Lever le voile : des documents montrent que Bill Gates a donné 319 millions de dollars à des médias

Lever le voile :
des documents montrent
que Bill Gates a donné
319 millions de dollars à des médias

Par Alan MacLeod

Une publication MintPress News

Covid-19 Industriels Propagande Médias
Occident
Article

Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


En passant au crible plus de 30 000 subventions dans la base de données de la société, MintPress peut révéler que la Fondation Gates a financé des centaines de médias et d’entreprises, pour un montant d’au moins 319 millions de dollars US.

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SEATTLE — Jusqu’à son récent et houleux divorce, Bill Gates bénéficiait d’une sorte de passe-droit dans les médias d’entreprise. Généralement présenté comme un gentil geek qui veut sauver le monde, le cofondateur de Microsoft a même été baptisé sans ironie « Saint Bill » par The Guardian.

Si les empires médiatiques d’autres milliardaires sont relativement bien connus, la mesure dans laquelle l’argent de Gates sous-tend le paysage médiatique moderne ne l’est pas. Après avoir passé en revue plus de 30 000 subventions individuelles, MintPress peut révéler que la Fondation Bill-et-Melinda-Gates (Bill & Melinda Gates Foundation / BMGF) a fait des dons d’une valeur de plus de 300 millions de dollars pour financer des projets médiatiques.

Parmi les bénéficiaires de cet argent figurent un grand nombre des plus importants organes de presse américaine, dont CNN, NBC, NPR, PBS et The Atlantic. Gates parraine également une myriade d’organisations étrangères influentes, dont la BBC, The Guardian, The Financial Times et The Daily Telegraph au Royaume-Uni, des journaux européens de premier plan tels que Le Monde (France), Der Spiegel (Allemagne) et El País (Espagne), ainsi que de grands diffuseurs mondiaux comme Al-Jazeera.

Les fonds de la Fondation Gates alloués aux programmes des médias sont répartis en plusieurs sections, présentées par ordre numérique décroissant, et comprennent un lien vers la subvention correspondante sur le site web de l’organisation.

Des récompenses attribuées directement aux médias :

Ensemble, ces dons totalisent 166 216 526 dollars. L’argent est généralement destiné à des questions qui tiennent à cœur les Gates. Par exemple, la subvention de 3,6 millions de dollars accordée à CNN a servi à « réaliser des reportages sur l’égalité des sexes en mettant l’accent sur les pays les moins développés, en produisant du journalisme sur les inégalités quotidiennes subies par les femmes et les filles à travers le monde », tandis que le Texas Tribune a reçu des millions pour « accroître la sensibilisation et l’engagement du public sur les questions de réforme de l’éducation au Texas ». Étant donné que Bill est l’un des plus fervents partisans des charter schools, les esprits chagrins pourraient interpréter ces dons comme une propagande en faveur de ceux-ci dans les médias, déguisée en informations objectives.

La Fondation Gates a également donné près de 63 millions de dollars à des organisations caritatives étroitement liées aux grands médias, dont près de 53 millions de dollars à BBC Media Action, plus de 9 millions de dollars à la Staying Alive Foundation de MTV et 1 million de dollars au Neediest Causes Fund du New York Times. S’ils ne financent pas spécifiquement le journalisme, les dons à la branche philanthropique d’un acteur des médias sont tout de même à noter.

Gates continue de financer un vaste réseau de centres de journalisme d’investigation, pour un total d’un peu plus de 38 millions de dollars, dont plus de la moitié est allée à l’International Center for Journalists, basé à Washington, pour développer les médias africains.

Ces centres comprennent :

En outre, la Fondation Gates verse également de l’argent aux associations de presse et de journalisme, pour un montant d’au moins 12 millions de dollars. Par exemple, la National Newspaper Publishers Association — un groupe représentant plus de 200 organes de presse — a reçu 3,2 millions de dollars.

La liste de ces organisations comprend :

Cela porte notre total en cours à 216,4 millions de dollars.

La fondation met également de l’argent à disposition pour former directement des journalistes dans le monde entier, sous la forme de bourses, de cours et d’ateliers. Aujourd’hui, il est possible pour un individu de se former au métier de reporter grâce à une bourse de la Fondation Gates, de trouver un emploi dans un média financé par Gates et d’appartenir à une association de presse financée par Gates. Cela est particulièrement vrai pour les journalistes travaillant dans les domaines de la santé, de l’éducation et du développement mondial, les domaines dans lesquels Gates lui-même est le plus actif et où l’examen des actions et des motivations du milliardaire est le plus nécessaire.

