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Trump lève les sanctions visant des cadres d’Al-Qaïda — recruteurs et financiers — à quelques jours des 25 ans du 11-Septembre

Trump lève les sanctions
visant des cadres d’Al‑Qaïda
— recruteurs et financiers —
à quelques jours
des 25 ans du 11‑Septembre

Par Max Blumenthal

Une publication The Grayzone


Article



Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Alors que les États-Unis s’apprêtent à commémorer les 25 ans du 11 septembre 2001, Donald Trump a rayé de la liste noire antiterroriste américaine des figures de premier plan d’Al-Qaïda. Parmi elles, Abdallah Muhaysini, un religieux saoudien qui a recruté des enfants-soldats et des adolescents kamikazes pour semer le chaos dans toute la Syrie.

*

L’administration du président Donald Trump a rayé de sa liste de terroristes spécialement désignés les noms de plusieurs commandants, recruteurs et financiers de la branche syrienne d’Al-Qaïda. Ces hommes comptent parmi les plus notoires au monde. Parmi les bénéficiaires de la levée des sanctions américaines, en août, figure Abdallah Muhaysini. Ce religieux salafiste-djihadiste originaire d’Arabie saoudite a participé à des massacres filmés de soldats prisonniers. Il a recruté des cohortes de jeunes étrangers pour commettre des attentats-suicides dans toute la Syrie, au cours de la dernière décennie.

Ces recruteurs djihadistes ont été rayés des listes américaines dans un mouvement plus large : l’administration Trump a cessé de compter le gouvernement du président syrien Ahmed Al-Charaa parmi les États soutenant le terrorisme. « Ces mesures constituent une nouvelle étape historique franchie par le président Trump pour ouvrir au peuple syrien une voie vers la prospérité », a déclaré le secrétaire d’État Marco Rubio le 24 août 2026.

Anciennement connu sous le nom d’Abou Mohammed Al-Joulani, Al-Charaa est le cofondateur de l’État islamique (ISIS) et le fondateur du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. Sous la houlette de conseillers occidentaux, Al-Charaa a rebaptisé Al-Nosra en Hayat Tahrir al-Cham, ou HTC,1 avant de renverser le gouvernement du président Bachar Al-Assad en décembre 2024.

Quand il s’est emparé du pouvoir, Al-Charaa avait déjà été préparé au rôle d’homme de main local fiable par les services de l’OTAN qui le pilotaient. Lorsque le président américain l’a reçu dans le Bureau ovale en novembre 2025 — lui envoyant pour rire un nuage de son eau de Cologne Trump et lui demandant combien il avait d’épouses —, il était clair que les États-Unis étaient prêts à lever les sanctions qui avaient dévasté l’économie syrienne. Deux mois plus tard, Trump a mis sur la table un plan mal ficelé prévoyant une attaque de l’armée syrienne contre l’Iran. Washington avait enfin trouvé son homme à Damas.

Olga Nesterova : « Voici le président Trump en train d’asperger Al-Charaa de son eau de Cologne et de lui demander combien il a d’épouses… dans le Bureau ovale. »

En août, l’administration Trump est allée un cran plus loin, en levant les sanctions qui visaient des propagandistes, des bailleurs de fonds et des combattants d’Al-Qaïda responsables d’atrocités effroyables pendant la guerre sale menée contre la Syrie. Parmi ces figures : Abou Soulaymane al-Mouhajir, l’un des principaux recruteurs d’Al-Qaïda en Australie, qui a fui en Syrie ; Shafi Sultan Mohammed al-Ajmi, important financier koweïtien d’Al-Nosra ; et Abdul Samrez Jashari, combattant étranger albanais qui occupe désormais un poste de haut rang dans l’armée syrienne sous Al-Charaa.

De tous les brigands d’Al-Qaïda qui ont bénéficié de l’allègement des sanctions accordé par l’administration Trump, c’est peut-être le religieux Abdallah Muhaysini, né en Arabie saoudite et soutenu par la Turquie, qui a supervisé le plus d’actes de violence sadique.

Abdallah Muhaysini bénit le massacre de 56 soldats syriens prisonniers à la base aérienne d’Abou Douhour, en 2015.
[Parti islamique du Turkestan]

Un recruteur prolifique d’adolescents kamikazes décroche auprès de Trump un allègement des sanctions

En 2015, Muhaysini a été filmé en treillis de combat camouflé. Le regard mauvais, il dominait un groupe de soldats réguliers de l’armée syrienne, épuisés et les yeux bandés, capturés sur une base aérienne de la province d’Idlib, en Syrie. Dans un message vidéo, il a justifié leur massacre de sang-froid au motif que, bien que musulmans sunnites, ils avaient combattu pour le gouvernement laïque syrien.

« Je n’aime pas les appeler sunnites », a-t-il déclaré. « Ils l’ont été, mais ils sont devenus des mourtaddin, des apostats, dès lors qu’ils se sont enrôlés dans le régime nosaïri. »2 Quelques instants plus tard, les 56 hommes ont été alignés et abattus.

