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Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais |
Il est si largement admis que les États-Unis sont en train de perdre la guerre que même les faucons néoconservateurs le reconnaissent à présent. Ils déplorent que la victoire de l’Iran reflète le déclin de l’hégémonie US et l’avènement d’un monde multipolaire.
Il est désormais largement admis que les États-Unis perdent la guerre que Washington a lui-même déclenchée contre l’Iran.
Même certains faucons néoconservateurs — qui ont été les architectes des guerres d’Irak, de Libye et de Syrie, et qui ont pendant des années plaidé en faveur d’une attaque contre l’Iran — ont à présent reconnu à contrecœur que Téhéran est en train de gagner, et que la défaite de Washington aura des répercussions géopolitiques considérables.
« Il n’y aura pas de retour au statu quo ante, pas de triomphe américain ultime qui effacera ou surmontera le mal causé », a écrit l’un des chefs de file des néoconservateurs, Robert Kagan, dans The Atlantic. « En contrôlant le détroit [d’Ormuz], l’Iran s’impose comme l’acteur clé de la région et l’un des acteurs clés du monde. Les rôles de la Chine et de la Russie, en tant qu’alliées de l’Iran, s’en trouvent renforcés ; celui des États-Unis, considérablement affaibli. »
Quelques semaines seulement après que les États-Unis et Israël ont lancé cette guerre d’agression le 28 février, le journal britannique The Independent a reconnu que « l’Iran est clairement le vainqueur, car la tentative de paix désespérée de Trump montre qu’il veut sortir de la guerre ».
Peu après, les médias dominants ont commencé à admettre la même chose.
À la mi-avril, le Wall Street Journal a publié une tribune libre observant que « la guerre contre l’Iran semble être un échec ». Cet article a été rédigé par Gerard Baker, l’ancien rédacteur en chef conservateur du journal et ancien partisan de Trump.
Dans le même temps, les agences de renseignement US ont fourni des informations aux médias états-uniens, révélant que la guerre se déroulait très mal.
Le New York Times a rapporté en mai, citant des sources des services de renseignement US, que l’Iran avait toujours accès à la grande majorité de ses capacités balistiques.
Téhéran peut toujours utiliser 30 de ses 33 sites de missiles le long du détroit d’Ormuz, le plus important goulet d’étranglement de la planète, par lequel transitait quotidiennement environ 20 % du pétrole brut échangé à l’échelle mondiale avant la guerre.
Trump a décrété un blocus naval du détroit d’Ormuz pour tenter d’étouffer les exportations pétrolières iraniennes.
Cependant, des responsables des services de renseignement US ont reconnu dans un article du Washington Post que l’Iran est capable de résister à ce blocus militaire pendant de nombreux mois.
Ils ont de plus déclaré à de nombreux médias — notamment CNN, NBC News, le New York Times et le Washington Post — que l’Iran avait réussi à détruire ou au moins à endommager lourdement la majorité des bases militaires US et autres installations en Asie occidentale.
Parallèlement, Fortune a rapporté que l’armée des États-Unis avait rapidement épuisé son stock de missiles.
Le magazine a cité Linda Bilmes, chargée de cours à la Harvard Kennedy School, qui a estimé que la guerre des États-Unis contre l’Iran coûterait probablement plus de 1 000 milliards de dollars.
Trump a publiquement nié tout cela, revendiquant au contraire, avec force, la victoire.
« Ils sont militairement vaincus. Dans leur for intérieur, peut-être ne le savent-ils pas », a-t-il déclaré à propos de l’Iran.
Néanmoins, ces fuites constantes de la part de responsables des services de renseignement, vers une multitude de médias, dressent un tout autre tableau. Elles montrent que cette guerre se passe très mal.
En fait, la guerre se passe si mal que certains des idéologues néoconservateurs les plus en vue aux États-Unis ont publiquement concédé que l’Iran est en train de gagner.
Telle était la conclusion d’un article publié dans le porte-voix proguerre de l’atlantisme, The Atlantic. L’article s’intitulait « Échec et mat en Iran » et portait le sous-titre « Washington ne peut ni annuler ni maîtriser les conséquences de la défaite dans cette guerre ».
Son auteur n’était autre que Robert Kagan, sans doute l’intellectuel néoconservateur le plus influent.
Kagan a été l’un des premiers partisans de l’invasion états-unienne de l’Irak, et il a longtemps milité pour une guerre similaire contre l’Iran.
Il a cofondé le puissant think tank Project for the New American Century (PNAC), qui s’apparentait le plus à une « Église du néoconservatisme ».
