Pourquoi l’empire sanitaire mondial de Bill Gates promet plus d’empire et moins de santé publique

Pourquoi
l’empire sanitaire mondial de Bill Gates
promet plus d’empire
et moins de santé publique

Par Michele Greenstein et Jeremy Loffredo

Une publication The Grayzone

COVID-19 Pandémie Santé Corruption Industriels Néolibéralisme Néocolonialisme Démocratie
États-Unis Occident Afrique
Article

Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Derrière le voile de relations publiques des grands médias, la Fondation Gates a servi de vecteur au capital occidental tout en exploitant les pays du Sud comme un laboratoire humain. La pandémie de coronavirus est susceptible d’intensifier ce programme inquiétant.

L’oligarque milliardaire Bill Gates et sa Fondation Bill & Melinda Gates ont effectivement privatisé l’infrastructure mondiale de la santé publique et sont prêts à en tirer un profit considérable après la pandémie de Covid-19.

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En annonçant en juillet dernier le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé, l’OMS (World Health Organization / WHO), le président Donald Trump a enclenché un processus qui aura un impact considérable sur l’avenir de la politique mondiale de santé publique — et sur la fortune de l’une des personnes les plus riches du monde.

L’abandon de l’OMS par les États-Unis signifie que le deuxième plus grand contributeur financier de l’organisation, la Fondation Bill & Melinda Gates, va bientôt devenir son principal donateur, offrant à l’empire international non gouvernemental une influence inégalée sur l’une des organisations multilatérales les plus importantes du monde.

Bill Gates a acquis un statut de héros au cours de la pandémie. Le Washington Post l’a qualifié de « champion des solutions fondées sur la science », tandis que le New York Times l’a récemment qualifié d’« homme le plus intéressant du monde ». Gates est également la vedette d’une série documentaire Netflix à succès, « Pandémie : comment prévenir une flambée », qui est sortie quelques semaines avant que le coronavirus ne frappe les États-Unis, et qui a été produite par une correspondante du New York Times, Sheri Fink, qui avait auparavant travaillé pour trois organisations financées par Gates (Pro Publica, la New America Foundation et l’International Medical Corps).

Le raz-de-marée d’éloges de la part des médias grand public à l’égard de Gates pendant cette ère du Covid-19 a fait que la remise en question du milliardaire et de ses machinations s’est de plus en plus déplacée jusqu’à l’extrême droite de l’échiquier politique ; toute critique peut ainsi être rejetée par les progressistes comme des délires conspirationnistes de Trumpistes ou de charlatans de Q-Anon.

Mais au-delà de l’aubaine que représentent les relations publiques pour travestir les mensonges de Gates, il y a une histoire troublante qui devrait susciter des inquiétudes quant à savoir si les plans de sa fondation pour résoudre la pandémie profiteront à la population mondiale autant qu’ils étendent et renforcent son pouvoir sur les institutions internationales.

La Fondation Gates a déjà privatisé l’organisme international chargé d’élaborer la politique de santé, le transformant en un instrument de domination des entreprises. Elle a facilité le déversement de produits toxiques sur les populations du Sud, et a même utilisé les pauvres du monde comme cobayes pour des expériences sur les médicaments.

L’influence de la Fondation Gates sur la politique de santé publique est pratiquement subordonnée à la garantie que les réglementations en matière de sécurité et les autres fonctions gouvernementales sont suffisamment affaiblies pour être contournées. Elle agit donc contre l’indépendance des États-nations et comme un vecteur pour le capital occidental.

« À cause de la Fondation Gates, j’ai vu les gouvernements tomber les uns après les autres dans leur souveraineté », a déclaré à The Grayzone la Dr Vandana Shiva, universitaire et fondatrice de la Fondation de la recherche pour la science, la technologie et l’écologie (Research Foundation for Science, Technology and Ecology), basée en Inde.

Sauver le monde ?

La Fondation Bill et Melinda Gates est la plus grande fondation privée sur Terre, déclarant plus de 51 milliards de dollars d’actifs à la fin de 2019. Bill Gates affirme que sa fondation consacre la majorité de ses ressources à « réduire les décès dus aux maladies infectieuses », et grâce à cette philanthropie, il semble s’être acheté un nom en tant qu’expert en maladies infectieuses.

Les réseaux des grands médias ont déroulé le tapis rouge pour Gates alors qu’il conseillait le monde sur la manière de gérer l’épidémie de Covid-19. En avril seulement, alors que le virus touchait gravement les États-Unis, il a été invité par CNN, CNBC, Fox, PBS, BBC, CBS, MSNBC, The Daily Show et The Ellen Show. Sur la BBC, Gates s’est décrit comme un « expert en santé », malgré l’absence de diplôme universitaire en médecine ou dans tout autre domaine.

Les apparitions médiatiques du milliardaire sont rythmées par un thème unique et indéniable : si les dirigeants du monde écoutaient Gates, le monde serait mieux équipé pour lutter contre la pandémie. Comme l’a demandé le magazine de mode Vogue, « Pourquoi Bill Gates ne dirige-t-il pas le groupe de travail sur le coronavirus ? ».

Alors, à quoi ressemble une réponse au Covid-19 dirigée par Gates ?

La solution ultime

Selon Bill Gates, la création et la distribution d’un vaccin contre le Covid-19 à tous les habitants de la planète est « la solution ultime » à l’épidémie. Le directeur général de la Fondation Gates, Mark Suzman, s’est fait l’écho de ces sentiments en proclamant qu’« un vaccin efficace doit être mis à la disposition de 7 milliards d’individus ».

Sur CNN en avril, l’épouse de Bill Gates et codirectrice de sa fondation, Melinda Gates, s’est lamentée d’être « tenue éveillée la nuit », s’inquiétant des populations vulnérables d’Afrique et de leur manque de préparation face à ce virus. En juin, elle a déclaré au Time Magazine qu’aux États-Unis, les Noirs devraient être les premiers à recevoir le vaccin.

Apporter un vaccin salvateur aux populations noires vulnérables d’Afrique et des États-Unis, puis à chacun dans le monde, semble noble, et Bill Gates joint certainement le geste à la parole. En mars, il a démissionné de son poste au conseil d’administration de Microsoft et semble « consacrer désormais la majeure partie de son temps à la pandémie ».

La Fondation Gates, le « plus grand bailleur de fonds pour les vaccins dans le monde », a déjà donné directement plus de 300 millions de dollars pour la réponse mondiale au coronavirus. Elle a notamment soutenu des essais de vaccins menés par des sociétés telles que Inovio Pharmaceuticals, AstraZeneca et Moderna Inc. qui sont toutes décrites comme des chefs de file dans la course au développement d’un vaccin contre le Covid-19.

La fondation a également cofondé et finance la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations / CEPI), qui investit jusqu’à 480 millions de dollars dans « un large éventail de vaccins candidats et de plates-formes technologiques ».

Malgré tout, il y a lieu d’être sceptique lorsqu’on examine la réalité d’un effort de vaccination mondial dirigé par Gates.

Des conflits d’intérêts

En tant que deuxième personne la plus riche de la planète, Bill Gates n’a aucune raison d’avoir envie d’argent. C’est une réponse courante aux critiques selon lesquelles la philanthropie de Bill Gates n’est pas motivée uniquement par la bonté de son cœur. Mais malgré ces fréquentes interprétations selon lesquelles Bill Gates « donnerait » sa fortune, sa valeur nette a en fait doublé au cours des deux dernières décennies.

Dans le même temps, tout porte à croire que la Fondation Gates sert de cheval de Troie aux entreprises occidentales, qui n’ont bien sûr d’autre but que d’augmenter leurs bénéfices.

Considérez la porte tournante entre la Fondation Gates et Big Pharma.

L’ancienne directrice du développement des vaccins de la fondation et actuelle directrice générale de l’Institut de recherche médicale Bill et Melinda Gates (Bill & Melinda Gates Medical Research Institute), Penny Heaton, est issue des grands groupes pharmaceutiques Merck et Novartis.

