|
Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais |
Le nouveau procès de six militants de Palestine Action, acquittés en février du chef de cambriolage aggravé, s’ouvrira ce 13 avril. N’ayant obtenu aucune condamnation à la première manche, le ministère public s’entend avec un juge partial pour piper les dés au détriment des accusés avant même que les débats ne commencent. Ceux que l’on appelle les Six de Filton (Filton Six) se nomment Samuel Corner, Jordan Devlin, Charlotte Head, Leona Kamio, Fatema Zainab Rajwani et Zoe Rogers.
De 2020 jusqu’à son interdiction en 2025, Palestine Action a été une épine dans le pied de la branche britannique du réseau mondial de « défense » d’Israël. Les usines et le siège de la société d’armement de l’État israélien, Elbit Systems, ont été fréquemment pris pour cibles par le groupe, qui cherchait à les détruire. Accusant des millions de dégâts à mesure qu’elle se voyait contrainte, à répétition, d’interrompre sa production, Elbit en a appelé à l’État britannique, qui s’est mis à comploter avec le fabricant d’armes pour réprimer les militants.
Les six prévenus qui comparaîtront lors du prochain procès ne sont pas encore publiquement accusés de crimes terroristes ; ils seront jugés collectivement pour dégradations volontaires, l’un d’entre eux répondant en outre, séparément, de coups et blessures volontaires graves. Mais le juge Jeremy Johnson s’est vu accorder le pouvoir de décider unilatéralement, en cas de verdict de culpabilité, s’ils doivent être condamnés en tant que terroristes. Ayant auparavant représenté le MI6 et la police britannique, il a inculpé l’avocat de Palestine Action d’outrage au tribunal1 pour avoir défendu ses clients avec succès.
Johnson a été désigné pour présider l’affaire après que le précédent magistrat a été dessaisi du dossier pour avoir accordé une libération sous caution à un prévenu de Filton en mars 2025. Les lourdes restrictions imposées aux médias par l’État ont empêché le public d’avoir connaissance de l’éviction choquante du premier juge chargé de l’affaire.
Les médias britanniques ont également été empêchés de rapporter que le nouveau juge avait refusé de mettre fin aux poursuites malgré les déclarations préjudiciables de responsables gouvernementaux au sujet de l’affaire. L’intervention la plus notable est venue de la ministre de l’Intérieur, Yvette Cooper, qui a multiplié les déclarations établissant à tort un lien entre le groupe et le terrorisme, alors même qu’elle aurait été mise en garde par les juristes de l’État contre tout commentaire sur le procès de Filton.
En outre, les restrictions imposées par le tribunal limiteront ce que les six prévenus pourront dire des crimes dont ils sont accusés. Expressément privés du droit d’exposer aux jurés les motivations qui les ont conduits à paralyser un rouage essentiel de la machine à tuer internationale d’Israël, les prévenus se verront amputés d’un volet majeur de leur stratégie de défense. Lors de procès antérieurs, des militants ont réussi à faire valoir que les infractions qui leur étaient reprochées étaient nécessaires pour empêcher Israël de commettre des crimes bien plus graves.
Les accusés de l’affaire Filton se verront également interdire de mentionner que leurs actes doivent être traités comme des infractions terroristes. Bien qu’ils n’aient été inculpés d’aucun crime relevant de cette catégorie, ils se sont vu refuser toute libération sous caution et on les a laissés croupir en prison pendant 15 à 18 mois — bien au-delà de la limite réglementaire de six mois. En violation des règles pénitentiaires, leurs contacts avec le monde extérieur ont été drastiquement restreints, ce qui a conduit plusieurs militants à entamer une grève de la faim. Les conditions de détention étaient si éprouvantes que l’un d’entre eux a tenté de se suicider pour y échapper.
