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La « doctrine Donroe » : voici le plan néocolonial de Trump pour l’Amérique latine

La « doctrine Donroe » :
voici le plan néocolonial de Trump
pour l’Amérique latine

Par Ben Norton

Une publication Geopolitical Economy Report


Article



Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


L’administration Donald Trump cherche à imposer par la force l’hégémonie de l’empire US en Amérique latine. Tout en utilisant de manière hypocrite la rhétorique de la « guerre contre la drogue et le terrorisme », elle fait revivre la doctrine coloniale Monroe, que les hauts responsables appellent désormais la « doctrine Donroe ».

*

L’administration Donald Trump mène une guerre contre le Venezuela, mais celle-ci s’inscrit dans une guerre politique plus large contre l’Amérique latine.

Au cours de la première année du second mandat de Trump, le gouvernement des États-Unis a :

Voilà les bâtons de la nouvelle « politique des gros bâtons » de Trump, dirigée contre les gouvernements de gauche d’Amérique latine.

Quant aux carottes, Trump s’est engagé à renflouer économiquement les alliés de droite des États-Unis dans la région.

Par exemple, son administration a offert 40 milliards de dollars pour tenter de sauver le président libertarien argentin Javier Milei, un proche allié de Trump qui a conduit le pays dans une grave crise économique.

La VÉRITABLE raison pour laquelle Trump s’en prend à l’Amérique latine
[Geopolitical Economy Report, 2025-10-25]

Les objectifs de l’empire US en Amérique latine

Le gouvernement des États-Unis s’est toujours immiscé dans les affaires intérieures de l’Amérique latine. Ce n’est pas nouveau.

Les États-Unis ont renversé au moins 41 gouvernements en Amérique latine de 1898 à 1994, selon les recherches de l’historien de l’université Columbia, John Coatsworth.

Au cours des trois dernières décennies, Washington a encore soutenu des dizaines de coups d’État, de tentatives de coup d’État, d’opérations de changement de régime et de « révolutions de couleur » dans la région.

L’armée US est intervenue dans chaque pays d’Amérique latine, selon les données du Congressional Research Service (la seule exception est la Guyane française, qui est une colonie de la France).

L’impérialisme US a toujours été bipartisan à Washington et s’est poursuivi sous des présidents républicains comme démocrates.

Cependant, Donald Trump a ramené la forme d’interventionnisme la plus ouverte et la plus agressive.

Dans ses attaques flagrantes contre la souveraineté de l’Amérique latine, l’empire US poursuit trois objectifs principaux.

Exploiter les ressources de la région

Premièrement, les États-Unis veulent exploiter les abondantes ressources naturelles de l’Amérique latine. Notamment : le pétrole et le gaz naturel ; l’or, le minerai de fer, le lithium, le cuivre et d’autres minéraux ; les produits agricoles ; et l’eau douce (à mesure que la crise climatique s’aggrave, l’eau deviendra de plus en plus importante sur le plan géopolitique).

Trump a clairement affiché sa volonté de voir les entreprises étatsuniennes prendre le contrôle des ressources naturelles de la région et en tirer profit.

Lors d’un rassemblement en 2023, il s’est vanté de vouloir « s’emparer » du Venezuela, regrettant de ne pas l’avoir fait plus tôt : « nous aurions obtenu tout ce pétrole ».

Couper les relations avec la Chine

Le deuxième objectif de l’empire US est d’empêcher tous les gouvernements d’Amérique latine d’entretenir des liens étroits avec la Chine. Washington aimerait également couper les relations régionales avec la Russie et l’Iran, mais la Chine est la priorité absolue.

La Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Amérique du Sud, et les échanges économiques augmentent d’année en année.

Les États-Unis mènent une seconde guerre froide — ou guerre froide 2.0 — qui vise à isoler la Chine. Ses stratèges veulent transformer non seulement l’Amérique latine mais tout l’hémisphère occidental en « sphère d’influence » impériale.

Ce n’est pas une coïncidence si, lors de son premier voyage à l’étranger, le secrétaire d’État de Trump, Marco Rubio, s’est rendu au Panama, où il a réussi à faire pression sur le pays pour qu’il se retire du projet d’infrastructure mondial de la Chine, l’initiative Ceinture et Route (Belt and Road Initiative / BRI).

