Résultats :

[[ selected.title ]]


Citations de [[ quotation_author ]] et ,
Une publication [[ author_source ]] et ,


Parler de « changement de régime » au Venezuela relève de l’euphémisme pour désigner le carnage et le chaos que les États-Unis ont l’habitude d’infliger

Parler de
« changement de régime » au Venezuela
relève de l’euphémisme pour désigner
le carnage et le chaos
que les États‑Unis
ont l’habitude d’infliger

Par Medea Benjamin et Nicolas J. S. Davies

Une publication ZNetwork


Article



Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Pendant des décennies, Washington a vendu au monde un mensonge qui tue : celui qui vise à faire croire que le « changement de régime » apporte la liberté, que les bombes et les blocus des États-Unis peuvent d’une manière ou d’une autre instaurer la démocratie. Mais, chaque pays qui a vécu cet euphémisme connaît la vérité : cela apporte au contraire la mort, la souffrance et le désespoir. Maintenant qu’on nous ressert le même scénario pour le Venezuela, les parallèles avec l’Irak et d’autres interventions US constituent un sinistre avertissement de ce qui pourrait suivre.

Alors qu’une armada des États-Unis se rassemble au large du Venezuela, une unité d’aviation des opérations spéciales à bord de l’un des navires de guerre effectue des patrouilles en hélicoptère le long de la côte. Il s’agit du 160e Special Operations Aviation Regiment (SOAR) — les « Nightstalkers » (« Chasseurs nocturnes ») —, la même unité qui, dans l’Irak occupé par les États-Unis, travaillait avec la Wolf Brigade (Brigade des loups), l’escadron de la mort le plus redouté du ministère de l’Intérieur.

Les médias occidentaux présentent le 160e SOAR comme une force d’élite d’hélicoptères pour les missions secrètes. Mais, en 2005, un officier du régiment a blogué sur des opérations conjointes avec la Wolf Brigade, alors qu’ils ratissaient Bagdad en détenant des civils. Le 10 novembre 2005, il a décrit une « opération conjointe de la taille d’un bataillon » dans le sud de Bagdad et s’est vanté : « Alors que nous dépassions les véhicules les uns après les autres, remplis de détenus aux yeux bandés, mon visage s’est étiré en un long sourire carnassier. »

Beaucoup de personnes, arrêtées par la Wolf Brigade et d’autres commandos de la police spéciale formés par les États-Unis, ont disparu ; d’autres ont été retrouvées dans des fosses communes ou des morgues, souvent loin de l’endroit où elles avaient été enlevées. Des corps de personnes détenues à Bagdad ont été retrouvés dans des fosses communes près de Badra, à 110 kilomètres de là — mais, c’était bien dans le rayon d’action des hélicoptères MH-47 Chinook des Nightstalkers.

C’est ainsi que l’administration Bush-Cheney a répondu à la résistance irakienne face à une invasion illégale : des assauts aux conséquences catastrophiques sur Falloujah et Nadjaf, suivis de la formation et du déploiement d’escadrons de la mort pour terroriser les civils et nettoyer ethniquement Bagdad. L’ONU a rapporté que plus de 34 000 civils avaient été tués rien qu’en 2006, et des études épidémiologiques estiment qu’environ un million d’Irakiens sont morts au total.

L’Irak ne s’en est jamais complètement remis — et les États-Unis n’ont jamais récolté le butin qu’ils recherchaient. Les exilés que Washington a installés pour gouverner l’Irak ont volé au moins 150 milliards de dollars des revenus pétroliers, mais le parlement irakien a rejeté les efforts soutenus par les États-Unis pour accorder des parts de cette industrie aux entreprises occidentales. Aujourd’hui, les plus grands partenaires commerciaux de l’Irak sont la Chine, l’Inde, les Émirats arabes unis et la Turquie — pas les États-Unis.

Le rêve néoconservateur du « changement de régime » a une longue histoire sanglante, ses méthodes allant des coups d’État aux invasions à grande échelle. Mais, « changement de régime » est un euphémisme : le mot « changement » implique une amélioration. Un terme plus honnête serait l’« élimination de gouvernement » — ou simplement la destruction d’un pays ou d’une société.