Palestine Action a récemment appris que la décision sans précédent de traiter le dossier Filton comme une affaire de terrorisme avait été prise à l’issue d’une réunion secrète tenue en juin 2024 entre des responsables gouvernementaux et de hauts gradés de l’antiterrorisme. Au cours de cette réunion, les agents de la sécurité nationale ont discuté de l’opportunité de qualifier Palestine Action de faction terroriste, tout en soupesant les « implications en matière de ressources » d’une telle mesure pour la police antiterroriste. Cette décision a été prise alors même que les responsables reconnaissaient ouvertement que « les activités antérieures de [Palestine Action] […] impliquent très rarement des atteintes aux personnes et se limitent pour l’essentiel à des enquêtes pour dégradations volontaires ».
Les pièces communiquées par l’accusation lors du premier procès de Filton soulèvent une question évidente : l’affaire tout entière a-t-elle été transformée en poursuites pour terrorisme afin de mettre Palestine Action sur le même plan qu’Al-Qaïda et Daech ? Le média britannique indépendant Declassified UK a révélé qu’en privé, de hauts responsables gouvernementaux et le MI5 avaient admis qu’il n’existait « aucun précédent connu d’une organisation interdite » au titre du terrorisme « pour avoir commis ou menacé de commettre des actions entraînant des dommages matériels graves ».
L’État joue gros dans cette affaire. Depuis que Palestine Action a été officiellement interdite en tant que groupe terroriste en juillet 2025, d’innombrables citoyens ont été arrêtés pour avoir exprimé leur solidarité. Cependant, la cofondatrice, Huda Ammori, a mené une action historique devant la Haute Cour pour faire annuler cette interdiction, qui a été jugée illégale en février dernier. Si les accusés de l’affaire Filton sont reconnus coupables, leurs condamnations seront probablement invoquées à l’appui du recours que le gouvernement a formé et qui est toujours en instance.
Le 6 août 2024, six militants de Palestine Action ont foncé avec un fourgon cellulaire réaménagé dans l’enceinte d’un site d’Elbit Systems à Filton, près de Bristol, en Angleterre. Après avoir forcé les clôtures de sécurité, ils ont pénétré dans les installations et auraient causé environ 1 million de livres sterling (1,33 million de dollars) de dégâts matériels. La couverture médiatique de l’incident s’est concentrée sur les violents affrontements qui ont opposé les militants aux agents de sécurité et à la police, et qui ont fait les gros titres au Royaume-Uni pendant des semaines.
Détenus en vertu de la loi de 2000 sur le terrorisme (Terrorism Act 2000), les militants ont été inculpés de dégradations volontaires, de troubles violents à l’ordre public et de cambriolage aggravé — un crime passible de la réclusion à perpétuité.
Bientôt connus sous le nom des « Six de Filton », les prévenus ont été placés à l'isolement : ils ont été soumis à des interrogatoires répétés, et ont été privés de tout contact téléphonique avec leur famille, leurs amis et leurs avocats. Des rapporteurs des Nations unies ont vivement condamné le traitement qui leur était infligé, estimant qu’il constituait une « disparition forcée ». Les chefs d’accusation retenus contre eux ont finalement été aggravés d’un « lien avec le terrorisme »2 en vertu de la loi de 2020 sur la détermination des peines (Sentencing Act 2020).
Cette législation est aujourd’hui totalement sortie des radars, mais elle a bouleversé le droit britannique. Auparavant, le « lien avec le terrorisme » ne pouvait s’appliquer qu’à des infractions très graves, telles que la tentative de meurtre et le détournement d’avion. Or, la loi de 2020 autorise les procureurs à appliquer cette qualification à toute infraction passible d’une peine maximale supérieure à deux ans.
Une condamnation pour dégradations volontaires pourrait par conséquent déboucher sur une peine de près de dix ans d’emprisonnement. Parallèlement, la notion de « dommages matériels graves » reste totalement indéfinie, ce qui laisse à la police et aux procureurs une marge de manœuvre considérable pour interpréter la loi.
Il s’agit du tout premier cas de l’histoire britannique où la qualification de « lien avec le terrorisme » a été appliquée à des infractions de moindre gravité en vertu de la loi de 2020. Et ce n’est pas la seule procédure hautement inhabituelle engagée contre des membres de Palestine Action.