Le président de la santé mondiale de la fondation, Trevor Mundel, a occupé des postes de direction chez Novartis et Pfizer. Son prédécesseur, Tachi Yamada, était auparavant un cadre supérieur de GlaxoSmithKline (GSK).

Kate James a travaillé chez GSK pendant près de 10 ans, puis est devenue responsable de la communication de la fondation. Les exemples sont pratiquement infinis.

À gauche : l’ancien président de la santé mondiale de Gates, Tachi Yamada. À droite : Trevor Mundel, président de la santé mondiale de la Fondation Gates. Tous deux ont travaillé auparavant comme cadres de l’industrie pharmaceutique.

En outre, la Fondation Gates investit directement dans ces entreprises.

Depuis peu après sa création, la fondation possède des participations dans plusieurs entreprises pharmaceutiques. Une enquête récente de The Nation a révélé que la Fondation Gates détient actuellement des actions et des obligations de sociétés pharmaceutiques telles que Merck, GSK, Eli Lilly, Pfizer, Novartis et Sanofi.

Le site web de la fondation déclare même candidement avoir pour mission de rechercher des « opportunités mutuellement bénéfiques » avec les fabricants de vaccins.

« En outre, nous recherchons des modèles plus efficaces de collaboration avec les principaux fabricants de vaccins afin de mieux identifier et saisir les opportunités mutuellement bénéfiques. »

Gates achète l’Organisation mondiale de la santé

L’OMS s’appuie sur deux sources de revenus. L’une prend la forme de contributions obligatoires, c’est-à-dire de financements obligatoires des États membres de l’ONU, évalués en fonction de la population et des revenus. La seconde est constituée par les contributions volontaires, qui peuvent être affectées à des causes spécifiques.

Les contributions volontaires affectées représentent plus de 80 % du budget actuel de l’OMS. En d’autres termes, la plupart des fonds de l’OMS sont assortis de conditions.

Comme l’a déclaré à The Grayzone le Dr David Legge, spécialiste émérite de la santé publique à la School of Public Health (école de santé publique) de l’université La Trobe à Melbourne, « les contributions obligatoires des États-nations ne couvrent en fait que les frais d’administration. Elles ne couvrent aucun des coûts du projet, ce qui signifie que tout le financement du projet dépend des donateurs. [Et] pratiquement tout l’argent des donateurs est totalement affecté à des projets très spécifiques que les donateurs veulent financer. »

Grâce à ces contributions volontaires, l’OMS a encaissé plus de 70 millions de dollars de l’industrie pharmaceutique en 2018 (dernière année pour laquelle des données complètes sont disponibles). Pendant ce temps, la Fondation Gates a fourni à Big Pharma le vecteur parfait pour influencer l’OMS.

Rien qu’en 2018, la fondation a donné 237,8 millions de dollarsn à l’OMS, ce qui en fait le deuxième plus grand contributeur après les États-Unis.

La fondation finance également l’OMS indirectement par le biais de l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’Immunisation (Global Alliance for Vaccines and Immunization / GAVI), un « partenariat public-privé » qui facilite la vente en gros de vaccins aux pays pauvres. La GAVI est le deuxième plus grand bailleur de fonds non étatique de l’OMS (après la Fondation Gates), et a donné 158,5 millions de dollars à l’OMS en 2018.

À la fin des années 1990, Bill Gates a parrainé les réunions qui ont abouti à la création de la GAVI, en la dotant d’un capital de départ de 750 millions de dollars. À ce jour, la Fondation Gates a donné à la GAVI plus de 4,1 milliards de dollars, ce qui représente près de 20 % des fonds de la GAVI. Elle occupe également un siège permanent au sein du conseil d’administration de la GAVI.

La GAVI elle-même déclare que la Fondation Gates « joue un rôle à la fois technique et financier dans [ses] efforts pour façonner le marché des vaccins ».

Citant la GAVI en exemple, le groupe militant Global Health Watch (Veille mondiale sur la santé) a expliqué que « les autres acteurs de la santé mondiale doivent rendre des comptes à la Fondation Gates, mais pas l’inverse ».

Si l’on combine les contributions de la fondation et de la GAVI à l’OMS, elles dépassent celles du gouvernement des États-Unis, ce qui fait de la Fondation Gates le premier sponsor officieux de l’OMS, avant même la récente décision de l’administration Trump de se retirer de l’organisation.

Pour la sociologue Allison Katz, qui a travaillé pendant 18 ans au siège de l’OMS, celle-ci « est devenue une victime de la mondialisation néolibérale ». En 2007, Katz a écrit une lettre ouverte à la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, dans laquelle elle critiquait les organismes publics qui « font la manche auprès du secteur privé [et] des fondations de “philanthropes” célèbres, aux objectifs divers, issus de l’industrie ».

Certes, la relation financière étroite de l’OMS avec une organisation privée n’est un problème que dans la mesure où elle repose sur des dons en contrepartie. Et cela semble être exactement ce qui se passe.

La plupart des contributions de la Fondation Gates à l’OMS étant affectées, ce n’est pas l’OMS qui décide de l’utilisation de ces fonds, mais la fondation. Par exemple, le programme de l’OMS qui reçoit le plus d’argent est son programme d’éradication de la polio, car la Fondation Gates affecte la plupart de ses contributions à la polio.

En outre, l’ampleur même des contributions financières de la fondation a fait de Bill Gates un dirigeant officieux — bien que non élu — de l’organisation. C’est pourquoi l’Assemblée mondiale de la santé, l’AMS (World Health Assembly / WHA), qui fixe l’ordre du jour de l’OMS, a adopté en 2012 un « Plan mondial pour les vaccins » qui n’a été coécrit par nul autre que la Fondation Gates.

Selon le Dr David Legge, chercheur émérite à la School of Public Health de l’université La Trobe à Melbourne, les « dons » financiers de Gates sont en fait un mécanisme de fixation de l’ordre du jour. Legge a déclaré à The Grayzone que « ses contributions massives faussent totalement le type de priorités budgétaires que l’Assemblée mondiale de la santé souhaiterait voir ».

Selon Foreign Affairs, « peu d’initiatives politiques ou de standards des normes établies par l’OMS sont annoncés avant d’avoir fait l’objet d’un examen informel et officieux par le personnel de la Fondation Gates ». Ou, comme d’autres sources l’ont dit à Politico en 2017, « les priorités de Gates sont devenues celles de l’OMS ».

Dans une interview accordée à Global Health Watch, un responsable principal des politiques de santé d’une grande ONG s’est exprimé en ces termes : « Les gens de l’OMS semblent être devenus fous. C’est “oui monsieur”, “oui monsieur”, pour Gates sur tout ».

En 2007, le chef du programme de lutte contre le paludisme de l’OMS, le Dr Arata Kochi, a mis en garde contre la domination financière de la Fondation Gates, affirmant que son argent pourrait avoir « des conséquences d’une portée considérables, largement inattendues ».

Sept ans plus tard, Margaret Chan, alors directrice générale de l’organisation, a fait remarquer que le budget de l’OMS étant fortement affecté, il est « dirigé par ce qu’[elle appelle] les intérêts des donateurs ».

L’ancienne directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, et Bill Gates

Lorsque Tedros Adhanom Ghebreyesus est devenu directeur général de l’OMS en 2017, l’influence de Bill Gates a de nouveau fait l’objet de critiques.

Tedros était auparavant membre du conseil d’administration de deux organisations que Gates a fondées, auxquelles il a fourni un capital de départ et qu’il continue de financer à ce jour : la GAVI et le Fonds mondial (The Global Fund), dont Tedros était président du conseil d’administration.

Aujourd’hui, on peut trouver Tedros, le premier directeur général de l’OMS qui n’est pas médecin, en train de tweeter des louanges pour les articles d’opinion de Bill Gates.

