Sur Israël, le courage des étudiants met en évidence la lâcheté des élites

Sur Israël,
le courage des étudiants
met en évidence
la lâcheté des élites

Par Aaron Maté


Propagande Censure Internet Répression Terrorisme Guerre Droits de l’homme
États-Unis Palestine Israël
Article

Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


La Maison-Blanche et ses alliés républicains répondent aux manifestations étudiantes sur Gaza par la tromperie et la censure.

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Le mois dernier, alors qu’il marquait l’adoption de son programme tant attendu d’« aide à l’étranger » de 95 milliards de dollars, le président Biden a salué ce qu’il a appelé « un bon jour pour la paix dans le monde ». En réalité, l’« unipartisme » du Congrès a remis à Biden plus d’argent des contribuables pour fomenter la guerre, les conflits et le carnage en Ukraine, en Israël-Palestine et dans la région du Pacifique. Si cela a été un grand jour pour l’industrie de l’armement, principal bénéficiaire du projet de loi, cela a été un jour inquiétant pour tous ceux qui, dans le monde, s’intéressent à la paix, en particulier pour les civils de Gaza qui vivent sous les bombardements israéliens soutenus par les États-Unis.

Malgré l’incongruité évidente des remarques de Biden, personne dans l’establishment politique et médiatique n’a pipé mot. Le message qui en ressort est que les États-Unis sont engagés dans une guerre perpétuelle, quel que soit le danger qu’elle représente pour la planète ou le caractère manifestement mensonger des moyens mis en œuvre pour la mener à bien.

Pouvant littéralement affirmer que la guerre, c’est la paix, la Maison-Blanche poursuit sa longue tromperie en prétendant s’opposer à l’assaut d’Israël sur Gaza, alors qu’elle l’autorise à chaque instant. Cette semaine, Joe Biden a provoqué une onde de choc en annonçant, pour la première fois, l’utilisation de l’influence des États-Unis pour arrêter l’envoi d’armes à Israël. L’administration a révélé qu’une livraison de bombes de 900 et 200 kg avait déjà été interrompue la semaine dernière. Et si Israël poursuit son projet d’invasion de Rafah, où plus d’un million de personnes ont fui, « je ne fournirai pas d’armes », a déclaré Biden à CNN.

Pourtant, depuis le début, chaque déclaration publique concernant une pression supposée de Biden sur Israël a été discrètement minée par ses propres actions. Fidèles à leur habitude, les officiels de l’administration ont informé le Washington Post que les armes suspendues « pourraient encore être livrées en fonction de l’appréciation de la Maison-Blanche ». Comme l’a souligné l’un d’entre eux : « Nous n’avons pas pris de décision définitive sur la manière de procéder. »

Alors que Biden a déclaré à CNN que « nous n’allons pas fournir les armes et les obus d’artillerie […] qui ont été utilisés » contre des zones densément peuplées comme Rafah, ses collaborateurs ont également admis qu’Israël avait déjà reçu les armes dont il aurait besoin. « Malgré la suspension, l’armée israélienne dispose de suffisamment d’armes fournies par les États-Unis et d’autres partenaires pour mener l’opération de Rafah si elle choisit de mettre de côté les objections des États-Unis », a rapporté le Post en citant un officiel US.

En fournissant déjà suffisamment d’armes pour attaquer Rafah, Joe Biden a pour ainsi dire garanti qu’Israël peut mettre de côté les objections. Ce que ce dernier a déjà fait. Alors que le cabinet de guerre israélien votait à l’unanimité en faveur de l’attaque contre Rafah, il a été admis que le gouvernement était tellement engagé dans l’invasion que les otages n’étaient plus qu’une préoccupation secondaire : « Israël n’acceptera en aucun cas de mettre fin à la guerre en échange de la libération des otages », a déclaré un officiel israélien à Haaretz.

Comprenant que les menaces de Biden sont sans effet, les principaux dirigeants israéliens n’hésitent pas à se moquer de lui avec mépris. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a réagi sur CNN à la déclaration du président des États-Unis, selon laquelle davantage d’armes pourrait être suspendues, en tweetant le commentaire suivant : « Le Hamas [aime] Biden », en utilisant un émoji cœur.

Ben Gvir comprend sans doute que même le ridicule, tout comme la baisse des sondages, n’altérera pas le dévouement de Biden à l’égard d’Israël. En effet, un jour après l’interview sur CNN, la Maison-Blanche est revenue sur ses propos. « Tout le monde continue de parler de l’arrêt des livraisons d’armes », a déclaré à la presse le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby. « Les livraisons d’armes à Israël se poursuivent. Et ils continuent à recevoir la grande, la très grande majorité de tout ce dont ils ont besoin pour se défendre. »

Afin de garantir la poursuite de l’armement d’Israël par les États-Unis, la Maison-Blanche a éliminé un obstacle potentiel. Mercredi était la date limite à laquelle le département d’État devait publier un rapport pour déterminer si Israël respecte le droit international. S’il s’avérait qu’Israël ne respecte pas le droit international, cela pourrait déclencher l’arrêt de l’armement. Mais, lorsque la date limite est arrivée, l’administration Biden a discrètement informé le Congrès que le rapport n’était pas prêt, sans préciser pourquoi.