Lorsque des policiers antiterroristes armés ont mené une descente violente pour arrêter 18 autres militants dans le cadre de l’affaire Filton, les prévenus ont été inculpés des mêmes infractions en vertu du concept controversé et archaïque d’« entreprise commune » (joint enterprise). De ce fait, ils peuvent être reconnus coupables de crimes graves, quand bien même ils n’auraient joué aucun rôle actif dans leur planification ou leur exécution.
Ces 18 militants ont été placés en détention provisoire jusqu’à ce que les six premiers accusés soient tous acquittés par un jury en février 2026. Le jury les a déclarés non coupables des chefs de cambriolage aggravé et de troubles violents à l’ordre public, sans toutefois parvenir à un verdict à la majorité sur les autres chefs d’accusation, et le procès s’est achevé sans la moindre condamnation.
Le Crown Prosecution Service [CPS / l’équivalent du parquet en France (NdT)] a annoncé qu’il demanderait un nouveau procès avant même d’avoir accompli les formalités requises à cet effet.
Tous les prévenus ont été libérés sous caution dans l’attente d’un nouveau procès, à l’exception de Sam Corner, qui reste inculpé de coups et blessures volontaires graves à l’encontre d’un policier. Cela fait un an et huit mois qu’il est en détention provisoire, principalement à la prison de Belmarsh, un complexe de haute sécurité surnommé « le Guantanamo britannique ». Son procès a été considérablement parasité par les grands médias et les partisans d’Israël sur les réseaux sociaux, qui réclamaient à cor et à cri que Corner soit condamné pour tentative de meurtre. Un titre typique, publié dans le Daily Telegraph, affirmait sans équivoque que Corner « avait brisé le dos d’un policier avec une masse ».
Des séquences vidéo et des images fixes très sélectives de la prétendue agression ont été largement diffusées. Une tout autre version des faits a cependant émergé lors du procès de Filton, souvent hors la présence des médias et des jurés. Un compte rendu des débats rédigé par le cinéaste Rikki Blue indique que la police comme les agents de sécurité d’Elbit Systems ont décrit les événements survenus pendant l’action d’une manière qui contredisait radicalement les images de vidéosurveillance.
Ce n’est en outre qu’au cours du procès que les avocats de la défense de Palestine Action ont pu accéder aux images brutes des caméras-piétons des policiers et des agents de sécurité, lesquelles présentaient une version des faits qui mettait sérieusement à mal celle du ministère public.
Au fil du procès, il est apparu que le plan des caméras de vidéosurveillance des locaux d’Elbit fourni par l’entreprise était incomplet. Plusieurs appareils — précisément ceux qui étaient bien placés pour enregistrer les incidents contestés, y compris les échauffourées entre les militants, la police et les agents de sécurité de l’entreprise — n’y figuraient pas. Des communications secrètes entre Elbit, qui produit des systèmes de surveillance utilisés dans les territoires palestiniens occupés, et la police britannique ont été divulguées au cours du procès.
Dans l’un de ces messages, un représentant anonyme d’Elbit a averti que les « lacunes et discontinuités » des extraits vidéo soigneusement triés et fournis au tribunal par la police offraient une « occasion en or » à la défense de Palestine Action. Sans surprise, Elbit et le Crown Prosecution Service se sont opposés à la divulgation intégrale des enregistrements de vidéosurveillance.
Certaines séquences ont révélé qu’un agent de sécurité d’Elbit était entré dans les locaux, armé d’un fouet, et avait provoqué de violentes altercations avec les militants présents. Le jury n’a pourtant pas été autorisé à visionner les images manquantes ; il n’a même pas été informé de leur existence.
Lors du procès, Corner a témoigné qu’il avait agi dans un état de panique après s’être fait asperger le visage de liquide PAVA. Semblable au spray au poivre, cette substance interdite — dont la police britannique est largement équipée — provoque une douleur extrême, désoriente les victimes et leur brouille la vue pendant plusieurs minutes. Il venait de voir un agent de sécurité d’Elbit frapper au visage l’un de ses camarades avec le manche d’une masse, lorsqu’il a entendu une militante qui hurlait et venait de recevoir une décharge de Taser.