Tedros Adhanom Ghebreyesus : « Excellent article d’opinion de @BillGates sur la réponse du #COVID19. Je le remercie pour son soutien à l’appel de la @WHO [l’OMS (NdT)] pour la solidarité mondiale, l’investissement dans de nouveaux outils maintenant avant qu’il ne soit trop tard et la garantie d’un accès équitable. »
The Telegraph : Masques, tests, traitements, vaccins : pourquoi nous avons besoin d’une approche mondiale pour combattre le Covid-19 maintenant

Un autre mécanisme utilisé par la Fondation Gates pour influencer l’OMS est le Groupe consultatif stratégique d’experts (Strategic Advisory Group of Experts / SAGE), le principal groupe consultatif de l’OMS pour les vaccins. Le SAGE est un conseil composé de 15 personnes, légalement tenues de déclarer tout conflit d’intérêts éventuel.

Lors d’une récente réunion virtuelle, la moitié des membres du conseil qui l’ont fait ont mentionné les liens avec la Fondation Gates comme conflits d’intérêts possibles.

L’influence de la fondation sur la scène internationale de la santé va bien au-delà de l’OMS. Une analyse de 23 partenariats mondiaux pour la santé réalisée en 2017 a révélé que sept d’entre eux dépendaient entièrement du financement de la Fondation Gates et que neuf autres citaient la fondation comme principal donateur.

Comme l’a noté l’ONG britannique Global Justice Now (Justice mondiale maintenant), « l’influence de la Fondation est si omniprésente que de nombreux acteurs du développement international qui, autrement, critiqueraient la politique et les pratiques de la Fondation, sont incapables de s’exprimer de manière indépendante en raison de son financement et de son patronage ».

« La Banque mondiale et le FMI font figure de nains face à la Fondation Gates, en termes de pouvoir et d’influence », a fait remarquer le Dr Vandana Shiva à The Grayzone.

Façonner les médias

La Fondation Gates s’est également efforcée d’influencer la couverture médiatique de la politique mondiale en matière de santé — et peut-être d’étouffer les critiques concernant ses activités les moins recommandables.

La fondation a fait don de millions de dollars à de grands médias, dont NPR, PBS, ABC, BBC, Al Jazeera, le Daily Telegraph, le Financial Times, Univision et le Guardian. En fait, toute la section « Développement mondial » du Guardian a été rendue possible grâce à un partenariat avec la Fondation Gates.

La fondation a également investi des millions dans la formation au journalisme et dans la recherche de moyens efficaces pour élaborer des récits médiatiques. Selon le Seattle Times, « les experts formés dans le cadre des programmes financés par la Fondation Gates rédigent des articles qui paraissent dans des médias allant du New York Times au Huffington Post, tandis que les portails numériques brouillent la frontière entre le journalisme et la propagande ».

En 2008, le responsable de la communication de PBS NewsHour, Rob Flynn,, expliquait que « de nos jours, il n’y a pas beaucoup de choses que vous pourriez toucher dans le domaine de la santé mondiale qui n’auraient pas une sorte de tentacule de Gates ». C’est à peu près à cette époque que la fondation a donné 3,5 millions de dollars à NewsHour pour mettre en place une unité de production dédiée aux reportages sur les grandes questions de santé mondiale.

Mickey Huff, le président de la Media Freedom Foundation (Fondation pour la liberté des médias), a déclaré à The Grayzone que la Fondation Gates exerce une influence d’une manière typique des fondations qui travaillent par le biais de sociétés de relations publiques, de subventions et de dotations de professeurs. « En bref », a déclaré Huff, « Edward Bernays serait fier des réalisations de ce type de propagande ».

Il n’est pas étonnant que la couverture élogieuse de la fondation soit si courante dans les médias grand public, ou que ses activités peu recommandables dans le Sud mondial retiennent si peu l’attention.

Un système mortel de deux poids, deux mesures

Depuis plus de 20 ans, la Fondation Gates contribue à l’élaboration d’une politique de santé mondiale pour les pays pauvres, principalement en Afrique et en Asie du Sud. Ses relations étroites avec l’industrie pharmaceutique semblent avoir entaché son travail.

Alors que l’énoncé de mission stipule que « nous considérons que toutes les vies ont la même valeur », une exploration de l’histoire récente de la fondation prouve le contraire. Celle-ci semble considérer les pays du Sud comme un dépotoir pour les médicaments jugés trop dangereux pour le monde développé et comme un terrain d’expérimentation pour les médicaments qui ne sont pas encore considérés comme suffisamment sûrs pour le monde développé.

Le soi-disant « fleuron du programme africain de vaccination de Bill Gates et de l’OMS » est la vaccination contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC). Il s’agit d’un ensemble de trois vaccins administrés à pratiquement tous les enfants du continent africain, mais qui ne sont pas actuellement utilisés aux États-Unis ni dans la plupart des autres pays développés.

Dès 1977, une étude publiée par des professionnels de la santé britanniques dans The Lancet a établi que les risques du vaccin à germes entiers contre la coqueluche (utilisé dans le vaccin DTC) sont supérieurs aux risques associés à la contraction de la coqueluche sauvage. Après l’accumulation de preuves établissant un lien entre ce médicament et des lésions, seizures cérébrales, des crises et même la mort, les États-Unis et d’autres pays occidentaux l’ont progressivement abandonné dans les années 1990 et l’ont remplacé par une version plus sûre (appelée DTaP) qui ne contient pas la bactérie entière de la coqueluche.

Cependant, les nations africaines sont toujours incitées financièrement à continuer d’utiliser le vaccin DTC, obsolète et très dangereux, la GAVI faisant du DTC une priorité pour les enfants africains.

De façon choquante, une étude de 2017 financée par le gouvernement danois a conclu que les enfants africains étaient plus nombreux à mourir des suites du vaccin DTC mortel que des maladies qu’il prévenait. Les chercheurs ont examiné des données provenant de la Guinée-Bissau et ont conclu que les garçons mouraient presque quatre fois plus (3,93) que ceux qui n’avaient pas été vaccinés, tandis que les filles souffraient d’un taux de mortalité presque 10 fois plus élevé (9,98).

Pourtant, ces chiffres stupéfiants n’ont pas empêché la Fondation Gates de dépenser des millions chaque année pour imposer le vaccin DTC aux systèmes de santé africains.

Il n’y a peut-être pas d’élément plus renommé du travail de la Fondation Gates que son effort d’éradication de la polio. Pourtant, une fois de plus, les médicaments contre la polio utilisés par le monde occidental et ceux donnés aux pays du Sud sont radicalement différents.

La fondation a dépensé plus d’un milliard de dollars pour distribuer aux pays d’Afrique et d’Asie un vaccin antipoliomyélitique oral, ou VPO (Oral Polio Vaccine / OPV), qui contient un virus vivant de la polio. Ce virus vivant peut se répliquer dans l’intestin d’un enfant et se propager dans des endroits où l’assainissement et la plomberie sont insuffisants. Cela signifie que des personnes peuvent contracter le virus à partir du vaccin.

Selon une étude réalisée en 2017 par l’Université de Californie San Francisco et l’Université de Tel-Aviv, le virus de la polio utilisé dans le VPO a fait exactement cela dans au moins deux douzaines de cas que les chercheurs ont examinés — il a rapidement repris de sa vigueur et a commencé à se propager de lui-même.

Ces dernières années, davantage d’enfants ont été paralysés par la souche du virus contenue dans le VPO que par la polio sauvage. Dans une interview accordée à NPR, le professeur de microbiologie Raul Andino a déclaré : « C’est en fait une énigme intéressante. L’outil même que vous utilisez pour éradiquer la polio est à l’origine du problème. »

En 2000, les États-Unis ont cessé d’utiliser le VPO. Mais dans les pays en développement, la Fondation Gates utilise ses instruments d’influence pour que les gouvernements continuent à l’administrer.