Un coup d’État implique généralement moins de violence immédiate qu’une invasion à grande échelle, mais les deux posent la même question : qui ou quoi remplace le gouvernement renversé ? À maintes reprises, les coups d’État et les invasions soutenus par les États-Unis ont installé des dirigeants qui se sont enrichis par le détournement de fonds, la corruption ou le trafic de drogue — tout en rendant la vie encore pire pour les gens ordinaires.

Ces prétendues « solutions militaires » résolvent rarement les problèmes, réels ou imaginaires, comme leurs partisans le promettent. Elles laissent plus souvent les pays en proie à des décennies de division, d’instabilité et de souffrance.

Le Kosovo a été séparé de la Serbie par une guerre illégale menée par les États-Unis en 1999, mais il n’est toujours pas reconnu par de nombreuses nations et reste l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Le principal allié des États-Unis dans la guerre, Hashim Thaçi, croupit maintenant dans une cellule à La Haye, accusé de crimes horribles commis sous le couvert des bombardements de l’OTAN.

En Afghanistan, après 20 ans de guerre sanglante et d’occupation, les États-Unis ont finalement été vaincus par les talibans — précisément, par la force qu’ils voulaient éliminer en envahissant le pays.

En Haïti, la CIA et les Marines US ont renversé le gouvernement démocratique populaire de Jean-Bertrand Aristide en 2004, plongeant le pays dans une crise continue de corruption, de règne des gangs et de désespoir qui se poursuit encore aujourd’hui.

En 2006, les États-Unis ont soutenu militairement une invasion éthiopienne de la Somalie pour installer un nouveau gouvernement — une intervention qui a donné naissance à Al-Shabab, un groupe de résistance islamique qui contrôle encore de vastes portions du pays. L’AFRICOM (le Commandement des États-Unis pour l’Afrique) a mené 89 frappes aériennes en territoire contrôlé par Al-Shabab, rien qu’en 2025.

Au Honduras, l’armée a renversé son président, Mel Zelaya, lors d’un coup d’État en 2009, et les États-Unis ont appuyé l’organisation d’une élection pour le remplacer. Le président soutenu par les États-Unis, Juan Orlando Hernandez, a transformé le pays en narco-État, alimentant l’émigration massive — jusqu’à ce que Xiomara Castro, l’épouse de Zelaya, soit élue pour diriger un nouveau gouvernement progressiste en 2021.

La Libye, un pays aux vastes richesses pétrolières, ne s’est jamais remise de l’invasion étatsunienne et alliée de 2011, qui a conduit à des années de règne des milices, au retour des marchés aux esclaves, à la déstabilisation des pays voisins et à une réduction de 45 % des exportations de pétrole.

Toujours en 2011, cette fois en Syrie, les États-Unis et leurs alliés ont transformé un mouvement de protestation en une rébellion armée et en une guerre civile. Cela a engendré l’État islamique (ISIS) qui, à son tour, a conduit aux massacres menés par les États-Unis, détruisant en 2017 Mossoul en Irak et Raqqa en Syrie. Les rebelles liés à Al-Qaïda et soutenus par la Turquie ont finalement pris la capitale en 2024 et formé un gouvernement de transition, mais Israël, la Turquie et les États-Unis occupent encore militairement d’autres parties du pays.

Le renversement du gouvernement élu de l’Ukraine — le coup d’État soutenu par les États-Unis en 2014 — a amené au pouvoir une direction pro-occidentale que seule la moitié de la population reconnaissait comme légitime. Cela a poussé la Crimée et le Donbass à faire sécession et a mis l’Ukraine sur une trajectoire de collision avec la Russie, préparant ainsi le terrain pour l’invasion russe de 2022 et le conflit plus large, qui ne cesse de s’intensifier, entre l’OTAN et la Russie.

En 2015, lorsque le mouvement Ansar Allah (les Houthis) a pris le pouvoir au Yémen après la démission d’un gouvernement de transition soutenu par les États-Unis, ceux-ci se sont joints à une guerre aérienne et à un blocus menés par l’Arabie saoudite qui ont causé une crise humanitaire et tué des centaines de milliers de Yéménites — sans pour autant vaincre les Houthis.