Corner a cru qu’elle était brutalement agressée par les agents de sécurité d’Elbit. Il a déclaré qu’il ignorait totalement que la police — qui ne s’était pas annoncée et portait des uniformes semblables à ceux des agents de sécurité — avait pénétré dans l’usine. Il a affirmé avoir agi uniquement pour défendre sa camarade et n’avoir jamais eu l’intention d’utiliser une arme quelconque contre qui que ce soit pendant l’action, et encore moins contre un policier.
À aucun moment les médias britanniques n’ont fait état de la version de Corner.
Tout au long du procès, le ministère public et le tribunal se sont efforcés d’empêcher la défense de mentionner Elbit, ou d’évoquer la façon dont celle-ci facilite le génocide à Gaza. Aucun témoin de l’entreprise israélienne ni de sa société de sécurité, Minerva Elite, n’est venu à la barre. Dans le même temps, le juge Jeremy Johnson a exercé une pression agressive sur le jury pour qu’il condamne tous les accusés.
Alors que Corner déposait, un juré a fait passer une note à Johnson, lui demandant si Palestine Action avait « mené une action visant à sauver des vies et s’était sentie moralement obligée de détruire des armes dont elle pensait qu’elles allaient servir à tuer des civils », ce qui constituerait une « excuse légale » justifiant leur acquittement. Johnson a répondu par la négative et a réaffirmé cette position à la fin du procès.
Le jury n’est finalement pas parvenu à rendre de verdict sur le chef de coups et blessures volontaires graves retenu contre Corner — une issue extraordinaire, compte tenu de l’ingérence manifeste du juge Johnson et du ministère public.
Malgré les contraintes procédurales que lui a imposées le juge Johnson, l’avocat principal de la défense des Six de Filton, Rajiv Menon KC,3 a orienté tout au long du procès ses interrogatoires de manière à imposer au prétoire la question du rôle d’Elbit dans le soutien au génocide des Palestiniens perpétré par Israël. Dans sa plaidoirie finale, Menon a saisi l’occasion de mettre en évidence les tentatives du juge Johnson d’empêcher les jurés d’entendre certains éléments de preuve. Il a ensuite fustigé la restriction, décidée par Johnson, des moyens de défense que les jurés pouvaient prendre en considération — une manœuvre qui donnait bien l’impression que le juge ordonnait au jury de condamner les accusés de Filton.
« Non seulement il ne vous ordonne pas de condamner, mais il lui est également absolument interdit de le faire en droit », a rappelé Menon au jury, selon une transcription de ses propos consultée par The Grayzone. « La loi est on ne peut plus claire sur ce point. Aucun juge, dans aucune affaire pénale, n’est autorisé à ordonner à un jury de condamner un accusé, quel que soit le chef d’accusation et quelles que soient les preuves. Telle est la loi. »
Le discours de Menon a visiblement fait mouche auprès des jurés. Cela a ulcéré le juge Johnson, qui est allé jusqu’à menacer de dissoudre le jury après un procès éreintant de six semaines. Bien qu’il n’ait pas mis sa menace à exécution, Johnson a annoncé le 18 février — deux semaines après que les jurés ont rendu leurs verdicts —, lors d’une audience préalable au nouveau procès, qu’il avait l’intention d’engager une procédure pour outrage au tribunal contre Menon en raison de ses propos.
Ce serait une première : jamais un avocat n’a été poursuivi pour outrage au tribunal en raison du contenu de sa plaidoirie. Menon risque désormais deux ans de prison pour le grave « crime » d’avoir rappelé au jury son droit séculaire de rendre des verdicts sans craindre de sanctions de la part du juge.
Dans sa tentative juridiquement douteuse de faire condamner les membres de Palestine Action en tant que terroristes, le juge Johnson a reçu le renfort de la ministre de l’Intérieur, Yvette Cooper. Celle-ci a cherché à établir un lien entre l’affaire Filton et l’interdiction de Palestine Action, et a présenté comme des crimes avérés des accusations sub judice4 pesant sur les prévenus. Les avocats du Crown Prosecution Service auraient recommandé à Cooper de ne pas évoquer l’affaire du tout, mais elle a passé outre. Des juristes estiment que ses agissements sont constitutifs d’un outrage au tribunal. Le juge Johnson lui-même a admis les manquements de la ministre lors d’une audience préliminaire.