Les épidémies de polio aux Philippines et au Congo sont le résultat du VPO. En 2005, l’Oxford’s Clinical Infectious Diseases Periodical a affirmé que les épidémies de polio en Chine, en Égypte, en Haïti et à Madagascar étaient également causées par le VPO, et a déclaré que « le moment arrive où la seule cause de la polio sera probablement le vaccin utilisé pour la prévenir ».

Quelques années plus tard, le même périodique, tout en estimant que les pays en développement devraient passer au vaccin antipoliomyélitique inactif, ou VPI (Inactive Polio Vaccine / IPV), utilisé par les États-Unis, a écrit que le VPO ne donne pas seulement la polio aux enfants, mais qu’il « semble inefficace pour arrêter la transmission de la polio » pour commencer.

Comme l’a rapporté le British Medical Journal en 2012, « les programmes les plus récents de vaccination de masse contre la polio [en Inde], alimentés par la Fondation Bill et Melinda Gates, ont entraîné une augmentation des cas [de polio] ».

Selon des médecins indiens, le VPO provoque également des épidémies d’une autre maladie appelée paralysie flasque aiguë non poliomyélitique, ou PFANP (non-polio acute flaccid paralysis / NPAFP). Après qu’une épidémie de PFANP a paralysé 490 000 enfants entre 2000 et 2017, les médecins ont publié un rapport suggérant que « l’augmentation de la PFANP et la diminution ultérieure de ces cas étaient bien un effet indésirable du programme [de l’OMS] de vaccination contre la polio. »

La PFANP est « cliniquement indiscernable de la polio, mais deux fois plus mortelle ». Keith Van Haren, neurologue pour enfants à la Stanford School of Medicine, explique que « cela ressemble en fait à la polio, mais ce terme effraie vraiment les responsables de la santé publique ».

En 2012, le British Medical Journal a noté avec ironie que l’éradication de la polio en Inde « a été obtenue en renommant la maladie ».

La même année, l’Indian Journal of Medical Ethics a observé à la fois les épidémies de polio provoquées par les vaccins et l’augmentation massive des PFANP. Il a comparé les efforts d’éradication en Inde à l’occupation de l’Irak, déclarant :

« Lorsque les États-Unis étaient gravement embourbés en Irak en 2005, Joe Galloway a suggéré que les États-Unis devaient simplement déclarer la victoire, puis se retirer. Le moment est peut-être venu d’adopter une telle stratégie honorable en ce qui concerne l’éradication de la polio. »

Cependant, la Fondation Gates et l’OMS ont maintenu le cap, distribuant le VPO dans des pays comme le Nigeria, le Pakistan et l’Afghanistan, où, selon la fondation, l’OMS fournit désormais « des niveaux d’assistance technique sans précédent » pour les campagnes de vaccination contre la polio.

En Syrie, la GAVI, soutenue par Gates, a promis 25 millions de dollars pour la vaccination contre la polio en 2016. Un an plus tard, l’OMS a signalé que 58 enfants syriens avaient été paralysés par la forme du virus dérivée du vaccin.

Malgré le consensus scientifique contre le VPO, et l’opposition à ces programmes dans les pays ciblés, le vaccin reste administré en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud dans le cadre de programmes d’« aide », créant des profits exceptionnels pour les géants pharmaceutiques qui n’auraient peut-être pas pu vendre leurs produits ailleurs.

Avec des médicaments mis au rebut par l’Occident, les femmes africaines ont l’illusion du choix

La pratique de la Fondation Gates consistant à imposer des médicaments dangereux aux systèmes de santé des pays du Sud ne se limite pas aux vaccins. Elle contribue également à la distribution de contraceptifs réversibles à longue durée d’action (long-acting reversible contraceptives / LARC).

Melinda Gates fait souvent référence aux LARC comme un moyen d’autonomiser les femmes des pays pauvres et de leur donner plus de contrôle sur leur vie. Cependant, certains de ces LARC ont eu des effets indésirables, et la distribution de ces produits sans consentement éclairé offre aux femmes peu d’autodétermination.

C’est le cas du Norplant, un implant contraceptif fabriqué par Schering (aujourd’hui Bayer) qui peut empêcher une grossesse pendant cinq ans. Il a été retiré du marché étatsunien en 2002 après que plus de 50 000 femmes aient intenté des procès contre la société et les médecins qui le prescrivaient. 70 de ces recours collectifs (class-action) concernaient des effets secondaires tels que la dépression, des nausées extrêmes, la perte de cheveux, des kystes ovariens, des migraines et des saignements excessifs.

Un site web consacré au développement humain, Degrees, financé par la Fondation Gates, affirme que le Norplant « n’a jamais eu beaucoup de succès dans le monde » parce que son insertion et son retrait « se sont avérés difficiles ».

Légèrement modifié et rebaptisé Jadelle, ce médicament dangereux a été promu en Afrique par la Fondation Gates, conjointement avec l’USAID et EngenderHealth. Anciennement appelée « Sterilization League for Human Betterment », la mission originale d’EngenderHealth, inspirée par la pseudoscience raciste de l’eugénisme, était d’« améliorer le stock biologique de la race humaine ». Jadelle n’est pas approuvé par la FDA 1 pour une utilisation aux États-Unis.

Il y a ensuite le Depo-Provera de Pfizer, un contraceptif injectable utilisé dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie. La Fondation Gates et l’USAID ont à nouveau collaboré pour financer la distribution de ce médicament et pour l’introduire dans les systèmes de santé de pays comme l’Ouganda, le Burkina Faso, le Nigeria, le Niger, le Sénégal, le Bangladesh et l’Inde.

En 2012, Melinda Gates a promis de fournir des contraceptifs comme le Depo-Provera, qui coûtent entre 120 et 300 dollars par an, à au moins 120 millions de femmes d’ici 2020. En 2017, elle a rédigé un article sur Medium dans lequel elle indiquait qu’elle et ses partenaires étaient sur la bonne voie pour tenir cette promesse, et qu’elle s’engageait à verser 375 millions de dollars de fonds supplémentaires pour y parvenir. Cela signifie que Pfizer a gagné entre 14 et 36 milliards de dollars grâce à ce programme.

Il est inquiétant de constater que l’ingrédient actif du Depo-Provera — l’acétate de médroxyprogestérone (depot medroxyprogesterone acetate / DMPA) — a été associé à des effets secondaires tels que des caillots sanguins dans les poumons, la cécité et le cancer du sein.

La version à usage unique du médicament de Pfizer, appelée Sayana Press, est destinée à être administrée par des « agents de santé communautaires ». Au Sénégal, cependant, près de la moitié de ces agents n’avaient pas plus qu’une éducation de sixième (première année de collège).

Le ministère sénégalais de la Santé a été contraint de modifier ses lois pour que les agents de santé puissent distribuer légalement le médicament. Selon l’Institut de recherche sur la population (Population Research Institute), les ONG financées par l’USAID ont « forcé le gouvernement » à prendre cette décision.

En outre, le matériel de formation de Sayana Press ne fournissait pas d’informations sur tous les effets secondaires du DMPA, violant ainsi les principes du consentement éclairé. Selon les directives de l’OMS, le DMPA ne devrait pas être utilisé par les femmes souffrant de troubles rhumatismaux. Mais les listes de contrôle de dépistage des patients financées par l’USAID pour l’Ouganda n’indiquaient pas aux agents de santé de demander aux femmes si elles avaient des antécédents de tels troubles.

Les directives destinées aux formateurs des prestataires de Sayana Press ne mentionnent pas non plus que le médicament a été fortement associé à une perte de densité osseuse et à un risque accru de fractures. Comme le dit l’Institut de recherche sur la population, « la FDA exige que les femmes étatsuniennes soient informées de ce fait, mais les femmes africaines sont tenues dans l’ignorance ».

En 2015, 70 groupes féministes et universitaires indiens ont signé une déclaration protestant contre l’approbation réglementaire du Depo-Provera, citant des effets secondaires tels que la perte excessive de densité osseuse, la prise de poids, les saignements excessifs et la dépression. Leur déclaration fait valoir que les organisations de femmes se sont toujours opposées à l’introduction de contraceptifs dangereux comme ceux-ci, et qu’« il existe des risques que les femmes ne reçoivent pas suffisamment d’informations pour faire un choix éclairé de méthode contraceptive ».