Cela nous amène au Venezuela. Depuis l’élection de Hugo Chavez en 1998, les États-Unis tentent de renverser le gouvernement. Il y a eu le coup d’État manqué de 2002, des sanctions économiques unilatérales paralysantes, la reconnaissance grotesque de Juan Guaidó comme président autoproclamé et le fiascoo des mercenaires de la « baie des Cochonnets »1 en 2020.

Mais, même si un « changement de régime » au Venezuela était réalisable, il resterait illégal au regard de la Charte des Nations Unies. Les présidents étatsuniens ne sont pas des empereurs, et les dirigeants des autres nations souveraines ne servent pas « au bon plaisir de l’empereur », comme si l’Amérique latine était encore un continent d’avant-postes coloniaux.

Aujourd’hui au Venezuela, les premières attaques de Trump — celles contre de petites embarcations civiles dans les Caraïbes — ont été condamnées comme manifestement illégales, y compris par des sénateurs étatsuniens qui soutiennent habituellement les guerres illégales de leur pays.

Pourtant, Trump prétend toujours « mettre fin à l’ère des guerres sans fin ». Ses partisans les plus loyaux insistent sur le fait qu’il est sincère — et qu’il a été saboté lors de son premier mandat par l’« État profond ». Cette fois, il s’est entouré de fidèles et a renvoyé des membres du Conseil de sécurité nationale qu’il a identifiés comme néoconservateurs ou bellicistes, mais il n’a toujours pas mis fin aux guerres de l’« Amérique ».

En plus de se livrer à la piraterie dans les Caraïbes, Trump est un partenaire à part entière du génocide perpétré par Israël à Gaza et des bombardements contre l’Iran. Il a maintenu l’empire mondial des bases militaires et des déploiements, et a dopé la machine de guerre des États-Unis avec un trésor de mille milliards de dollars — détournant ainsi des ressources vitales d’une économie intérieure déjà pillée.

La nomination par Trump de Marco Rubio comme secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale a constitué un choix provocateur pour l’Amérique latine, étant donné l’hostilité ouverte de Rubio envers Cuba et le Venezuela.

Le président brésilien Lula l’a clairement exprimé lors de sa rencontre avec Trump en Malaisie, à la conférence de l’ASEAN.2 Il a déclaré : « Il n’y aura pas d’avancées dans les négociations avec les États-Unis si Marco Rubio fait partie de l’équipe. Il s’oppose à nos alliés au Venezuela, à Cuba et en Argentine. » À l’insistance de Lula, Rubio a été exclu des discussions sur les investissements étatsuniens dans l’industrie des terres rares du Brésil, la deuxième plus importante au monde après celle de la Chine.

La campagne de dénigrement a peut-être bien servi Rubio en politique intérieure, mais en tant que secrétaire d’État, cela le rend incapable de gérer de manière responsable les relations des États-Unis avec le reste du monde. Trump devra décider s’il veut poursuivre un engagement constructif avec l’Amérique latine ou laisser Rubio l’acculer dans de nouveaux conflits avec nos voisins. Les menaces de sanctions de Rubio contre les pays qui accueillent des médecins cubains sont déjà en train de nous aliéner des gouvernements à travers le monde.

La crise fabriquée par Trump avec le Venezuela expose les contradictions profondes au cœur de sa politique étrangère : son choix désastreux de conseillers, ses ambitions contradictoires d’être à la fois un chef de guerre et un artisan de la paix, son culte de l’armée et sa soumission à la même machine de guerre qui piège chaque président des États-Unis.

S’il y a une leçon à tirer de la longue histoire des interventions US, c’est que le « changement de régime » n’apporte ni démocratie ni stabilité. Alors que les États-Unis menacent le Venezuela avec la même arrogance qui a dévasté tant d’autres pays, c’est le moment de mettre fin à ce cycle de violence impériale une fois pour toutes.

Sources :


Source de l’illustration d’en-tête : En dehors de la boîte
Spécification par EDB
Image générée par Imagen via Gemini (Google)


  1. Allusion ironique à la baie des Cochons (NdT)  

  2. Association des nations de l’Asie du Sud-Est (en anglais, Association of Southeast Asian Nations, ou ASEAN) (NdT) 

 

Paramétrage
 Aspect :
Blanc Blanc antique
Noir Gris ardoise foncé