Le PNAC prônait une politique étrangère hyperagressive. Ses partisans néoconservateurs étaient fiers du fait que les États-Unis dirigent un empire mondial. Ils estimaient que l’armée US devait mener la guerre partout afin de renverser les gouvernements indépendants qui résistaient à l’hégémonie de Washington.
Parmi les membres fondateurs du PNAC figuraient plusieurs hauts responsables de l’administration George W. Bush, tels que Dick Cheney (vice-président) et Paul Wolfowitz (secrétaire adjoint à la Défense et ancien président de la Banque mondiale).
Un autre signataire fondateur de la déclaration de principes du PNAC était John Bolton, un faucon radical qui a servi dans l’administration Bush et a été rappelé par Donald Trump, lors de son premier mandat, pour occuper le poste de conseiller à la sécurité nationale (et superviser la tentative de coup d’État de Washington au Venezuela).
Lors de l’élection de 2016, l’alliance initiale des néoconservateurs du PNAC s’est divisée. Environ la moitié a soutenu Trump, tandis que les autres se sont rangés derrière Hillary Clinton.
Kagan faisait partie de ces ténors du néoconservatisme qui sont devenus des républicains « anti-Trump ».
Il est également marié à une autre néoconservatrice influente, Victoria Nuland, qui a occupé le poste d’ambassadrice des États-Unis auprès de l’OTAN sous l’administration de George W. Bush, puis a exercé de hautes fonctions au sein du département d’État sous Barack Obama et Joe Biden.
Nuland a été profondément impliquée dans le coup d’État en Ukraine en 2014, qui a déclenché une guerre par procuration qui s’éternise depuis plus d’une décennie.
Compte tenu de tout ce contexte, on comprend à quel point il est incroyable de lire l’article de Kagan dans The Atlantic, dans lequel il admet que l’Iran est en train de vaincre les États-Unis. C’est un peu comme si le pape venait déclarer qu’il avait eu tort et qu’il allait se convertir à l’islam.
Kagan est l’une des voix les plus farouchement bellicistes de la politique américaine. C’est pourquoi le passage suivant qu’il a écrit est particulièrement significatif :
« La défaite dans la confrontation actuelle avec l’Iran sera d’une nature tout à fait différente [par rapport à la défaite des États-Unis dans les guerres du Vietnam et d’Afghanistan]. Elle ne pourra être ni réparée ni ignorée. Il n’y aura pas de retour au statu quo ante, pas de triomphe américain ultime qui effacera ou surmontera le mal causé. Le détroit d’Ormuz ne sera plus “ouvert”, comme il l’était autrefois. En contrôlant le détroit, l’Iran s’impose comme l’acteur clé de la région et l’un des acteurs clés du monde. Les rôles de la Chine et de la Russie, en tant qu’alliées de l’Iran, s’en trouvent renforcés ; celui des États-Unis, considérablement affaibli. Loin de démontrer la puissance américaine, comme l’ont affirmé à maintes reprises les partisans de la guerre, le conflit a révélé une Amérique peu fiable et incapable de mener à bien ce qu’elle a commencé. Cela va déclencher une réaction en chaîne à travers le monde, à mesure que les amis et les ennemis s’adapteront à l’échec de l’Amérique. »
En outre, Kagan n’est pas le seul néoconservateur de premier plan à être parvenu à cette conclusion.
L’autre cofondateur du Project for the New American Century, Bill Kristol, l’a également reconnu à contrecœur.
Kristol est un des rédacteurs du site web néoconservateur The Bulwark, où il a déploré que les États-Unis aient été « humiliés » par la guerre ratée de Trump contre l’Iran.
Comment expliquer l’opposition soudaine de ces faucons néoconservateurs notoires, qui ont passé des décennies à militer pour la guerre contre l’Iran ?
Ils semblent voir venir l’inévitable. La guerre s’est terriblement mal déroulée et elle est extrêmement impopulaire chez eux.
60 % des Américains s’opposent à la manière dont Trump gère la guerre contre l’Iran, tandis que seulement 33 % la soutiennent, selon un sondage publié en mai par NPR, PBS News et Marist Poll.
De même, un sondage YouGov réalisé en mai a révélé que seuls 13 % des Américains pensent que les États-Unis sont en train de gagner la guerre contre l’Iran, tandis que 39 % affirment que ce n’est pas le cas et que ce ne le sera pas.
Les figures de proue du néoconservatisme ne font que quitter le navire en perdition. Elles reconnaissent que Trump et le Parti républicain sont extrêmement impopulaires, et que cette guerre se retourne contre eux, violemment.
Sources :
Source de l’illustration d’en-tête : Geopolitical Economy Report
https://geopoliticaleconomy.com/2026/05/23/war-hawks-iran-defeat-us-trump/
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