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Exclusif : Palestine Action face à de nouveaux procès truqués pour « terrorisme »

Exclusif :
Palestine Action
face à de nouveaux
procès truqués pour « terrorisme »

Par Max Blumenthal

Une publication The Grayzone


Article



Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Alors que l’État britannique s’emploie à anéantir Palestine Action, un nouveau procès est en cours, dans lequel le juge a menacé les accusés de retenir contre eux un « lien avec le terrorisme » s’ils exposent les motivations de leur engagement.

C’est l’un des trois procès de ce type où le gouvernement a muselé les accusés, tenu les jurés dans l’ignorance et interdit aux médias britanniques d’en rendre compte, afin de garantir des condamnations.

*

The Grayzone est en mesure de révéler en exclusivité que des audiences sont déjà en cours dans le procès de ceux que l’on appelle les Trois de Teledyne (Teledyne Three). Ces trois accusés ont endommagé la salle blanche d’une usine britannique qui fabrique des pièces du F-35, l’avion qu’Israël a utilisé pour commettre toute une série de crimes contre des civils dans la bande de Gaza assiégée, et au-delà. Ils sont membres de Palestine Action, collectif militant d’action directe que l’État britannique a classé « entité terroriste » en dépit de la réprobation internationale.

La juge qui préside l’affaire, Kay Driver, a imposé à la défense des restrictions assorties d’une menace : si les accusés tentent d’expliquer les mobiles de leurs actes, un « lien avec le terrorisme »1 sera retenu contre eux.

À ce jour, les médias britanniques n’ont le droit de rendre compte ni du procès ni des mesures draconiennes prises par la juge.

L’affaire des Trois de Teledyne est l’un des trois procès en cours dans lesquels l’État britannique intensifie son offensive contre Palestine Action en muselant les accusés et en tenant les jurés dans l’ignorance. Étirer la définition du terrorisme jusqu’à l’absurde et l’appliquer à tout-va : voilà le cœur de la stratégie gouvernementale.

En février dernier, la justice a jugé « illégale » la désignation de Palestine Action comme entité terroriste, que le gouvernement s’obstine à vouloir imposer. L’interdiction prononcée par le Home Office (ministère de l’Intérieur) en juillet 2025 n’en reste pas moins suspendue à l’issue d’un ultime recours. Parallèlement, d’autres procédures en cours contre des militants de Palestine Action témoignent d’une campagne systématique de manœuvres juridiques douteuses visant à les faire condamner comme terroristes — ce qui alourdirait considérablement leur peine en cas de verdict de culpabilité.

The Grayzone a été le premier à le révéler : les autorités britanniques ont pipé les dés dans le procès d’un groupe d’accusés de Palestine Action que l’on appelle les Six de Filton (Filton Six). Un juge a sévèrement restreint ce que la défense pouvait dire, ce que le jury était autorisé à entendre et les moyens de défense que les jurés avaient le droit de prendre en considération. Le jury n’a même pas pu savoir que les accusés risquaient d’être condamnés comme terroristes s’ils étaient reconnus coupables d’infractions moins graves. Toute l’affaire semblait montée pour garantir des condamnations.

En juin, quatre d’entre eux ont été reconnus coupables et condamnés, en tant que « terroristes », à des peines de cinq à huit ans de prison.

Amnesty International a fustigé la condamnation expéditive des Six de Filton, y voyant une atteinte « dangereuse » au droit de manifester au Royaume-Uni. Cela n’a visiblement fait qu’enhardir les autorités, qui tentent aujourd’hui de rejouer le même numéro dans trois affaires distinctes.

Le 17 août s’ouvrira le procès des militants de Palestine Action connus sous le nom des Trois de Teledyne. En octobre 2024, ceux-ci sont parvenus à mettre à l’arrêt une usine du nord de l’Angleterre produisant des pièces pour l’avion de combat F-35. La salle blanche du site — indispensable à la fabrication et à la réparation de ces composants, qui ont servi à commettre nombre d’atrocités contre des civils dans la bande de Gaza assiégée et en Iran — a été mise hors service pour une longue période.

Les médias britanniques ont reçu l’interdiction de rendre compte des audiences préliminaires.

À l’audience, la juge Driver a strictement limité les moyens de défense que les trois militants pourront invoquer au procès. Qu’ils plaident coupables ou non coupables, s’ils tentent d’expliquer au jury pourquoi ils ont perturbé l’activité de l’usine Teledyne, ils en seront punis : un « lien avec le terrorisme » sera retenu contre eux au moment de fixer la peine. La juge comme le ministère public ont cherché à présenter les actes du trio comme visant à « influencer un gouvernement » — formule qui est au cœur de la définition légale du « terrorisme » retenue par le gouvernement britannique.