Les subventions de la Fondation Gates relatives à l’enseignement des journalistes comprennent :

La BMGF finance également un large éventail de campagnes médiatiques spécifiques dans le monde entier. Par exemple, depuis 2014, elle a donné 5,7 millions de dollars à la Population Foundation of India afin de créer des fictions qui promeuvent la santé sexuelle et reproductive, avec l’intention d’augmenter les méthodes de planification familiale en Asie du Sud. Parallèlement, elle a alloué plus de 3,5 millions de dollars à une organisation sénégalaise pour développer des émissions de radio et des contenus en ligne qui présenteraient des informations sur la santé. Les partisans de cette initiative considèrent qu’il s’agit d’aider des médias gravement sous-financés, tandis que les opposants y voient un milliardaire utilisant son argent pour diffuser ses idées et ses opinions dans la presse.

Projets médiatiques soutenus par la Fondation Gates :

Total : 97 315 408 dollars

319,4 millions de dollars et (beaucoup) plus encore

Additionnés, ces projets médiatiques parrainés par Gates représentent un total de 319,4 millions de dollars. Toutefois, cette liste non exhaustive présente des lacunes évidentes, ce qui signifie que le chiffre réel est sans doute bien plus élevé. Tout d’abord, elle ne compte pas les sous-subventions, c’est-à-dire l’argent donné par les bénéficiaires aux médias du monde entier. Et bien que la Fondation Gates favorise une certaine ouverture d’esprit à son sujet, il y a en fait très peu d’informations publiques sur ce qu’il advient de l’argent de chaque subvention, à l’exception d’une brève description d’une ou deux phrases rédigée par la fondation elle-même sur son site web. Seuls les dons aux organes de presse eux-mêmes ou les projets qui, d’après les informations figurant sur le site web de la Fondation Gates, pouvaient être identifiés comme des campagnes médiatiques ont été comptabilisés, ce qui signifie que des milliers de subventions comportant un élément médiatique n’apparaissent pas dans cette liste.

Un exemple concret est le partenariat de la BMGF avec ViacomCBS, la société qui contrôle CBS News, MTV, VH1, Nickelodeon et BET. Les comptes rendus des médias à l’époque indiquaient que la Fondation Gates payait le géant du divertissement pour insérer des informations et des messages d’intérêt public dans ses programmes et que Gates était intervenu pour modifier les intrigues d’émissions populaires comme ER et Law & Order : SVU.

Cependant, en consultant la base de données des subventions de la FBMG, on ne trouve nulle part « Viacom » ni « CBS », la probable subvention en question (d’un montant total de plus de 6 millions de dollars) se contentant de décrire le projet comme une « campagne d’engagement du public visant à améliorer les taux d’obtention de diplômes d’études secondaires et d’achèvement des études postsecondaires, spécifiquement destinée aux parents et aux étudiants », ce qui signifie qu’elle n’a pas été comptabilisée dans le total officiel. Il existe sûrement de nombreux autres exemples de ce type. « Pour une organisation caritative à fiscalité privilégiée qui vante si souvent l’importance de la transparence, il est remarquable de constater à quel point la Fondation Gates est extrêmement discrète sur ses flux financiers », a déclaré à MintPress Tim Schwab, l’un des rares journalistes d’investigation à avoir passé au crible le milliardaire de la technologie.

Ne sont pas non plus incluses les subventions visant à produire des articles pour des revues universitaires. Bien qu’ils ne soient pas destinés à la consommation de masse, ils constituent régulièrement la base d’articles dans la presse grand public et contribuent à façonner les récits autour de questions clés. La Fondation Gates a accordé de nombreuses subventions à des sources universitaires, dont au moins 13,6 millions de dollars pour la création de contenu pour la prestigieuse revue médicale The Lancet.

Et, bien sûr, même l’argent donné aux universités pour des projets de recherche pure finit par être publié dans des revues universitaires et, en fin de compte, dans les médias de masse. Les universitaires sont soumis à une forte pression pour publier leurs résultats dans des revues prestigieuses ; « publier ou périr » est le mantra des départements universitaires. Par conséquent, même ces types de subventions ont un effet sur nos médias. Ni celles-ci ni les subventions finançant l’impression de livres ou la création de sites web ne sont comptabilisées dans le total, bien qu’il s’agisse également de formes de médias.