En août 2025, quelques semaines après que Palestine Action a été désignée comme terroriste, Cooper a défendu cette interdiction dans une tribune publiée par The Observer, dans laquelle elle accusait le groupe de mener une « campagne de plus en plus intense » mêlant « intimidation, violence, armes et blessures graves infligées à des personnes ». Elle y faisait, à plusieurs reprises, référence à l’accusation de coups et blessures volontaires graves portée dans le cadre de l’action de Filton, pour insinuer avec force que les militants avaient fréquemment exercé des violences contre des êtres humains, et que ces actes présumés justifiaient l’interdiction de l’organisation.
Or, c’était faux : Palestine Action avait auparavant mené des centaines d’actions directes sans jamais blesser la moindre personne.
Lors de l’annonce de l’interdiction de Palestine Action, la ministre de l’Intérieur avait mentionné Filton, tout en déclarant explicitement : « Afin de ne pas porter préjudice à de futurs procès pénaux, le gouvernement ne commentera pas les détails de ces incidents. » La tribune mensongère donnée par Cooper à The Observer semblait pourtant conçue pour influencer les jurés.
Si tel était le cas, ce n’aurait pas été la première fois que le Home Office (ministère de l’Intérieur) recourait à des tactiques juridiquement douteuses pour diffamer Palestine Action, tout en fabriquant de toutes pièces un prétexte à l’interdiction illégale du groupe.
Le 23 juin 2025, le jour même où Cooper annonçait officiellement son intention de désigner Palestine Action comme groupe terroriste, le Times de Londres a publié un article incendiaire affirmant que le groupe militant recevait secrètement des fonds du « régime iranien, via des intermédiaires ».
Glissé dans le quotidien de référence favori de l’establishment sécuritaire, l’article s’appuyait uniquement sur les allégations de responsables anonymes du Home Office, sans citation directe ni preuve. On se contentait d’indiquer que les autorités « enquêtaient sur la source des dons [de Palestine Action] », « leurs objectifs » étant censément alignés sur ceux de Téhéran. Cette affirmation diffamatoire et infondée, brandie en titre, n’en a pas moins été recyclée ensuite par de nombreux grands médias.
Les responsables britanniques ont apparemment estimé qu’ils n’avaient d’autre choix que de mentir effrontément. Un rapport du Foreign Office (ministère des Affaires étrangères) de mars 2025, divulgué à la suite d’une fuite, déconseillait explicitement d’interdire Palestine Action ; il citait une lettre adressée en novembre 2024 au Premier ministre Keir Starmer par des experts des Nations unies, selon laquelle le recours à la législation antiterroriste contre Palestine Action était « injustifié ». L’ONU avait également fait part de ses inquiétudes « concernant d’éventuelles violations des droits fondamentaux des prisonniers politiques et le traitement réservé aux militants » au cas où ils seraient jugés en tant que terroristes.
En mai 2025, le gouvernement britannique a publié un rapport qu’il avait lui-même commandé, prétendument « indépendant », sur « la violence politique et les troubles ». Tout en se montrant critique à l’égard de Palestine Action, le document avertissait que « les conséquences d’une interdiction sont graves et peuvent entraîner à la fois une restriction légale du droit à la liberté d’expression et du droit d’association ». Il indiquait également que les activités de Palestine Action n’atteignaient pas le seuil, « à juste titre très élevé », requis pour une interdiction en vertu de la loi sur le terrorisme.
Deux ans plus tôt, Chris Philp, alors ministre chargé de la Police, avait tenu une réunion secrète avec des officiers de police de haut rang, des responsables gouvernementaux et des représentants d’Elbit. Des comptes rendus lourdement caviardés de cette rencontre, rendus publics en vertu de la loi sur la liberté de l’information, révèlent que Philp avait reçu une note d’information indiquant clairement que Palestine Action « n’atteint pas le seuil requis pour une interdiction, car l’organisation ne commet pas, ne participe pas, ne prépare pas, ne promeut pas, n’encourage pas et n’est pas impliquée [sic]5 dans des actes de terrorisme ».