Selon des transcriptions d’audience obtenues par The Grayzone, la juge a averti tant les accusés que le ministère public que l’éventuelle condamnation du trio comme terroristes n’était « pas en jeu » et « ne faisait pas partie » de l’affaire. Elle n’en a pas moins interdit aux accusés de soulever la question, empêché le jury d’en entendre parler et défendu aux médias d’en faire état.

De même, le ministère public a interdiction d’évoquer le prétendu « lien avec le terrorisme » de l’affaire sans en avoir au préalable fait la demande formelle au tribunal. Celui-ci a ainsi mis en place un piège coercitif sans issue, qui muselle les accusés et impose des œillères au jury.

En juillet dernier, un autre procès de militants de Palestine Action ayant visé le même site Teledyne s’est tenu devant la même juge. Tout au long des débats, celle-ci a affiché un mépris ostensible pour le groupe et ses militants, tout en s’efforçant de restreindre leur défense. Dans cette affaire, le ministère public a tenté en vain de faire retenir un « lien avec le terrorisme » au stade de la peine. Le procès s’est néanmoins soldé par la condamnation des trois accusés pour dégradations volontaires, pour un montant plutôt dérisoire de 5 000 livres sterling.

Un observateur du procès a rapporté à The Grayzone que la juge Driver paraissait « lasse et agacée » lorsque les avocats de la défense ont plaidé que les accusés devaient être libres d’expliquer le mobile de leur action directe : empêcher l’usine de produire des pièces de F-35 qu’Israël utiliserait inévitablement pour commettre des crimes autrement plus graves que de menus actes de vandalisme. La juge a sommairement rejeté tous les moyens de défense proposés, enjoignant aux accusés de ne parler au jury ni de leurs convictions politiques ou morales, ni de l’illégalité flagrante, au regard du droit international, de la politique israélienne à Gaza.

Pendant ce temps, les procureurs ont eu toute latitude pour calomnier les accusés, présentés comme une « entreprise criminelle organisée » menant une « campagne de violence ». Les précédents créés par le procès des Six de Filton, conjugués à l’interdiction draconienne qui frappe Palestine Action, aujourd’hui classée organisation terroriste, ont ouvert les vannes : le « lien avec le terrorisme » peut désormais être invoqué dans bien d’autres affaires d’action directe visant à entraver les crimes israéliens.

En juin, cinq militants de Palestine Action ont été reconnus coupables d’importantes dégradations commises contre une agence de la Barclays, banque qui finance, par ses prêts et ses investissements, des fabricants d’armes israéliens. Les documents judiciaires indiquent que le Crown Prosecution Service [CPS / l’équivalent du parquet en France (NdT)] n’a demandé la qualification de « lien avec le terrorisme » qu’une fois le procès terminé. À aucun moment des deux semaines de débats, ni les accusés ni le jury n’ont su qu’ils participaient à un procès pour terrorisme. Le 21 août, une audience tranchera la question de cette qualification. Les peines doivent être prononcées deux semaines plus tard.

Le juge Altham, présidant cette affaire, a déjà défrayé la chronique en septembre 2018 pour la peine « manifestement excessive » infligée à trois militants opposés à la fracturation hydraulique. Poursuivis pour trouble à l’ordre public pour être montés sur un camion afin de bloquer la livraison de matériel destiné à un site de fracturation, ceux-ci ont écopé de 18 mois de prison. Dans leur recours contre cette peine, ils ont dénoncé, comme un conflit d’intérêts flagrant, les liens familiaux d’Altham avec l’industrie pétrolière. Ils ont été libérés après que la Cour d’appel britannique a annulé leurs peines.

Malgré la réprobation internationale et les recours en justice, l’implacable offensive judiciaire menée contre Palestine Action ne cesse de s’intensifier. Des milliers de citoyens ordinaires — parmi lesquels des personnes âgées et des rescapés de la Shoahont été arrêtés pour avoir simplement exprimé publiquement leur soutien au groupe ou leur opposition à son interdiction.

En s’attaquant à ce groupe d’action directe, les autorités visent clairement à neutraliser l’un des leviers les plus efficaces dont disposent les citoyens britanniques pour gripper la machinerie génocidaire qui tourne sans relâche sur leur sol, sous la protection de leur gouvernement. Dans la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, nul ne sait quelles formes de militantisme politique seront demain rangées sous l’étiquette « terrorisme ».

Sources :


Source de la photographie d’en-tête : Defend Our Juries
https://x.com/DefendOurJuries/status/1954279258055958744


  1. Terrorism connection, dans le texte original en anglais : circonstance aggravante du droit pénal anglais (Counter-Terrorism Act 2008, art. 30, aujourd’hui repris à l’art. 69 du Sentencing Act 2020). Au moment de fixer la peine, le juge peut considérer qu’une infraction de droit commun — ici des dégradations — a été commise en lien avec le terrorisme, ce qui alourdit considérablement la sanction. (NdT) 

 

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