Un profil bas, le tentacule long

En comparaison avec d’autres milliardaires de la tech, Gates a gardé un profil relativement bas pour une personne ayant étendu son influence sur les médias. L’achat du Washington Post par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, pour 250 millions de dollars en 2013, était une forme très claire et évidente d’influence sur les médias, tout comme la création par Pierre Omidyar, fondateur d’eBay, de First Look Media, la société propriétaire de The Intercept.

Bien qu’ils passent plus inaperçus, Gates et ses entreprises ont accumulé une influence considérable sur les médias. Nous comptons déjà sur les produits appartenant à Microsoft pour la communication (par exemple, Skype, Hotmail), les médias sociaux (LinkedIn) et le divertissement (Microsoft XBox). De plus, le matériel et les logiciels que nous utilisons pour communiquer sont souvent l’œuvre de la société de Seattle, fondée il y a 66 ans. Combien de personnes qui lisent ces lignes le font sur une Surface Microsoft ou un téléphone Windows et via Windows OS ? En outre, Microsoft détient des participations dans des géants des médias tels que Comcast et AT&T. Et le « MS » de MSNBC est synonyme de Microsoft.

Gates, contrôleur des médias

Le fait que la Fondation Gates finance une part importante de notre écosystème médiatique pose de sérieux problèmes d’objectivité. « Les subventions accordées par la fondation aux organisations médiatiques […] soulèvent des questions évidentes de conflit d’intérêts : comment un reportage peut-il être impartial lorsqu’un acteur majeur tient les cordons de la bourse ? » écrivait en 2011 le Seattle Times, journal local de Gates. C’était avant que le journal n’accepte l’argent de la BMGF pour financer sa section « laboratoire d’éducation ».

Les recherches de Schwab ont révélé que ce conflit d’intérêts va jusqu’au sommet : deux chroniqueurs du New York Times ont écrit des articles élogieux sur la Fondation Gates pendant des années sans révéler qu’ils travaillent également pour un groupe — le Solutions Journalism Network — qui, comme indiqué plus haut, a reçu plus de 7 millions de dollars de l’organisation caritative du milliardaire de la technologie.

Au début de l’année, Schwab a également refusé de co-rédiger un article sur COVAX pour le Bureau of Investigative Journalism, pensant que l’argent que le milliardaire y avait injecté rendrait impossible un reportage précis sur un sujet qui tient tant à cœur Gates. L’article, publié le mois dernier, répète l’affirmation selon laquelle Gates n’avait pas grand-chose à voir avec l’échec de COVAX, reprenant la position de la BMGF et la citant tout au long du sujet. Ce n’est qu’à la toute fin de ce récit de plus de 5 000 mots que l’article révèle que l’organisation qu’il défend payait les salaires du personnel de son agence.

« Je ne crois pas que Gates ait dit au Bureau of Investigative Journalism ce qu’il devait écrire. Je pense que le bureau savait implicitement, voire inconsciemment, qu’il devait trouver un moyen de raconter cette histoire sans cibler son bailleur de fonds. Les effets biaisés des conflits financiers sont complexes, mais très réels et vérifiables », a déclaré Schwab, décrivant cette affaire comme « une étude de cas sur les dangers du journalisme financé par Gates ».

MintPress a également contacté la Fondation Bill-et-Melinda-Gates pour un commentaire, mais n’a obtenu aucune réponse.

Tim Schwab : « 1/ Il y a plusieurs mois, on m’a demandé d’être co-reporter sur cette histoire. J’ai refusé parce que la #GatesFoundation était un bailleur de fonds, ce qui, je le savais, rendrait impossible un examen rigoureux du rôle de Gates dans Covax. Cette histoire est une étude de cas sur les périls du journalisme financé par Gates. 🧵Lisez la suite sur RT : »
Laurie Garrett : « Une analyse brillante des raisons pour lesquelles la distribution mondiale des #vaccins #COVID19 a complètement échoué. La structure COVAX, mise en place par @WHO @gatesfoundation @CEPIvaccins a tout gâché. “Comment Covax a échoué dans sa promesse de vacciner le monde / The Bureau”
bit.ly/3oICWJ7 »

Gates, qui a amassé sa fortune en créant un monopole et en protégeant avec zèle sa propriété intellectuelle, est en grande partie responsable de l’échec du déploiement du vaccin contre le coronavirus dans le monde. Outre le fiasco de COVAX, il a fait pression sur l’université d’Oxford pour qu’elle ne mette pas son vaccin financé par l’État en libre accès et gratuitement à la disposition de tous, mais qu’elle s’associe à la société privée AstraZeneca, une décision qui a empêché ceux qui ne pouvaient pas payer de l’utiliser. Le fait que Gates ait fait plus de 100 dons à l’université, pour un total de plusieurs centaines de millions de dollars, a probablement joué un rôle dans cette décision. À ce jour, moins de 5 % des personnes vivant dans des pays à faible revenu ont reçu ne serait-ce qu’une dose du vaccin COVID. Le nombre de décès causés par cette situation est immense.