Malgré l’opposition nationale généralisée et les preuves croissantes d’effets secondaires négatifs, la Fondation Gates continue de travailler avec l’USAID pour distribuer des médicaments comme le Depo-Provera.

Des cobayes dans les pays du Sud

Les canaux d’influence de Bill Gates ont également permis de tester des médicaments sur des personnes dans les pays pauvres.

Avant qu’un médicament puisse être vendu au public, la FDA et les agences similaires en Europe exigent qu’une entreprise teste le produit sur des sujets humains. La troisième et dernière phase de ces tests avant que le médicament puisse être commercialisé est la phase III des essais cliniques, au cours de laquelle les entreprises doivent administrer le produit à un grand nombre de personnes dans le cadre d’études contrôlées.

On estime qu’environ 90 % des coûts de développement des médicaments sont engagés dans les essais de phase III. Mais ces entreprises peuvent éviter ces coûts en menant ces essais dans des pays dits en développement.

Cette stratégie de réduction des coûts a été décrite par le cabinet de conseil étatsunien McKinsey, qui a suggéré d’inclure les « marchés émergents » dans les essais de médicaments afin de réduire « la perte de revenus importants ».

Il n’est donc pas surprenant que la Fondation Gates, cliente de McKinsey, ait ouvertement déclaré que son « objectif » était d’aider les entreprises pharmaceutiques à contourner les essais de sécurité et à accélérer le processus d’approbation des médicaments pour les entreprises pharmaceutiques. Ou, comme ils l’ont dit, « d’affiner les interventions potentielles telles que les vaccins candidats avant qu’ils ne soient soumis à des essais cliniques tardifs, coûteux et longs ».

Si la réalisation d’essais cliniques sur les pauvres est financièrement avantageuse, elle peut aussi être dangereuse. Citant de nombreux exemples de ce danger, un journal sud-africain a déclaré un jour : « Nous sommes les cobayes des fabricants de médicaments. »

De 2009 à 2011, les essais cliniques de phase III du premier vaccin contre le paludisme — financé par la Fondation Gates et fabriqué par GSK — ont eu lieu dans sept pays africains (Ghana, Kenya, Malawi, Mozambique, Burkina Faso, Gabon et Tanzanie).

En 2011, les propres données de GSK ont montré que les enfants de sexe féminin mouraient (toutes causes confondues) à un rythme plus de deux fois supérieur à celui des enfants du groupe témoin. Les enfants ayant reçu le vaccin présentaient également un risque de méningite 10 fois plus élevé que ceux qui ne l’avaient pas reçu.

Pourtant, l’OMS coordonne toujours l’administration du médicament à plus de 700 000 enfants au Ghana, au Kenya et au Malawi, dans le cadre d’un essai clinique non officiel qu’elle appelle une « mise en œuvre pilote ». (C’est le SAGE, aligné sur Gates, qui a recommandé cette mise en œuvre pilote.)

Comme ce produit est administré aux enfants dans le cadre du programme de vaccination des pays, l’OMS affirme que le consentement est implicite. Mais les parents ne sont pas toujours informés des risques de santé, ce qui les rend incapables de donner un consentement éclairé pour leurs enfants. Comme le dit le rédacteur en chef adjoint du British Medical Journal, « un processus de consentement implicite signifie que les destinataires du vaccin contre le paludisme ne sont pas informés qu’ils participent à une étude ».

La Fondation Gates a également financé des essais cliniques de vaccins contre le papillomavirus humain, VPH (Human Papillomavirus vaccines / HPV), fabriqués par GSK et Merck. Ces médicaments ont été administrés à 23 000 jeunes filles dans des provinces indiennes reculées dans le cadre d’une initiative du Programme de technologie appropriée en santé (Program for Appropriate Technologies in Health / PATH) soutenu par Gates.

Là encore, les participants à l’étude ont été privés de la possibilité de donner leur consentement éclairé, car les « avantages et inconvénients de la vaccination [n’ont pas été] correctement communiqués aux parents/tuteurs ».

Selon le professeur Linsey McGoey de l’université d’Essex, « la plupart des vaccins ont été administrés à des filles dans des ashrams pathshalas (internats pour enfants tribaux), évitant ainsi de demander le consentement des parents pour les injections ».

Le PATH n’a pas non plus mis en place un système d’enregistrement des principaux effets indésirables des vaccins, pourtant légalement obligatoire pour les essais cliniques à grande échelle. Le Comité indien de la santé et du bien-être familial a assigné le PATH en justice pour cette transgression en l’accusant de violation des droits de l’homme et de maltraitance des enfants. En 2013, le tribunal, composé de deux juges, a observé que si les entreprises étrangères « traitent l’Inde comme un paradis pour les essais cliniques, cela s’avère être un enfer pour l’Inde ».

La commission parlementaire indienne a dénoncé le fait que le « seul objectif » du projet financé par Gates était de promouvoir « les intérêts commerciaux des fabricants de vaccins contre le VPH, qui auraient engrangé des bénéfices exceptionnels si le PATH avait réussi à faire inclure le vaccin contre le VPH dans le programme de vaccination universel du pays ».

Le rédacteur en chef émérite du National Medical Journal of India a approuvé le rapport du tribunal, écrivant qu’il s’agissait d’un « cas évident où les Indiens étaient utilisés comme cobayes ».

Affaiblir les systèmes de santé publique des États

En plus d’imposer des produits dangereux aux pays pauvres, la Fondation Gates freine l’amélioration des systèmes de santé publique et l’accès aux soins. Ainsi, les changements dans les déterminants sociaux et économiques de la santé passent après des solutions plus rentables et centrées sur la technologie, comme les vaccins.

Ce phénomène se reflète dans le budget de l’OMS. La fondation est le principal contributeur au programme d’éradication de la polio de l’OMS, mais le principal bailleur de fonds du programme « systèmes de santé » de l’OMS est le gouvernement du Japon.

Selon Global Justice Now, le fait que la fondation « se concentre sur le développement de nouveaux vaccins […] détourne l’attention d’autres priorités sanitaires plus vitales, comme la mise en place de systèmes de santé résilients ».

Comme l’explique le Dr David Legge, Gates « a une vision mécaniste de la santé mondiale, à la recherche de solutions miracles. Toutes les choses qu’il soutient sont largement présentées comme des panacées […] Cela signifie que les grands problèmes qui ont été identifiés à l’Assemblée mondiale de la santé ne sont pas abordés, y compris, et en particulier, les déterminants sociaux de la santé et le développement des systèmes de santé ».

En 2011, Gates a pris la parole à l’OMS, en déclarant : « Les 193 États membres, vous devez faire des vaccins un élément central de vos systèmes de santé. »

Anne Emanuelle Birn, professeure de santé publique à l’Université de Toronto, a écrit en 2005 que la fondation avait une « conception étroite de la santé comme le produit d’interventions techniques détachées des contextes économiques, sociaux et politiques ».

« La Fondation Gates s’est longtemps fait la championne de l’implication du secteur privé dans la santé mondiale et des profits que celui-ci en tire », a déclaré Birn à The Grayzone.

L’un des hauts représentants de la GAVI a même rapporté que Bill Gates lui a souvent dit, lors de conversations privées, « qu’il est farouchement “contre” les systèmes de santé », car c’est un « gaspillage total d’argent ».

Ce phénomène se reflète également dans la manière dont l’agenda politique est établi à la GAVI. La GAVI se concentre elle aussi sur des interventions sanitaires verticales, comme les vaccins, plutôt que sur des approches horizontales, comme la création et le renforcement des systèmes de santé dans les pays pauvres.