Le premier partenaire commercial des pays d’Amérique latine : 2000 et 2023

Installer des régimes de droite qui maintiennent les salaires des travailleurs bas, afin que les entreprises étatsuniennes puissent « relocaliser entre amis » la production manufacturière

Enfin, le troisième objectif de l’empire US, étroitement lié aux deux premiers, est de renverser tous les gouvernements de gauche indépendants d’Amérique latine et de les remplacer par des régimes de droite, dirigés par des oligarques, qui servent docilement les intérêts de Washington et des entreprises étatsuniennes.

Ces gouvernements de droite mettraient également en œuvre des politiques anti-travail et pro-capital qui maintiennent les salaires des travailleurs bas, afin que les entreprises étatsuniennes puissent relocaliser ou « relocaliser entre amis » (« friendshore ») la production manufacturière hors d’Asie vers l’Amérique latine, ce qui est une priorité majeure pour Trump.

Les stratèges impériaux reconnaissent qu’il n’est pas réaliste que les États-Unis eux-mêmes se réindustrialisent et ramènent des emplois manufacturiers, en particulier dans les industries à forte main-d’œuvre propices à la syndicalisation — ils prévoient donc d’exploiter les travailleurs latino-américains sous-payés.

Le dirigeant libertarien argentin Javier Milei est l’exemple type du dirigeant que Washington aimerait voir à la tête de chaque pays d’Amérique latine. Ses politiques néolibérales extrêmes — qui sont conçues par des employés très expérimentés de la méga-banque de Wall Street, JPMorgandésindustrialisent rapidement l’Argentine, transformant cette nation sud-américaine en colonie de ressources et détruisant tout fabricant local susceptible de concurrencer les entreprises étatsuniennes.

C’est pourquoi l’administration Trump a offert 40 milliards de dollars pour renflouer Milei. Cela s’ajoute aux 20 milliards de dollars accordés à Milei par le Fonds monétaire international (FMI) dominé par les États-Unis, ainsi qu’aux 12 milliards de la Banque mondiale et aux 10 milliards de la Banque interaméricaine de développement (BID), pour un total de 82 milliards de dollars d’institutions soutenues par les États-Unis. Cette énorme nouvelle dette libellée en dollars et offerte en une seule année pour soutenir le projet hyper-néolibéral de Milei représente environ la valeur de toutes les exportations argentines en un an, soit un stupéfiant 12 % du PIB argentin au taux de change du marché (ou 5,5 % du PIB mesuré en parité de pouvoir d’achat, PPA).

Le président libertarien argentin Javier Milei et sa sœur et cheffe de cabinet Karina rencontrent leur boss, le président étatsunien Donald Trump.
[The White House]

Un autre modèle du type de dirigeant que l’empire US aimerait voir gouverner dans toute l’Amérique latine est le président de droite de l’Équateur, Daniel Noboa, qui possède la double nationalité américano-équatorienne et est le fils de l’oligarque le plus riche du pays. Noboa fait passer des mesures qui permettent à l’armée US de rouvrir des bases en Équateur et d’entrer dans le pays à tout moment, pour n’importe quelle raison, sans surveillance du gouvernement local.

Trump transforme la doctrine coloniale Monroe en doctrine Donroe

Donald Trump a fièrement ressuscité la doctrine coloniale Monroe, une politique vieille de 202 ans qui stipule essentiellement que l’Amérique latine est « l’arrière-cour » de l’empire US.

Le gouvernement des États-Unis a proclamé pour la première fois la doctrine Monroe en 1823, alors qu’il commençait à étendre son empire territorial à la fois vers l’ouest et vers le sud.

De 1846 à 1848, par exemple, les États-Unis ont mené une guerre coloniale d’agression contre le Mexique et lui ont volé la moitié nord de son territoire, qui correspond aux États actuels de l’Arizona, de la Californie, du Nevada, du Texas, de l’Utah et du Nouveau-Mexique (c’est pourquoi on l’appelle Nouveau-Mexique, parce qu’il a été pris à « l’ancien Mexique »).

