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Le responsable suisse qui a emprisonné le journaliste Ali Abunimah est un activiste pro-Israël fanatique

Le responsable suisse
qui a emprisonné
le journaliste Ali Abunimah
est un activiste pro‑Israël fanatique

Par Wyatt Reed

Une publication The Grayzone


Article



Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Mario Fehr, le responsable suisse de la sécurité qui a ordonné l’arrestation d’Ali Abunimah, est un politicien pro-sioniste enragé qui a qualifié à tort le journaliste américano-palestinien d’« islamiste haïssant les Juifs ». Dans le passé, Fehr s’est enorgueilli d’interdire les manifestations de solidarité avec la Palestine.

*

Le responsable suisse qui a ordonné l’arrestation du journaliste américano-palestinien renommé, Ali Abunimah (directeur exécutif du média The Electronic Intifada), a justifié son geste en affirmant, de manière mensongère et diffamatoire, qu’Abunimah est « un islamiste qui déteste les Juifs ». Mario Fehr est à la tête du département de la sécurité du Conseil d’État du canton de Zurich. Il a formulé sa fausse accusation dans un récent commentaire au journal suisse NZZ, lequel a également qualifié à tort le journaliste d’« islamiste » et d’« extrémiste ».

Les autorités suisses ont arrêté Abunimah le 25 janvier, après l’avoir autorisé à entrer en Suisse à l’issue d’un interrogatoire d’une heure. Abunimah a été expulsé le 27 janvier, après deux nuits au cours desquelles les autorités suisses ont refusé de lui dire s’il était accusé d’un crime. Selon NZZ, des officiers zurichois ont demandé à la police fédérale — et l’ont obtenu — un mandat d’arrêt, après avoir réalisé qu’Abunimah s’était rendu dans le pays pour prononcer un discours lors d’un événement organisé par le Comité palestinien de Zurich. Fehr a expliqué l’arrestation en déclarant, à propos d’Ali Abunimah qui se décrit comme une « personne non religieuse » : « Nous ne voulons pas d’un islamiste qui hait les Juifs et qui appelle à la violence en Suisse. »

On ne sait pas exactement comment Fehr en est venu à adopter cette affirmation manifestement fausse, mais l’article de NZZ donne un indice. Pour en arriver à dépeindre Abunimah, personne laïque, comme un djihadiste, les auteurs se sont appuyés sur le dirigeant de « Never Again Is Now » (NAIN / « Plus jamais ça, c’est maintenant »). Ce groupe peu connu (1) se présente comme « la seule organisation à but non lucratif en Suisse qui se consacre exclusivement à la lutte contre l’antisémitisme », (2) affirme qu’il « exige l’application sans compromis de la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste1 » et (3) clame : « nous […] défendons Israël contre les programmes antisionistes. »

NZZ a cité l’un des membres du conseil d’administration du groupe, Thomas Patzko, qui a déclaré qu’« Abunimah et sa plateforme sont des porte-parole du Hamas ». Le journal a fait référence à NAIN en insistant sur le fait qu’Abunimah « délégitime les victimes de l’attaque terroriste du 7 octobre, en particulier les femmes et les enfants » — une allusion à la déclaration factuelle d’Abunimah selon laquelle « il n’y a aucune preuve crédible d’un seul viol, le 7 octobre ».

On ne sait pas encore si ces fausses accusations du média suisse ou du groupe sioniste ont conduit directement à l’expulsion d’Abunimah. Mais, à un moment donné, avant le discours prévu du journaliste, « la police [régionale] de Zurich avait eu connaissance de l’apparition programmée d’Abunimah ». « Elle a soumis à Fedpol une demande d’interdiction d’entrée sur le territoire », écrit NZZ, ajoutant que « cette demande a été acceptée » par « le conseiller gouvernemental responsable et directeur de la sécurité Mario Fehr ».

Ce qui est clair, en revanche, c’est l’allégeance du chef de la sécurité zurichoise au discours sioniste. Lors d’un « rassemblement de solidarité avec Israël » organisé le 10 octobre 2023, Fehr a déclaré ouvertement que « le sort d’Israël et de ses habitants me tient à cœur », avant d’énumérer une liste exhaustive de points de vue pro-israéliens, de fulminer contre l’Iran et de citer la Première ministre israélienne Golda Meir, notoirement raciste, tout en demandant au gouvernement suisse de cesser de financer tout projet de développement en Palestine.