Un rapport de Global Public Health décrit l’« approche Gates » des systèmes de santé, en analysant comment des projets spécifiques à une maladie, comme les vaccins, ont éclipsé les efforts visant à travailler sur des systèmes de santé financés par des fonds publics. L’auteur de l’article, Katerini Storeng, cite la GAVI comme exemple de la manière dont « les initiatives de santé mondiale ont fini par s’emparer du débat mondial sur le renforcement des systèmes de santé en faveur de leur approche spécifique à une maladie et de leur éthique ».

Selon un ancien membre du personnel de la GAVI qui s’est entretenu avec Storeng, même l’ancien PDG de l’alliance, Julian Lob-Levitt, était conscient de « l’absurdité des campagnes de vaccination dont la planification, la mise en œuvre et le nettoyage prennent quatre semaines et qui, lorsqu’elles sont répétées huit fois par an, paralysent totalement le système de santé ».

À un moment donné, Lob-Levitt a commandé une série d’évaluations de la GAVI, qui ont identifié les faiblesses des systèmes de santé et la nécessité de les renforcer. Toutefois, selon les entretiens de Storeng, de nombreux acteurs puissants [au sein du conseil d’administration de la GAVI] ont opposé une « forte résistance » à cette initiative, notamment l’USAID et la Fondation Gates.

Storeng écrit qu’un membre du personnel de la GAVI lui a dit que la Fondation était « une voix très puissante, qui sait se fait entendre, disant que nous ne croyons pas au renforcement des systèmes de santé ».

Le rapport note également :

« La réputation de Gates de “ne pas savoir écouter” a encouragé une approche non conflictuelle dans l’arène de la santé mondiale […] un ancien employé de la GAVI et partisan du RSS [renforcement des systèmes de santé (health systems strengthening / HSS)] a raconté comment lui et ses collègues avaient l’habitude de “rouler les affiches du RSS” lorsque Bill Gates venait visiter le siège de la GAVI à Genève, car il est connu pour “détester cette partie” du travail de la GAVI. »

La préférence de la fondation pour les systèmes de santé publique faibles et pour les solutions technocentrées aux problèmes de santé publique ne se limite pas à son travail avec l’industrie pharmaceutique. Elle façonne également la politique dans le secteur crucial de l’alimentation.

Au début de l’année, Gates a créé un nouvel institut à but non lucratif basé à Saint-Louis, dans le Missouri, où se trouve Monsanto. La fondation a déclaré que la nouvelle organisation, baptisée Gates Ag One, « permettra le développement de semences résistantes et à rendement amélioré » et les introduira dans « des cultures essentielles pour les petits exploitants agricoles, en particulier en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud ».

Pourtant, si l’aide aux petits agriculteurs semble être une noble entreprise, la fondation s’est efforcée de faire en sorte que les pays du Sud soient dépendants de l’industrie occidentale, que ce soit par le biais de médicaments ou de semences high-tech et de produits agrochimiques.

Une grande partie de cette activité a débuté en 2006 lorsque la Fondation Gates s’est associée à la Fondation Rockefeller pour donner naissance à l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (Alliance for a Green Revolution in Africa / AGRA). La Fondation Gates s’est engagée à verser 100 millions de dollars, tandis que la Fondation Rockefeller a débloqué 50 millions de dollars.

L’approche de l’AGRA, qui a ouvert les marchés africains à l’agro-industrie étatsunienne, repose sur la conviction que la faim est due à un manque de technologie occidentale, et non au résultat de l’inégalité ou de l’exploitation.

Selon un rapport du Centre africain pour la biosécurité, « il est frappant qu’aucun de ceux qui sont à l’avant-garde de la révolution ne soit africain. Pas différente du projet colonial en Afrique, cette nouvelle révolution est créée et défendue avec le plus d’ardeur par des hommes blancs qui prétendent lutter pour l’émancipation des Africains de l’emprise de la faim et de la pauvreté. »

Par le biais de l’AGRA, la fondation pousse à l’introduction de semences et d’engrais brevetés, génétiquement modifiés (GM). Si ces technologies aident les géants des semences et des produits chimiques comme Monsanto, elles compromettent souvent la sécurité alimentaire.

Le Dr Vandana Shiva soutient que l’idée que les cultures génétiquement modifiées augmentent les rendements est un « faux scientifique ». D’autre part, la fondation veille encore à ce que des ressources précieuses soient détournées des solutions systémiques à la faim et à la pauvreté.

Comme l’affirme The Ecologist, Gates et Monsanto sont partenaires dans le « projet OGM inapproprié et frauduleux qui promeut une solution technique rapide au lieu de s’attaquer aux problèmes structurels qui créent la faim, la pauvreté et l’insécurité alimentaire ».

Qui plus est, la Fondation Gates influence les gouvernements africains pour qu’ils modifient les lois en faveur de l’industrie agricole.

Selon Grain.org :

« Au Ghana […], l’AGRA a aidé le gouvernement à revoir ses politiques semencières dans le but d’identifier les obstacles à une plus grande implication du secteur privé. Avec le soutien technique et financier de l’AGRA, la législation semencière du pays a été révisée et une nouvelle loi favorable aux entreprises a été adoptée à la mi-2010. Cette loi semencière établit, entre autres, un registre des variétés pouvant être commercialisées. En Tanzanie, les discussions entre l’AGRA et les représentants du gouvernement ont facilité un changement de politique majeur visant à privatiser la production de semences. Au Malawi, l’AGRA a aidé le gouvernement à réviser ses politiques de tarification et de commerce du maïs. »

Commentant le rôle de Gates dans le remodelage des marchés agricoles, Shiva a déclaré à The Grayzone : « Vous créez un nouveau domaine, vous y investissez. Vous forcez les gouvernements à y investir, vous détruisez la réglementation. Vous détruisez les alternatives, vous attaquez les scientifiques. Et vous créez toute une machinerie pour votre monopole. »

Comme dans le cas de Gates et Big Pharma, ces mouvements peuvent être expliqués par les conflits d’intérêts apparents de la Fondation Gates. Et comme auparavant, les exemples ne manquent pas.

L’ancien directeur adjoint du programme agricole de la fondation, Robert Horsch, était auparavant un cadre supérieur de Monsanto, où il a travaillé pendant 25 ans. Horsch dirigeait l’équipe qui gère les subventions agricoles, et selon Global Policy Forum, « on lui a demandé de rejoindre la Fondation Gates notamment dans le but de poursuivre ses recherches chez Monsanto ».

Sam Dryden, l’ancien directeur du programme agricole de la Fondation Gates, a précédemment dirigé deux des plus grandes entreprises de semences génétiquement modifiées, Emergent Genetics et Agragentics Corporation. En 2005, Emergent a été rachetée par Monsanto, où Dryen est resté six mois. Lorsqu’il était à la Fondation Gates, le Guardian l’a qualifié de « figure la plus puissante de l’agriculture des pays du Sud ».

L’ancien responsable du programme agricole de Gates, Don Doering, était auparavant un membre fondateur du Conseil consultatif sur les biotechnologies de Monsanto. Doering dirigeait une équipe de développement agricole qui consacrait des fonds à « aider les agriculteurs pauvres d’Afrique subsaharienne et d’Asie ».

Et puis il y a Florence Wambugu, qui a écrit le livre « Modifying Africa » (« Modifier l’Afrique ») et a été appelée « un apôtre de Monsanto en Afrique ». Après avoir reçu une bourse d’études de l’USAID, Wambugu est devenue chercheuse chez Monsanto. Elle a ensuite été nommée au conseil du développement mondial de la Fondation Gates.

Comme pour plusieurs de ses activités pharmaceutiques, la Fondation Gates travaille avec l’USAID dans le secteur de l’agriculture. Pamela K. Anderson, l’actuelle directrice du développement agricole de la Fondation Gates, siège actuellement au conseil d’administration de l’USAID.

22 000 enfants meurent chaque jour à cause de la pauvreté. Pourtant, les causes socio-économiques des problèmes de santé peuvent être négligées lorsque des intérêts alignés sur ceux de l’industrie mènent la barque. C’est le cas de la primauté de la Fondation Gates dans le domaine de la santé mondiale.