Constitution des États-Unis mexicains de 1824
[Wikimedia Commons]

Notons que ces territoires riches en ressources naturelles volés au Mexique ont été des vaches à lait pour l’empire US : la Californie est le troisième plus grand État US par sa superficie et possède la plus grande économie (4 100 milliards de dollars de PIB), tandis que le Texas a à la fois le deuxième plus grand territoire et la deuxième plus grande économie (2 700 milliards de dollars de PIB).

Avec la doctrine Monroe originale, Washington envoyait un message aux empires coloniaux européens, les avertissant que l’Amérique latine ferait partie de la sphère d’influence de l’empire US, et qu’il ne tolérerait pas d’intervention européenne dans la région. C’était cyniquement présenté comme une sorte d’anti-impérialisme colonial.

Aujourd’hui, la doctrine Monroe 2.0 utilise le même type de cadrage cynique, sauf que maintenant l’empire US dit à la Chine qu’elle ne peut pas avoir de relations avec les pays d’Amérique latine.

En fait, le Wall Street Journal a rapporté que les responsables de l’administration Trump ont qualifié avec désinvolture leur stratégie néocoloniale de « doctrine Donroe ».

Selon cette doctrine néocoloniale Donroe, écrit le journal, Trump « traite l’hémisphère comme une extension du territoire national des États-Unis, où Washington agira unilatéralement pour éliminer les ennemis perçus comme tels. La loyauté est récompensée, la défiance peut avoir un prix ».

Une description plus directe a été avancée par Pete Hegseth, le secrétaire à la Guerre autoproclamé et extrémiste de Trump1 : « the Americas first » (« les Amériques d’abord »).

L’administration Trump a discrètement élargi son slogan ultra-nationaliste « America first » (au sens « les États-Unis d’abord ») en principe néocolonial « the Americas first », avec les États-Unis au sommet et aux commandes — ou, comme le formulent les critiques de gauche en Amérique latine, « les Amériques pour les Nord-Américains ».

L’idée est que le gouvernement contrôle tout dans l’hémisphère occidental, du sommet de de l’Amérique du Nord avec le Canada (que Trump veut transformer en « 51e État US ») et le Groenland (que Trump veut également coloniser, contre la volonté de sa population autochtone), jusqu'au bas de l'Amérique du Sud avec l’Argentine dirigée par le fidèle agent extérieur des États-Unis, Javier Milei.

C’est précisément pourquoi Donald Trump a choisi le faucon de guerre néoconservateur chevronné Marco Rubio pour servir à la fois comme secrétaire d’État (chef du département d’État) et conseiller à la sécurité nationale (chef du Conseil de sécurité nationale).

Rubio n’est que le deuxième responsable de l’histoire des États-Unis à occuper simultanément ces deux postes, après le criminel de guerre notoire Henry Kissinger.

Ancien sénateur de Floride, Rubio est le véritable roi des golpistas (putschistes) de droite à Miami. Il a consacré toute sa carrière à tenter de renverser les gouvernements de gauche de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela.

Le slogan néocolonial de MAGA pour l’Amérique latine : Monroe 2.0

Le Wall Street Journal a décrit les attaques néocoloniales du gouvernement des États-Unis contre l’Amérique latine comme « la nouvelle guerre de Trump contre le terrorisme ».

Le journal a interviewé Steve Bannon, qui était le directeur de campagne présidentielle de Trump en 2016 et qui a servi comme stratège en chef du président pendant son premier mandat.

Bannon a fièrement décrit la politique étrangère néocoloniale de Trump comme étant du « Monroe 2.0 ».

« C’est beaucoup plus vendable à la base America First que les choses au Moyen-Orient », a-t-il expliqué, faisant indirectement référence au génocide parrainé par les États-Unis en Palestine et aux guerres incessantes en Asie occidentale.

Le Wall Street Journal a noté que « “Monroe 2.0” est devenu un cri de ralliement populaire dans tout l’écosystème conservateur ».

