchent un soulèvement national pour renverser Téhéran.

Le gouvernement des États-Unis ne nie pas non plus que les sanctions de famine qu’il a infligées à la Syrie sont conçues pour nuire à sa population civile, l’actuel secrétaire d’État Tony Blinken ayant réaffirmé juste mercredi dernier que la politique de l’administration Biden consiste à « s’opposer à la reconstruction de la Syrie » tant qu’Assad reste au pouvoir. En d’autres termes, les États-Unis n’accorderont pas à la Syrie les fonds nécessaires pour l’aider à se reconstruire après la guerre dévastatrice de changement de régime par proxy qu’ils ont menée, avec leurs alliés, contre elle, alors même que l’ONU signale que 60 % de la population du pays est proche de la famine.

Et bien sûr, il y a l’horrible blocus contre le Yémen par les alliés de la puissance étatsunienne, qui tue des centaines de milliers de personnes par la famine et la maladie, l’ONU signalant que 16 millions de personnes supplémentaires « marchent vers la famine ».

La famine est le seul type de guerre où, en raison du reformatage continuel de la propagande des médias de masse, il est considéré comme parfaitement normal et acceptable de cibler délibérément une population civile avec une force mortelle.

Human Rights Watch Watcher : « Le mois dernier, l’ONU a averti que 16 millions de Yéménites “marchent actuellement vers la famine” en raison de la guerre saoudienne contre le Yémen, soutenue par les États-Unis. »
Secretary Antony Blinken : « Aujourd’hui, nous célébrons la #WorldFoodDay [Journée mondiale de l’alimentation (NdT)] et ceux qui travaillent à la construction de systèmes alimentaires mondiaux résilients. Nous nous engageons à travailler avec nos partenaires pour répondre durablement aux besoins alimentaires du monde, car nous luttons ensemble contre l’insécurité alimentaire. »

L’empire des États-Unis est tout à fait ouvert sur le fait qu’il se considère comme le gardien de l’approvisionnement alimentaire du monde. Si une population désobéit à l’empire, elle mourra de faim, et quiconque tentera de lui procurer de la nourriture sera arrêté par des mandataires étatsuniens et extradé vers une cellule de prison étatsunienne.

C’est la vision qu’ont les impérialistes du paradis sur terre. Un monde où la mainmise de l’Amérique sur les systèmes financiers mondiaux lui permet d’étouffer, sans même tirer un coup de feu, des populations entières si leurs gouvernements désobéissent aux décrets impériaux. Un monde où les cauchemars des relations publiques à propos de civils bombardés et de pays détruits appartiennent au passé, où les nations désobéissantes peuvent simplement être écrasées à mort par des tactiques modernes de guerre de siège, tandis que les entreprises de propagande impériales comme l’AP et l’AFP rejettent la responsabilité de ces famines sur les dirigeants des nations agressées.

C’est le pouvoir ultime juste là. C’est le contrôle total. Faire en sorte que le monde se plie à la volonté du dollar tout-puissant et de la force militaire massive avec laquelle il est inextricablement lié, à tel point que la désobéissance devient impossible. C’est pour cela que l’on se bat dans la troisième guerre mondiale au ralenti que l’empire mène contre des gouvernements qui ne sont pas soumis comme le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Russie et la Chine. Et c’est pourquoi, en réponse, ces gouvernements insoumis travaillent rapidement pour s’affranchir du dollar.

Il va sans dire qu’une structure de pouvoir qui affame ouvertement des civils à mort pour assurer sa domination mondiale n’est pas le genre de structure de pouvoir que l’humanité devrait vouloir voir dominer le monde. La volonté de faire des choses aussi monstrueuses expose au grand jour une dépravation et un manque de sagesse qui ne sauraient déterminer la direction que notre monde devrait prendre dans le futur.

#FreeAlexSaab

Sources :


  1. Cabo Verde, en portugais (NdT) 

  2. Washington, D.C. (NdT) 

 

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