En bref, le leadership de la fondation dans les efforts précédents en matière de santé mondiale témoigne d’une allégeance non pas à la santé publique, mais aux impératifs du capital occidental. Elle préfère ne pas renforcer les systèmes de santé, mais s’assurer que les nations restent dépendantes de Big Pharma et/ou de Big Agriculture aussi longtemps que possible.

C’est sous cet angle que l’on peut comprendre le leadership de Gates dans la lutte mondiale contre le Covid-19.

L’opération Warp Speed immunise Big Pharma contre les poursuites judiciaires

À la mi-mai, l’administration Trump a dévoilé son nouveau projet de vaccin contre le coronavirus : Operation Warp Speed (Opération vitesse grand V). Lors de l’annonce de ce nouveau projet, le président Trump s’est vanté que son administration « s’est affranchie de toutes les formalités administratives pour parvenir au lancement le plus rapide, et de loin, d’un essai de vaccin ».

Comme l’administration Trump, Bill Gates plaide pour l’accélération du délai d’approbation des médicaments Covid-19. Il écrit que « les gouvernements devront accélérer leurs processus habituels d’approbation des médicaments afin de fournir rapidement le vaccin à plus de 7 milliards de personnes ». Il affirme qu’« il n’y a tout simplement pas d’alternative » à ce programme.

En mars, les États-Unis ont adopté une réglementation fédérale accordant une exemption de leurs responsabilités aux sociétés produisant des médicaments contre le coronavirus, y compris des vaccins. Elle a également accordé une telle immunité à toute entité distribuant les médicaments.

Avec plus de 100 vaccins Covid-19 actuellement en cours de développement, cela signifie que les produits seront indemnisés contre les poursuites judiciaires, même s’ils produisent des effets nocifs.

Si les fabricants de vaccins sont effectivement exemptés par les gouvernements du monde entier de toute sanction juridique, ces sociétés ne sont guère incitées à protéger les gens contre les effets secondaires nocifs. Comme par le passé, il semble que les citoyens des pays les plus pauvres du monde soient appelés à devenir des « cobayes pour les fabricants de médicaments ».

Le plaidoyer de Bill Gates en faveur de l’immunité juridique des fabricants de médicaments remonte au moins à 2015, lorsqu’il a déploré, pendant l’épidémie d’Ebola, l’absence de processus clair pour « fournir une indemnisation contre la responsabilité juridique ». Il a suggéré qu’au cours d’une « épidémie mondiale », les entreprises pharmaceutiques devraient être indemnisées pour « éviter de longs délais ». Aujourd’hui, sa proposition est en train de se concrétiser.

Gates a justifié sa position par le fait que les entreprises devront produire des médicaments aussi rapidement que possible pour sauver des vies, et que ces nouveaux médicaments ne sont pas toujours sûrs. « Comprendre la sécurité […] est très, très difficile », a-t-il déclaré à CBS. « Il y aura des risques et des indemnisations nécessaires avant que [la sortie d’un vaccin] puisse être décidée. »

Normalement, un médicament passe par une phase d’expérimentation animale avant d’être testé sur un petit (phase I), un moyen (phase II) et un grand nombre de personnes (phase III). Mais avec le Covid-19, Gates veut « gagner du temps » en effectuant des tests sur les humains et les animaux en même temps.

Aujourd’hui, les États-Unis « compriment ce qui représente normalement 10 ans de développement d’un vaccin », selon le directeur de l’Institut national de la santé (National Institute of Health / NIH).

Cette situation peut avoir des effets troublants. D’une part, aucun vaccin efficace contre le coronavirus n’a encore été produit, et un nouveau vaccin pourrait déclencher des réactions mortelles. Le Dr Peter Hotez, spécialiste des maladies tropicales, qui a travaillé sur un vaccin raté contre un autre coronavirus (le SRAS), a déclaré que lors des tests expérimentaux du médicament, les animaux ont été victimes de ce qu’il appelle un « renforcement immunitaire ». Les animaux qui ont reçu le vaccin ont développé des versions plus sévères (et souvent mortelles) du virus par rapport aux animaux non vaccinés.

Hotez a déclaré à Reuters : « La façon de réduire ce risque [pour les humains] est d’abord de montrer que cela ne se produit pas chez les animaux de laboratoire. » L’expert médical a déclaré que, bien qu’il comprenne « l’importance d’accélérer les délais pour les vaccins en général, […] ce n’est pas avec ce vaccin qu’il faut le faire ».

Sans effectuer la phase initiale d’expérimentation animale normalement requise pour mettre un vaccin sur le marché, une société de biotechnologie nommée Moderna procède actuellement à des essais sur l’homme pour son vaccin Covid-19. Le vaccin de Moderna est un ARNm dont l’utilisation sur l’homme n’a jamais été approuvée par la FDA.

Cette technologie a été développée grâce à des subventions de la Fondation Gates et de l’Agence pour les projets de recherche avancée de la Défense (Defense Advanced Research Projects Agency / DARPA) du Pentagone. Moderna affirme avoir une « alliance stratégique » avec la DARPA, qui a donné à la société 25 millions de dollars au total.

La technologie ARNm de Moderna a été désignée par Bill Gates comme « l’une des options les plus prometteuses pour le COVID ». Bill Gates a même conclu un « accord-cadre pour un projet de santé mondiale » avec Moderna afin de lui donner jusqu’à 100 millions de dollars pour le développement de sa technologie ARNm, en échange de « certaines licences non exclusives ».

Le cofondateur de Moderna, Robert Langer, s’est associé à Gates par le passé sur des projets tels que l’implant contraceptif à micropuce pouvant être activé sans fil.

Lorsque Moderna a annoncé la fin de son essai de phase I sur l’innocuité le 18 mai, les médias ont repris en chœur les « bonnes nouvelles » de Moderna. Mais les petits caractères du communiqué ont révélé que trois des 15 participants à qui l’on avait injecté la plus forte dose du vaccin avaient développé des symptômes systémiques de grade trois, que la FDA définit comme « graves », « invalidants » et nécessitant une « hospitalisation », bien que « ne mettant pas immédiatement leur vie en danger ».

Le 15 mai, le président Trump a nommé Moncef Slaoui, un membre du conseil d’administration de Moderna qui, jusqu’au 19 mai, détenait plus de 10,3 millions de dollars en actions Moderna, au poste de scientifique en chef de l’effort national pour trouver un vaccin contre le Covid-19.

Slaoui, qui se présente comme un « capital-risqueur », siège également au conseil d’administration de l’Initiative internationale pour un vaccin contre le sida (International AIDS Vaccine Initiative / IAVI), une organisation de « partenariat public-privé » qui a reçu plus de 359 millions de dollars de la Fondation Gates.

Slaoui a également occupé des postes de direction chez GSK. Alors qu’il dirigeait le service de recherche et de développement de l’entreprise, GSK a plaidé coupable et payé 3 milliards de dollars dans le cadre de ce que le département de la Justice des États-Unis a qualifié de « plus important règlement de fraude dans le domaine de la santé de l’histoire des États-Unis ». La fraude comprenait la dissimulation du lien entre le médicament Paxil et les effets secondaires suicidaires et dépressifs (principalement chez les enfants), la dissimulation du lien entre le médicament Avandia et les crises cardiaques, que la FDA a estimé être à l’origine de 83 000 crises cardiaques supplémentaires, ainsi que plusieurs systèmes de corruption et de ristourne illégale.

Lorsqu’il était président de la division vaccins de GSK, Slaoui a supervisé le développement du vaccin contre la grippe porcine, le Pandemrix, qui a été mis sur le marché à la hâte, sans avoir été testé correctement, pendant l’épidémie de grippe porcine. Le résultat : un vaccin dangereux qui a laissé au moins 800 personnes avec des lésions cérébrales, dont 80 % d’enfants. GSK n’ayant accepté de fournir le vaccin aux gouvernements qu’à la condition d’être dégagée de toute responsabilité, l’argent des contribuables britanniques a été utilisé pour verser des millions de livres d’indemnisation aux victimes.