Ce que cela démontre, c’est que le mouvement d’extrême droite de Trump, dit « MAGA » (« Make America Great Again » / « Rendre sa grandeur à l’Amérique »), n’est pas réellement anti-guerre ou anti-interventionniste. Les républicains MAGA soutiennent allègrement l’impérialisme US en Amérique latine. Ils ne voient pas les Latino-Américains comme des êtres humains égaux ; ils les considèrent comme inférieurs et les traitent tous comme des criminels.

Les attaques soutenues contre l’Amérique latine ne sont en aucun cas une nouvelle caractéristique du second mandat de Trump.

Lors de son premier mandat, Trump s’est volontairement entouré de faucons de guerre néoconservateurs, comme son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, qui était l’un des architectes de la guerre en Irak sous l’administration de George W. Bush.

Lors d’une interview sur CNN, Bolton a admis, non sans une certaine fierté, que la Maison-Blanche du premier mandat de Trump avait mené une tentative de coup d’État au Venezuela : « Moi qui ai aidé à planifier des coups d’État, je peux vous dire que cela demande beaucoup de travail. »

Lors de cette tentative de coup d’État en 2019, Bolton a « fièrement » déclaré que la doctrine Monroe était « bien vivante ». Dans ses mémoires de 2020, The Room where it happened (La pièce où ça s’est passé), Bolton a déclaré qu’« il était temps de ressusciter » la doctrine Monroe, et que le Venezuela « était une menace en raison de sa connexion avec Cuba et des ouvertures qu’il offrait à la Russie, à la Chine et à l’Iran ».

Pendant son premier mandat, Trump a également nommé le faucon de guerre néoconservateur Mike Pompeo comme directeur de la CIA, puis secrétaire d’État. Pompeo a lui aussi cité la doctrine coloniale Monroe, alors qu’il supervisait les tentatives de coup d’État soutenues par les États-Unis au Venezuela, au Nicaragua et à Cuba.

Trump, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, en avril 2019
[The White House]

Les dirigeants des États-Unis ont fait savoir sans aucune ambiguïté possible qu’ils soutiennent le colonialisme en Amérique latine.

Dans une séquence sur Fox News en octobre 2025, le sénateur républicain Lindsey Graham, un proche allié de Trump, et le présentateur pro-Trump Sean Hannity ont proposé de coloniser le Venezuela et d’en faire le 51e État de leur pays.

La nouvelle « guerre contre la drogue » de Trump est une guerre impériale basée sur des mensonges : ce sont les armes de destruction massive, version 2.0

Les agences d’espionnage US entretiennent depuis longtemps des liens étroits avec les trafiquants de drogue en Amérique latine.

Dans les années 1980, la CIA a utilisé la drogue pour financer ses guerres de terreur contre les groupes de gauche en Amérique centrale. Dans un livre qui a fait date, Dark Alliance: The CIA, the Contras, and the Crack Cocaine Explosion, le journaliste Gary Webb a documenté le rôle de l’Agence dans le trafic de cocaïne pour financer les escadrons de la mort, les Contras (les contre-révolutionnaires), qui ont déclenché le terrorisme contre les civils pour tenter de renverser le gouvernement socialiste sandiniste du Nicaragua.

Dans un autre livre explosif, The Big White Lie: The Deep Cover Operation that Exposed the CIA Sabotage of the Drug War, un ancien agent de la Drug Enforcement Administration (DEA), Michael Levine, a montré comment les agents du renseignement US ont utilisé la drogue et les cartels pour faire avancer les intérêts impériaux de Washington en Amérique latine et dans le monde.

Pour tenter de justifier ses attaques néocoloniales contre l’Amérique latine, Donald Trump a affirmé qu’il combattait, soi-disant, le « trafic de drogue ».

C’est complètement faux. C’est un mensonge qui rappelle la fausse accusation de l’administration George W. Bush selon laquelle l’Irak possédait des « armes de destruction massive » (ADM).

Tout d’abord, ce n’est pas la cocaïne, mais plutôt les opioïdes synthétiques comme le fentanyl qui sont responsables de la grande majorité des décès liés à la drogue aux États-Unis.