Mario Fehr, le directeur de la sécurité de Zurich, lors d'une manifestation de solidarité avec Israël organisée en Suisse le 10 octobre 2023
[Ennio Leanza / Keystone]

« Le Hamas et son principal sponsor, l’Iran, ont toujours appelé à la destruction d’Israël et des Juifs. Le fait que la politique étrangère officielle de la Suisse ait cru à l’illusion qu’elle pouvait sérieusement négocier avec ces terroristes est naïf et honteux. Quiconque viole des femmes, tue des personnes âgées, kidnappe des enfants, déshumanise les morts, prend en otage d’innombrables personnes pacifiques n’est pas un partenaire pour la négociation — c’est un violeur, un meurtrier, un terroriste. Golda Meir avait raison : “Vous ne pouvez pas négocier la paix avec quelqu’un qui est venu pour vous tuer.” La paix ne sera pas possible avec le Hamas et ses complices. »

Quelques minutes plus tard, Fehr s’est lancé dans une tirade sur ceux qui « tentent d’expliquer qu’Israël est en fait à blâmer », en déplorant : « Ces relativistes devraient simplement faire leur prochain voyage au Moyen-Orient dans la bande de Gaza. » Bien qu’il ait admis que « de nombreux civils palestiniens souffrent et sont affectés », il a soutenu que « la responsabilité en incombe uniquement aux terroristes du Hamas », déclarant catégoriquement : « Israël n’est pas à blâmer pour cette escalade. »

Enfin, Fehr a insisté sur le fait que le « Conseil fédéral suisse doit suspendre la coopération au développement avec la Palestine (comme l’UE) jusqu’à ce que l’on sache clairement à qui l’argent va réellement profiter », car « il n’y a actuellement, du côté palestinien, aucun partenaire pour la négociation ». 

« Quiconque voit les choses différemment permet à l’argent de circuler vers les terroristes. »

Dans une interview accordée à NZZ un mois après l’attentat du 7 octobre 2023, Fehr a déclaré que « l’antisémitisme rampant » était devenu « insupportable » en Suisse, une tendance qui, selon lui, est confirmée par les manifestations pro-palestiniennes et qu’il attribue à la présence d’Arabes : « Les manifestations en Palestine nous montrent que l’antisémitisme est plus répandu dans certains cercles culturels. Dans certaines parties du monde arabe en particulier, les enfants apprennent à haïr les Juifs et Israël dès leur plus jeune âge. Nous devons veiller à ne pas laisser de place à cette haine dans notre pays. »

Fehr a critiqué les autorités suisses pour avoir laissé se dérouler des manifestations pro-palestiniennes. Il a déclaré qu’il avait exigé qu’elles interdisent de tels événements dans les zones relevant de sa juridiction, en prétendant que « les manifestations anti-israéliennes sont de plus en plus souvent détournées par des extrémistes ».

« Leur objectif est l’anéantissement d’Israël et de tous les Juifs. Le risque est réel que des islamistes d’Allemagne ou d’autres pays s’installent en Suisse pour y répandre leur haine. Une grande manifestation en faveur de la Palestine a eu lieu à Berne samedi dernier, et la prochaine a été planifiée et approuvée pour ce week-end dans la ville de Zurich. Je pense que c’est de la négligence. »

« J’ai insisté auprès du chef de la sécurité municipale pour qu’il n’autorise plus aucune manifestation palestinienne, dans la situation dangereuse actuelle. »

À la question de savoir si la police régionale sous son commandement « continuerait à soutenir les autorités de la ville de Zurich, même si la ville autorise de telles manifestations », Fehr a simplement répondu : « Nous protégerons les institutions juives comme avant — avec tous les moyens à notre disposition. »

Je suis libre ! J’ai écrit ceci dans l’avion et je le poste juste après l’atterrissage à Istanbul.

Lundi soir, j’ai été amené à l’aéroport de Zurich menotté, dans une petite cage métallique à l’intérieur d’un fourgon pénitentiaire sans fenêtre et conduit jusqu’à l’avion par la police. Ceci après trois jours et deux nuits dans une prison suisse, coupé de toute communication avec le monde extérieur, dans une cellule 24 heures sur 24 avec un seul compagnon de cellule, sans même être autorisé à contacter ma famille.