Slaoui a été engagé pour être le « tsar des vaccins » de l’administration Trump en tant que contractant privé, et non en tant qu’employé du gouvernement. Cela signifie, comme l’explique Public Citizen, que Slaoui peut « maintenir un vaste réseau d’intérêts financiers conflictuels sans avoir besoin de se dessaisir, de se récuser ou de divulguer ces intérêts conflictuels. »

Les grands médias aiment à dépeindre les réactions par rapport au Covid-19 comme un bras de fer entre des fanfarons antiscientifiques comme Donald Trump et des « champions de la science » comme Bill Gates. Cependant, la nomination de Slaoui pour codiriger l’« Operation Warp Speed » indique qu’ici, l’administration Trump et la Fondation Gates sont dans la même équipe.

Après avoir pris ses nouvelles fonctions au sein de l’administration Trump, Slaoui a déclaré que les données des essais cliniques de Moderna le rendaient confiant : « Nous serons en mesure de livrer quelques centaines de millions de doses de vaccin d’ici la fin de 2020 ».

Bien que le gouvernement des États-Unis ait choisi Moderna comme l’un de ses cinq « finalistes » pour le vaccin contre le coronavirus, les mouvements financiers de certains dirigeants de la société suggèrent que les meilleurs jours de Moderna pourraient être derrière eux.

Selon les documents [2020 (NdEDB)] déposés auprès de la SEC, le directeur financier de la société, Lorence Kim, a vendu 214 000 actions Moderna le jour du communiqué de presse, réalisant ainsi un bénéfice immédiat de plus de 16 millions de dollars.

Thomas Lys, professeur de comptabilité à l’Université Northwestern, a été cité par Stat News, disant qu’il pourrait s’agir simplement d’une décision financière de Moderna pour obtenir des liquidités, mais qu’« il y a toujours l’autre possibilité — que ces gars savent vraiment que tout cela est faux et qu’ils vendent pendant que la vente est bonne ».

Le médecin en chef Tal Zaks, qui détenait près de 100 000 actions de Moderna au début de l’année, a commencé à s’en débarrasser quelques jours avant que la société n’annonce que son vaccin était prêt à être testé sur l’homme ; il a profité de plus de 18 millions de dollars en 2020 et ne possède désormais plus aucune action.

Un stock centralisé pour « rendre l’OMS dépendante de la bonne volonté de Big Pharma »

En octobre 2019, le Johns Hopkins Center for Health Security (Centre Johns Hopkins pour la sécurité sanitaire) a organisé l’« événement 201 » en partenariat avec le Forum économique mondial et la Fondation Gates.

Un ancien membre du comité directeur du Johns Hopkins Center for Health Security est désormais le chef des stocks de l’administration Trump, et le PDG de Johns Hopkins Medicine fait également partie du conseil d’administration de la société pharmaceutique Merck.

L’événement 201 était un exercice simulant l’apparition d’un nouveau coronavirus. Il comprenait des représentants du Conseil national de sécurité des États-Unis, ainsi que des dirigeants de sociétés pharmaceutiques comme Johnson & Johnson.

Si les similitudes entre l’épidémie simulée et l’épidémie réelle ont donné lieu à des théories non fondées selon lesquelles Bill Gates aurait « prédit » le Covid-19, il est indéniable que les propositions politiques issues de l’exercice sont mises en œuvre aujourd’hui.

À la suite de la simulation, complétée par des conférences de presse et des bulletins d’information factices d’un réalisme effrayant diffusés par un réseau d’imitation appelé GNN, les trois organisations ont émis des recommandations pour faire face à une « pandémie grave ». L’une d’elles préconise la constitution d’un « stock international solide » de contre-mesures médicales telles que les vaccins.

Au cours de la simulation, le président de la santé mondiale de la Fondation Gates, Chris Elias, a préconisé la constitution d’un tel stock. Il a expliqué qu’« un stock mondial contribuerait certainement à assurer une répartition rationnelle et stratégique », mais qu’une collaboration entre l’OMS et le secteur privé est nécessaire pour le rendre efficace.

D’un point de vue objectif, un stock centralisé de contre-mesures médicales peut être utile en cas de crise sanitaire. Mais la question de savoir qui le contrôle et le distribue soulève des problèmes troublants.

Le Dr David Legge a déclaré à The Grayzone que la suggestion d’Elias renforcerait encore l’influence des sociétés pharmaceutiques à but lucratif, car « il ne fait aucun doute qu’un partenariat public-privé axé sur l’approvisionnement et la distribution impliquerait Big Pharma et rendrait l’OMS dépendante de la bonne volonté de Big Pharma ».

Gates pourrait faire valoir que le contrôle et la distribution de ces stocks devraient également être influencés par des institutions occidentales comme l’OTAN. En 2015, il a écrit que lors d’une « épidémie grave », « une certaine institution mondiale pourrait être habilitée et financée pour coordonner le système [de réponse aux épidémies] », qu’il faudrait débattre du partage de l’autorité entre l’OMS et « d’autres (y compris la Banque mondiale et les pays du G7) », et que « la discussion devrait inclure les alliances militaires comme l’OTAN ».

Gates a également fait valoir que « les pays à faible revenu devraient être parmi les premiers à recevoir » le vaccin Covid-19. Si l’OTAN joue un rôle dans le contrôle et la distribution des vaccins, cette aide pourrait être utilisée pour promouvoir un programme militaire occidental, car une telle « aide » a déjà été utilisée, par le passé, dans des interventions humanitaires.

Gates a presque monopolisé le domaine de la politique de santé publique, tant au niveau national qu’international. « Fauci et moi sommes en contact permanent », a-t-il proclamé, en faisant référence à la figure de proue de la réponse des États-Unis au Covid, le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (National Institute of Allergy and Infectious Diseases), Anthony Fauci.

Parallèlement, le mégamilliardaire s’entretient apparemment « tous les jours » avec des PDG de sociétés pharmaceutiques et des chefs de gouvernement.

Tout en entretenant des relations avec les organisations gouvernementales et le secteur privé à but lucratif, la Fondation Gates est peut-être devenue l’acteur le plus influent de la lutte mondiale contre le Covid-19. Si le travail de la fondation a favorisé les multinationales occidentales au détriment de la santé publique dans le passé, pourquoi devrait-on s’attendre à un résultat différent cette fois-ci ?

L’histoire se répète

En juillet dernier, l’Associated Press rapportait que des Sud-Africains s’étaient rassemblés à Johannesburg pour protester contre la présence en Afrique de l’essai clinique de phase III d’AstraZeneca. La Fondation Gates avait versé 750 millions de dollars dans cet essai de vaccin au cours du mois précédent, et les manifestants ont été photographiés avec des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « nous ne sommes pas des cobayes » et « non au poison de Gates ».

L’organisateur de la manifestation, Phapano Phasha, a déclaré à l’AP que des groupes vulnérables étaient manipulés pour participer à l’essai sans pouvoir faire un choix éclairé. « Je crois en la science », a déclaré Phasha. « Je ne suis pas contre les vaccinations, je suis contre le mercantilisme ».

Les rapports indiquent que les vaccins de Moderna et d’AstraZeneca pourraient être disponibles pour la distribution publique d’ici la fin de 2020.

*

The Grayzone a contacté la Fondation Bill & Melinda Gates, l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’Immunisation (Global Alliance for Vaccines and Immunizations / GAVI) et le Programme de technologie appropriée en santé (Program for Appropriate Health and Technology / PATH) pour leur demander de commenter cet article ; aucune réponse n’a encore été reçue.

Sources :


  1. La FDA (Food and Drug Administration) est l’Agence fédérale des produits alimentaires et médicamenteux des États-Unis. (NdT) 

 

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