Le Venezuela n’est déjà pas un producteur majeur de cocaïne, mais, en plus, il n’a pratiquement rien à voir avec le fentanyl.

Des journalistes de la publication indépendante Drop Site News ont parlé à un membre du gouvernement des États-Unis et ont rapporté ce qui suit :

« Un haut responsable des États-Unis directement au courant de l’affaire a déclaré à Drop Site que le renseignement US a évalué la situation : peu, voire pas du tout, du fentanyl acheminé vers les États-Unis est produit au Venezuela, malgré les récentes accusations de l’administration Trump.

Le haut responsable a noté que beaucoup des bateaux ciblés par les frappes de l’administration Trump n’ont même pas l’essence ou la capacité motrice nécessaires pour atteindre les eaux étatsuniennes, ce qui remet sérieusement en question les affirmations du secrétaire à la Défense, Pete Hegseth. L’affirmation est étayée par les commentaires récents du sénateur Rand Paul (républicain du Kentucky) qui a également noté qu’aucun fentanyl n’est produit au Venezuela. »

Même certains médias occidentaux mainstream, comme le Financial Times, ont admis que la guerre de Trump contre le Venezuela ne vise pas réellement à arrêter le flux de drogue.

Le Financial Times : « La priorité maintenant est de forcer le départ des hauts responsables du gouvernement vénézuélien. » Le journal ajoute que l’administration Trump émet « la menace claire que, si Maduro et son cercle rapproché s’accrochent au pouvoir, les Américains pourraient utiliser la force militaire ciblée pour les capturer ou les tuer ».

Ce n’est pas surprenant, étant donné que, pendant le premier mandat de Trump, Marco Rubio a fait pression sur le président pour lancer une invasion du Venezuela.

Aujourd’hui, Rubio est la deuxième personne la plus puissante du gouvernement des États-Unis, et il supervise désormais cette guerre néocoloniale.

Le Financial Times a clairement indiqué que les États-Unis ont trois objectifs principaux pour Venezuela : renverser le gouvernement de gauche indépendant, exploiter les abondantes ressources naturelles de la région et couper les liens de ce pays avec la Chine, la Russie et l’Iran.

« Ce qui est en jeu au Venezuela, ce sont les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, ainsi que de précieux gisements d’or, de diamants et de coltan. »

Le Financial Times a cité une personnalité fortunée de l’opposition vénézuélienne soutenue par les États-Unis : « Le plan est maintenant de capturer Nicolás Maduro. Capture-élimination ou capture-arrestation, puis le sortir de là, d’une manière ou d’une autre. »

L’empire US a donc deux scénarios de guerre pour le Venezuela : l’option Panama ou l’option Libye.

Les États-Unis ont envahi le Panama en 1989, tué de nombreux civils, renversé son gouvernement et arrêté son dirigeant Manuel Noriega (qui, ironiquement, était un agent de longue date de la CIA et avait passé des années à faire du trafic de drogue avec le soutien des agences d’espionnage US).

Les forces de l’OTAN dirigées par les États-Unis ont mené une guerre de changement de régime en Libye en 2011, tuant le dirigeant anticolonialiste de gauche Mouammar Kadhafi et provoquant l’effondrement de l’État. Aujourd’hui encore, 14 ans plus tard, la Libye est un État failli sans gouvernement central unifié. À l’époque du règne de Kadhafi, les habitants de cette nation riche en pétrole jouissaient du niveau de vie le plus élevé de toute l’Afrique. Aujourd’hui, le pays est sans cesse en proie à la guerre civile et compte des marchés aux esclaves à ciel ouvert où des réfugiés africains sont achetés et vendus comme du bétail.

L’un ou l’autre scénario serait catastrophique pour la grande majorité des Vénézuéliens ordinaires, travailleurs — mais ils ne sont jamais pris en compte dans les plans de guerre élaborés par les stratèges impériaux de Washington.

Le gouvernement des États-Unis est allié aux pires trafiquants de drogue d’Amérique latine

L’armée US a tué des dizaines de personnes lors d’attaques contre des bateaux dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, en septembre et octobre 2025. Aucune des victimes n’a été formellement inculpée, et encore moins jugée.