Alors même que les institutions britanniques admettent que Palestine Action ne s’est jamais livrée à des activités terroristes, les tribunaux du pays sont engagés dans une entreprise sournoise visant à condamner des militants pour des crimes terroristes. On dira aux jurés qu’ils statuent sur une affaire pénale ordinaire, mais un juge qui a manifesté la ferme intention d’anéantir l’organisation s’est vu accorder toute latitude pour condamner les accusés en tant que terroristes. Et les jurés ont été tenus dans l’ignorance de tout cela.
Si le jury échoue une nouvelle fois à rendre un verdict à la majorité sur le chef de dégradations volontaires, les accusés de Filton ne pourront pas être poursuivis une troisième fois. Ils repartiront libres, portant ainsi un coup retentissant à la machine à tuer israélienne, tout en légitimant la stratégie de l’action directe pour chasser les usines d’armement israéliennes du sol britannique.
Les élites de la sécurité nationale, de Londres à Tel-Aviv, veulent à tout prix empêcher un tel scénario. Pour atteindre leurs objectifs, elles semblent disposées à faire fi des principes juridiques fondamentaux et des garanties que ceux-ci offrent.
Le 11 avril, à son retour en Grande-Bretagne et à deux jours de l’ouverture du nouveau procès, la porte-parole des Six de Filton, Lisa Minerva Luxx, a été retenue et interrogée en vertu de l’annexe 7 de la loi sur le terrorisme (Terrorism Act).
Alors que leur dernière chance de porter le coup de grâce au groupe militant est toujours à leur portée, les élites britanniques et leurs collaborateurs israéliens ne semblent pas avoir l’intention de reculer.
Palestine Action
Le Royaume‑Uni cherche à faire emprisonner les militants de Palestine Action pour « terrorisme », à la faveur d’un black‑out médiatique
(The Grayzone, 12 avril 2026)
Exclusif : Palestine Action face à de nouveaux procès truqués pour « terrorisme »
(Max Blumenthal, The Grayzone, 15 août 2026)
Sources :
Source de l’illustration d’en-tête : The Grayzone
https://thegrayzone.com/2026/04/12/uk-jail-palestine-action-terrorism-uk/
Contempt of court (rendu ici par « outrage au tribunal ») : infraction du droit anglais qui sanctionne tout comportement de nature à entraver le cours de la justice ou à compromettre l’équité d’un procès — propos tenus à l’audience, déclarations publiques sur une affaire en cours ou violation d’une interdiction de publication. Née de la jurisprudence des tribunaux anglais (common law) et non de la loi écrite, elle est aujourd’hui pour partie codifiée par le Contempt of Court Act 1981. (NdT) ↩
Terrorism connection, dans le texte original en anglais : circonstance aggravante du droit pénal anglais (Counter-Terrorism Act 2008, art. 30, aujourd’hui repris à l’art. 69 du Sentencing Act 2020). Au moment de fixer la peine, le juge peut considérer qu’une infraction de droit commun — ici des dégradations — a été commise en lien avec le terrorisme, ce qui alourdit considérablement la sanction. (NdT) ↩
KC (King’s Counsel) : titre honorifique distinguant les avocats les plus éminents du barreau d’Angleterre et du pays de Galles. (NdT) ↩
Sub judice : au Royaume-Uni, se dit d’une affaire encore pendante devant la justice, sur laquelle tout commentaire public de nature à en influencer l’issue est interdit, sous peine d’outrage au tribunal. (NdT) ↩
Le « [sic] » figure dans le texte original en anglais. La note du Home Office y enchaîne des verbes aux constructions incompatibles — do not commit, participate in, prepare for, promote, encourage, or be concerned with —, le dernier ne s’accordant plus avec l’auxiliaire initial : la phrase juxtapose en réalité les critères d’interdiction énumérés par l’article 3 de la loi de 2000 sur le terrorisme, recopiés les uns à la suite des autres. La traduction conserve un défaut équivalent, en imposant une rection unique à des verbes qui en appellent de différentes. (NdT) ↩
|
Paramétrage
|
|||||
|
Aspect :
|
|||||