Malheureusement, nombre de ces critiques réelles à l’encontre de Gates et de son réseau sont occultées par des théories de conspiration sauvages et mensongères avec des sujets tels que l’insertion de micropuces dans les vaccins pour contrôler la population. Cela signifie que les véritables critiques à l’égard du cofondateur de Microsoft sont souvent démonétisés et supprimés par des algorithmes, ce qui dissuade fortement les médias de couvrir le sujet, sachant qu’ils risquent de perdre de l’argent s’ils le font. Le manque d’attention portée au deuxième individu le plus riche du monde alimente à son tour des soupçons exagérés.

Gates le mérite certainement. En dehors de ses liens profonds, et qui ont pu durer des dizaines d’années, avec le tristement célèbre Jeffrey Epstein, de ses tentatives de changer radicalement la société africaine et de son investissement dans le géant chimique controversé Monsanto, il est peut-être le principal moteur du mouvement américain des charter schools — une tentative pour essentiellement privatiser le système éducatif des États-Unis. Les charter schools sont profondément impopulaires auprès des syndicats d’enseignants, qui voient dans ce mouvement une tentative de diminuer leur autonomie et de réduire le contrôle public sur le contenu et la manière de dispenser un enseignement aux enfants.

Plein les poches

Dans la plupart des reportages, les dons de Gates sont présentés comme des gestes altruistes. Pourtant, nombreux sont ceux qui ont souligné les défauts inhérents à ce modèle, notant que le fait de laisser les milliardaires décider de ce qu’ils font de leur argent leur permet de fixer l’agenda public, leur donnant ainsi un énorme pouvoir sur la société. « La philanthropie peut être et est utilisée délibérément pour détourner l’attention des différentes formes d’exploitation économique qui sous-tendent l’inégalité mondiale actuelle », a déclaré Linsey McGoey, professeure de sociologie à l’université d’Essex, au Royaume-Uni, et auteure de « No Such Thing as a Free Gift : The Gates Foundation and the Price of Philanthropy » (« Il n’y a pas de cadeau gratuit : la Fondation Gates et le prix de la philanthropie »). Elle ajoute :

« Le nouveau “philanthrocapitalisme” menace la démocratie en augmentant le pouvoir du secteur des entreprises au détriment des organisations du secteur public, qui sont de plus en plus confrontées à des restrictions budgétaires, en partie en rémunérant excessivement les organisations à but lucratif pour qu’elles fournissent des services publics qui pourraient être fournis à moindre coût sans la participation du secteur privé. »

La charité, comme le faisait remarquer l’ancien Premier ministre britannique Clement Attlee, « est une chose froide, grise et sans amour. Si un homme riche veut aider les pauvres, il doit payer ses impôts avec plaisir, et non distribuer de l’argent sur un coup de tête. »

Cela ne signifie pas que les organisations recevant l’argent de Gates — médias ou autres — sont irrémédiablement corrompues, ni que la Fondation Gates ne fait rien de bon dans le monde. Mais cela introduit un conflit d’intérêts flagrant : les institutions mêmes sur lesquelles nous comptons pour demander des comptes à l’un des hommes les plus riches et les plus puissants de l’histoire de la planète sont discrètement financées par lui-même. Ce conflit d’intérêts est celui que les médias d’entreprise ont largement tenté d’ignorer, tandis que le philanthrope prétendument altruiste qu’est Gates continue de s’enrichir, en s’en mettant plein les poches.

Sources :


Source de la photographie d’en-tête : COP26
Bill Gates at the Innovation event at the SEC, Glasgow. 02/11/2021. Photograph: Karwai Tang/ UK Government [taken on November 2, 2021]
https://www.flickr.com/photos/[email protected]/51650185463/
[ Creative Commons — CC BY-NC-ND 2.0 ]

 

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