L’administration Trump n’a présenté aucune preuve démontrant que les personnes qu’elle a exécutées étaient des « trafiquants de drogue ».

Parmi ces victimes se trouvaient des pêcheurs du Venezuela, de Colombie et de Trinité-et-Tobago.

L’un des rares dirigeants de la région assez courageux pour tenir tête à l’empire US et s’exprimer contre ses exécutions extrajudiciaires était le président colombien Gustavo Petro, le premier dirigeant de gauche du pays.

Petro s’est montré particulièrement virulent contre Trump. Dans son discours de 2025 à l’Assemblée générale de l’ONU, le président colombien a comparé le gouvernement des États-Unis à l’Allemagne nazie et a qualifié Trump de « nouvel Hitler ».

Le président colombien Gustavo Petro avec le président chinois Xi Jinping, en octobre 2023
[Xinhua / Huang Jingwen]

La Colombie a historiquement été l’allié le plus proche des États-Unis en Amérique latine. Le pays a été gouverné pendant des décennies par des oligarques corrompus de droite.

Petro est le premier dirigeant moderne du pays à suivre une politique étrangère indépendante et non alignée. Il a effectué un voyage historique à Pékin en mai, où il a signé un accord pour que la Colombie rejoigne l’Initiative Ceinture et Route. Cela a mis en fureur les faucons anti-Chine à Washington.

Pour le punir de résister à l’empire US et de défendre la souveraineté de son pays, l’administration Trump a imposé des sanctions au président colombien démocratiquement élu et aux membres de sa famille.

Dans un accès de colère sur son site Truth Social, Trump a violemment attaqué Petro et a plusieurs fois mal orthographié le nom du pays, confondant Colombia, la nation (la Colombie), avec Columbia, l’université étatsunienne.

Dans sa publication sur les réseaux sociaux, Trump a affirmé, sans aucune preuve, que Petro serait un « chef illégal de la drogue ». [« illegal drug leader », formulation bancale (NdT)]

C’est complètement faux ; il s’agit d’une attaque flagrante contre le dirigeant démocratiquement élu d’un pays souverain et indépendant.

Le secrétaire au Trésor des États-Unis, Scott Bessent, milliardaire et gestionnaire de fonds spéculatifs de Wall Street, a également repris les mensonges de Trump. Il a écrit sur Twitter que « depuis que le président Gustavo Petro est arrivé au pouvoir, la production de cocaïne en Colombie a explosé pour atteindre des niveaux records ». C’est un mensonge.

Des experts indépendants ont montré que la production de cocaïne a diminué sous le président Petro.

En fait, c’est le contraire de ce qu’ont allégué les États-Unis qui est vrai : la production de cocaïne a considérablement augmenté sous le précédent dirigeant de droite de la Colombie, Iván Duque, qui était un proche allié des États-Unis et un ami de Trump.

Pendant le premier mandat de Trump, le gouvernement ultra-conservateur de Duque en Colombie a joué un rôle clé dans la tentative de coup d’État menée par les États-Unis dans le Venezuela voisin.

Le mentor politique de Duque était la figure la plus puissante de la politique colombienne : l’oligarque de droite Álvaro Uribe.

Uribe a été président de la Colombie de 2002 à 2010. Pendant cette période, l’armée colombienne soutenue par les États-Unis a assassiné plus de 6 400 civils innocents et les a habillés avec les uniformes de groupes socialistes révolutionnaires, prétendant faussement qu’il s’agissait de guérilleros ; cela est connu sous le nom du tristement célèbre scandale des « faux positifs ».

Uribe était l’allié le plus proche des États-Unis en Amérique latine. Il faisait docilement tout ce que Washington voulait.

Le président colombien et narcotrafiquant Álvaro Uribe, avec le président étatsunien George W. Bush, en 2008
[The White House]

Uribe se trouve également être l’un des trafiquants de drogue les plus puissants de l’histoire moderne de l’Amérique latine.

Le gouvernement des États-Unis sait depuis des décennies qu’Uribe est un baron de la drogue ; pourtant il l’a joyeusement soutenu, parce qu’Uribe a toujours fidèlement servi les intérêts US dans la région.