Muhaysini a étudié auprès de Soulaymane Al-Alwan, le religieux wahhabite qui dirigeait ce que des musulmans critiques à son égard ont appelé une « usine à terroristes » dans la province d’Al-Qassim, en Arabie saoudite. Al-Alwan avait par ailleurs eu pour élève Abdulaziz al-Omari, l’un des pirates de l’air du 11-Septembre.

Comme l’a rapporté The Grayzone, Muhaysini a recruté des milliers de jeunes hommes comme combattants et comme kamikazes, leur promettant une place au paradis en échange du sacrifice de leur vie dans des attaques contre des cibles gouvernementales. Ce démagogue étranger trouvait encore le temps de prononcer des prêches télévisés où il indiquait à ses fidèles dans quels cas il convenait de battre leur épouse, tout en les exhortant à tuer les chiites et les membres d’autres groupes minoritaires partout où ils les trouveraient en Syrie.

Ibn Walid : « Muhaysni félicite la mère d’un garçon qu’il s’apprête à envoyer en mission suicide à #Aleppo [Alep] et lui assure qu’il aura ses vierges 😂 #Syria [Syrie] »

Installé en Syrie à partir de 2014, Muhaysini s’est implanté au cœur des factions rebelles les plus puissantes et s’est employé à les réunir sous une même bannière. Il a d’abord contribué à assembler tant bien que mal la coalition connue sous le nom de Jaish al-Fatah, l’Armée de la conquête. (En rayant des listes le groupe HTC d’Al-Charaa, l’administration Trump a du même coup levé les sanctions visant un groupe issu de Jaish al-Fatah.)

Grâce à ses relations avec de riches salafistes des États du Golfe, Muhaysini a organisé la collecte de fonds « Menez le djihad avec votre argent », qui a permis de réunir quelque 5 millions de dollars pour l’offensive lancée en 2015 par l’opposition armée afin d’arracher à l’armée syrienne le gouvernorat d’Idlib, dans le nord du pays.

Dans un entretien en ligne, Muhaysini a remercié « un groupe de frères en islam de Riyad (Arabie saoudite) », citant aussi « notre frère Abou Ahmed du Koweït » et « notre frère Abou Joud du Qatar ».

En 2018, le Jihads Callers Center de Muhaysini a recruté des enfants-soldats dans le camp de réfugiés d’Atmeh, à la frontière syro-turque — un réduit sordide abritant quelque 30 000 victimes de la guerre. Des fusils étaient remis aux adolescents volontaires avant qu’on ne les expédie par camion vers Idlib et ailleurs. (La vidéo de cette campagne de recrutement d’enfants-soldats a été retirée d’Internet.) Des émissions plus anciennes diffusées sur le réseau de ce religieux montraient de jeunes enfants s’entraînant au combat.

Un jeune garçon s’entraîne au combat, au Jihads Callers Center de Muhaysini.
[Jihads Callers Center]

Le 12 décembre 2024, quelques jours après que les forces d’Al-Charaa ont fait irruption dans Damas, à la suite de l’effondrement du gouvernement Assad, Muhaysini a refait surface dans la capitale. Depuis l’intérieur de la mosquée des Omeyyades, le propagandiste d’Al-Qaïda a proclamé : « Je crois sincèrement qu’au Paradis, il existe des villages entiers pour les gens du Levant. »

Près de deux ans plus tard, Muhaysini a reçu une nouvelle bénédiction. Trump a annoncé qu’il ne se rendrait pas à la cérémonie commémorant le 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre à Ground Zero, à New York. Le lendemain, son administration a levé les sanctions visant Muhaysini et ses plus proches complices.

Ils ont peut-être été autrefois des terroristes désignés, ralliés à l’organisation créditée d’avoir abattu les tours jumelles. Mais désormais, ce sont officiellement nos terroristes.


  1. HTC en français / Hayat Tahrir al-Cham
    HTS en anglais / Hayat Tahrir al-Sham
    هيئة تحرير الشام
    Organisation de libération du Levant
    (NdT) 

  2. Les deux mots arabes mourtaddin et nosaïri forment un seul raisonnement : le régime étant tenu pour extérieur à l’islam, celui qui s’y enrôle apostasie. (NdT)

    • Mourtaddin (مرتدّين), pluriel de mourtadd, celui qui quitte l’islam. Dans la bouche de Muhaysini, juge de l’Armée de la conquête et docteur en jurisprudence islamique, ce n’est pas une injure mais une sentence : le droit classique punit l’apostasie de mort et en réserve le prononcé au juge.
    • Nosaïri, du nom d’Ibn Nosaïr, est le nom que la communauté alaouite se donnait elle-même jusqu’au Mandat français, avant d’adopter « alaouite », qui affirme son appartenance à l’islam. L’employer aujourd’hui la lui refuse.
    • Références :
      – W. Heffening, « Murtadd », Encyclopaedia of Islam New Edition Online, Brill
      – Yaron Friedman, The Nuṣayrī-ʿAlawīs, Brill, 2010
      – Waleed Rikab, « Abdallah al-Muhaysini, a Pivotal Figure in the Islamist Insurgency in Syria », Syria Comment, 7 October 2015
      – Rudolph Peters & Gert De Vries, « Apostasy in Islam », Die Welt des Islams, 1976

 

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