Samedi, lors d’un interrogatoire de police en présence de mon avocat, ils m’ont accusé d’« infraction à la loi suisse » sans jamais me dire quel crime j’avais commis en Suisse ni énumérer les chefs d’accusation. Pour autant que je sache, je n’ai été accusé d’aucun crime et j’ai été placé en « détention administrative ».

Le dimanche matin, des agents des services de renseignement du ministère suisse de la Défense m’ont fait sortir de ma cellule pour m’interroger sans la présence de mon avocat, et ils m’ont à nouveau refusé l’autorisation de le contacter ou de contacter ma famille. J’ai refusé de leur parler sans mon avocat et leur ai demandé de me ramener dans ma cellule.

Pendant mon incarcération, j’ai refusé tous les repas et toutes les tasses de café ou de thé qu’ils m’ont offerts, sauf le dernier repas, après avoir su que j’allais rentrer chez moi. Je n’ai accepté que de l’eau, ce qui est le droit de tout être humain.

Tout cela s’est passé après que des agents en civil m’ont enlevé dans la rue vers 13 h 30 le samedi, alors que je me rendais au séminaire sur la Palestine ; ils m’ont menotté, forcé à monter dans une voiture banalisée et conduit directement à la prison.

Mon « crime » ? Être un journaliste qui s’exprime en faveur de la Palestine et contre le génocide et la sauvagerie coloniale d’Israël, ainsi que contre ceux qui l’aident et l’encouragent. Je suis venu en Suisse à l’invitation de citoyens suisses pour parler de justice pour la Palestine, pour parler de responsabilité dans un génocide dont la Suisse est également complice.

Mais, alors que j’ai été emmené en prison comme un dangereux criminel avant même d’avoir pu dire un mot, le président israélien Isaac Herzog, qui a déclaré au début du génocide qu’il n’y avait pas de civils à Gaza, pas d’innocents, s’est vu dérouler le tapis rouge à Davos, un tapis trempé dans le sang des plus de 47 000 victimes connues du génocide et des milliers d’autres encore sous les décombres, ou qui sont mortes d’une famine délibérément infligée et d’un refus de soins médicaux. Et aujourd’hui même, Netanyahou se rend librement en Pologne pour tourner en dérision la commémoration d’Auschwitz, malgré un mandat d’arrêt de la CPI. Tel est le monde pervers et injuste dans lequel nous vivons.

Cette épreuve a duré trois jours, mais ce goût de la prison a été plus que suffisant pour me rendre encore plus admiratif des héros palestiniens qui endurent des mois et des années dans les prisons de l’oppresseur génocidaire. Plus que jamais, je sais que la dette que nous avons envers eux est une dette que nous ne pourrons jamais rembourser et qu’ils doivent tous être libres et rester au centre de nos préoccupations.

La police ne m’a rendu mon téléphone qu’à la porte de l’avion et je ne vois que maintenant l’ampleur de l’immense soutien et de la solidarité du monde entier. Je suis profondément reconnaissant à toutes les personnes qui m’ont défendu. Je suis particulièrement reconnaissant à mon avocate Dina Raewel et à son équipe, à nos amis de Zurich dont j’ai appris après coup qu’ils avaient manifesté devant la prison, à ma famille et à mes collègues de l’Electronic Intifada, ainsi qu’à tant d’autres. Honnêtement, je n’avais aucune idée de ce qui se passait à l’extérieur de cette pièce en béton ! Je vous remercie du fond du cœur.

Je veux raconter toute l’histoire de ce qui s’est passé, peut-être dans un livestream @intifada dans un jour ou deux, parce que je pense qu’il est important que les gens sachent jusqu’où leurs soi-disant « démocraties » occidentales ont sombré au service abject du sionisme génocidaire.

Pour l’instant, je suis heureux d’être sur le chemin du retour. J’ai hâte de serrer ma mère et mon père dans mes bras, de prendre une douche et de dormir dans mon propre lit.

Le journalisme n’est pas un crime ! Défendre la Palestine n’est pas un crime ! S’opposer au sionisme raciste et génocidaire n’est pas un crime ! Dites-le avec moi :

De la rivière à la mer, la Palestine sera libre ! ❤️🇵🇸✌️


(+EDB)

Sources :


Sources de l’illustration d’en-tête :


  1. La définition de l’« antisémitisme » de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (International Holocaust Remembrance Alliance / IHRA) n’autorise pas la critique de l’État colonial israélien, en particulier l’opposition à l’existence d’Israël en tant qu’État suprémaciste juif. (NdT) 

 

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