Un rapport de 1991 de la Defense Intelligence Agency (DIA) a décrit Uribe comme l’un des « narcotrafiquants colombiens les plus importants », l’identifiant comme un « ami personnel proche de Pablo Escobar » et qui était « engagé dans une collaboration avec le cartel [de la drogue] de Medellín aux plus hauts niveaux du gouvernement ».

Il existe une montagne de preuves à l’appui. L’Associated Press a rapporté en 2018 : « Alors qu’Álvaro Uribe, le politicien le plus puissant de Colombie, gravissait les échelons vers la présidence il y a plus de deux décennies, les responsables étatsuniens ont été informés à plusieurs reprises que ce politicien en pleine ascension avait des liens avec les cartels de la drogue du pays, selon des câbles du département d’État récemment déclassifiés. »

Malgré l’histoire bien documentée de ce trafic de drogue, Washington a continué à défendre Uribe publiquement jusqu’à ce jour.

Alors que l’administration Trump prétend de façon mensongère que sa guerre contre le Venezuela vise à arrêter le flux de drogue, Rubio a couvert d’éloges le narcotrafiquant.

« La justice colombienne a prévalu alors que l’ancien président Uribe est absous après des années de chasse aux sorcières politique contre lui et sa famille », a tweeté Marco Rubio le 21 octobre, ajoutant le hashtag « Uribe est innocent ».

Au début de la dernière guerre de l’administration Trump contre le Venezuela, en juillet, Rubio a encore tweeté : « Le seul crime de l’ancien président colombien Uribe a été de se battre inlassablement et de défendre sa patrie. »

C’est incontestablement faux.

En plus de ses activités avec les cartels de la drogue, on sait depuis des décennies qu’Uribe, ainsi que sa famille, collaborent étroitement avec des escadrons de la mort d’extrême droite qui tuent des militants de gauche, des organisateurs syndicaux, des défenseurs des terres et des leaders autochtones en Colombie, pour le compte de grandes entreprises, de propriétaires terriens et d’oligarques.

D’ailleurs, un groupe paramilitaire d’extrême droite en Colombie a utilisé un ranch appartenant à la famille Uribe comme base d’opérations.

Ce que tout cela démontre, c’est que la politique du gouvernement des États-Unis en Amérique latine est fondamentalement basée sur des mensonges.

Washington a soutenu pendant des décennies les pires trafiquants de drogue de la région, pour déstabiliser les gouvernements de gauche indépendants et promouvoir les intérêts des entreprises étatsuniennes.

La guerre néocoloniale de Trump contre l’Amérique latine aujourd’hui n’est certainement pas nouvelle. Chaque président des États-Unis a commis des crimes impériaux dans la région.

Cependant, la différence avec Trump est qu’il est fier d’être un colonialiste. Il ne le cache pas. Il ne ressasse pas de propagande cynique sur la « démocratie » et les « droits de l’homme ».

Trump dit crûment ce que les autres cachent. Il a arraché le masque et montré le vrai visage de l’empire US : un visage hideux, celui du mensonge, de l’exploitation et de la guerre.

Sources :


Source de l’illustration d’en-tête : Geopolitical Economy Report
https://geopoliticaleconomy.com/2025/10/27/donroe-doctrine-trump-neocolonial-plan-latin-america/
Photographie d’origine : Molly Riley / White House
Marco Rubio (center) next to Donald Trump (right) during a Cabinet meeting, on April 30th in the Cabinet Room


  1. « Le secrétaire à la Défense de Trump, Pete Hegseth, se présente lui-même comme un “croisé”, convaincu que les États-Unis livrent une “guerre sainte” contre la Chine, la gauche et l’islam. “La Chine communiste s’effondrera”, a-t-il juré dans son livre paru en 2020, American Crusade (Croisade américaine), tout en promettant qu’“Israël et l’Amérique tisseront un lien encore plus étroit dans leur combat contre le fléau de l’islamisme et de la gauche internationale”. » (Ben Norton) (NdT) 

 

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