Bien qu’incapable de respecter un délai, Joe Biden a trouvé le temps de dénigrer les étudiants qui protestaient contre son soutien inconditionnel à Israël. Lors d’un discours prononcé à Washington, à l’occasion de la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, Biden a établi un lien direct entre les campements nationaux de solidarité avec Gaza, l’antisémitisme, la violence et même la négation de l’Holocauste : « Sur les campus universitaires, des étudiants juifs ont été bloqués, harcelés, attaqués, alors qu’ils se rendaient en cours. L’antisémitisme, les affiches antisémites, les slogans appelant à l’anéantissement d’Israël, le seul État juif au monde. Trop de gens nient, minimisent, rationalisent, ignorent les horreurs de l’Holocauste et du 7 octobre […] C’est absolument méprisable et cela doit cesser. »

À l’exception de quelques dégâts matériels au Hamilton Hall de Columbia, les manifestations universitaires ont en fait été majoritairement pacifiques. La violence et le harcèlement sont le fait de hooligans pro-israéliens, comme ceux qui ont tiré des feux d’artifice sur le campement de l’UCLA et frappé des étudiants à coups de matraque, ainsi que de la police, qui a tiré des balles en caoutchouc sur la foule.

Biden a été rejoint par le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, qui a décidé de pousser plus loin l’analogie avec l’Holocauste nazi : « Les campus qui faisaient autrefois rêver l’économie internationale ont succombé à un virus antisémite. Si vous fermez les yeux dans le silence de votre propre cœur, vous pouvez entendre les vitres des magasins juifs brisées par les stormtroopers. […] Vous pouvez entendre les cris provenant des chambres à gaz. »

Dans leur zèle à soutenir Israël alors que celui-ci anéantit une population sans défense, Joe Biden et ses alliés républicains se sont en fait fermés aux cris des habitants de Gaza mutilés par les bombes US et ensevelis sous les décombres. Il n’est donc pas étonnant que les étudiants désintéressés qui ont dormi dans des tentes et bravé de violentes attaques en solidarité avec Gaza aient tellement troublé les dirigeants politiques qui soutiennent la destruction de l’enclave assiégée.

Pour s’assurer que leur chambre d’écho reste hermétiquement fermée, les partisans du Beltway en faveur d’Israël cherchent à codifier leurs tactiques de dénigrement — et l’exploitation de la souffrance juive — dans la loi. La Chambre des représentants a récemment approuvé la loi bipartisane sur la « sensibilisation à l’antisémitisme » — « Antisemitism Awareness Act » —, qui criminaliserait la critique d’Israël et menacerait le financement des établissements d’enseignement supérieur qui l’autorisent. Cette loi fait suite à l’adoption par Biden d’une autre mesure de censure bipartisane qui impose une interdiction fédérale sur la plateforme sociale populaire TikTok.

Lors d’une intervention conjointe avec le secrétaire d’État Antony Blinken, le sénateur républicain et ancien candidat à la présidence Mitt Romney a reconnu que l’interdiction de TikTok visait également à étouffer les opinions divergentes sur Israël. « Certains se demandent pourquoi nous avons reçu un soutien aussi massif pour fermer potentiellement TikTok ou d’autres entités de cette nature », a déclaré Mitt Romney. « Si vous regardez les publications sur TikTok et le nombre de mentions des Palestiniens par rapport aux autres sites de médias sociaux — c’est très majoritairement dans les diffusions sur TikTok. »

L’aveu de Romney est intervenu peu de temps après qu’il s’est plaint que les « relations publiques d’Israël [avaient] été aussi mauvaises […] Généralement, les Israéliens sont bons en relations publiques ». En réponse, Blinken a souligné « l’environnement de l’écosystème des réseaux sociaux dans lequel le contexte, l’histoire, les faits se perdent, et l’émotion — l’impact des images — domine ». En d’autres termes, TikTok a échappé au contrôle narratif de l’establishment et a permis aux jeunes de découvrir les preuves visuelles des atrocités commises en leur nom.

Biden et ses alliés républicains ont clairement indiqué leurs priorités. Qu’il s’agisse de faire la guerre au nom de la « paix mondiale », de prétendre faire pression sur Israël, de salir de jeunes gens courageux, d’exploiter la mémoire des victimes nazies ou de censurer la dissidence, le message bipartisan est qu’en matière de complicité avec Israël, le mensonge du gouvernement des États-Unis, tout comme son armement, est sans aucune limite.

Le personnel de l’université George Washington a accroché un gigantesque drapeau des États-Unis au Lisner Hall, en réaction au mouvement des étudiants contre le génocide en Palestine. Les étudiants ont ensuite projeté, la nuit, une image « Genocide Joe » sur le drapeau qui surplombe leur campement.
(3-4 mai 2024)
[Source: pranay somayajula 🇵🇸 (@p_somayajula)] (+EDB)

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