Les bellicistes enragent contre l’expression « mettre fin aux guerres éternelles », et nous devrions nous moquer d’eux

Les bellicistes enragent
contre l’expression
« mettre fin aux guerres éternelles »,
et nous devrions nous moquer d’eux

Par Caitlin Johnstone

Guerre Impérialisme Propagande
Afghanistan États-Unis Royaume-Uni Occident
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Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Au lendemain du retrait d’Afghanistan, les promoteurs influents du militarisme occidental sont absolument furieux contre l’idée populaire de mettre fin aux guerres éternelles, et leurs colères n’essaient même pas de déguiser cela en autre chose. Ils utilisent littéralement cette phrase, « mettre fin aux guerres éternelles », et disent ensuite que c’est une mauvaise chose.

Je veux dire, quelle étrange façon de défendre ses idées. La guerre est la pire chose au monde, et l’éternité est la pire des durées possibles, et pourtant ils condamnent ouvertement la « doctrine de la fin des guerres éternelles ». Jusqu’à quel niveau votre sens de la réalité doit-il être altéré pour que vous pensiez que c’est un point de vue auquel quelqu’un qui n’est pas payé par des sociétés œuvrant dans le secteur de la défense pourrait être sensible ?

Pourtant, ils essaient bel et bien. Citant le chaos du retrait d’Afghanistan, comme si chaque jour de l’occupation de vingt ans n’avait pas été bien pire, les bellicistes de carrière tentent de faire passer la « fin des guerres éternelles » pour un slogan méprisant que tout le monde devrait rejeter.

Comme nous l’avons déjà évoqué, le fugitif de La Haye, Tony Blair, a récemment fait la une des journaux en publiant une longue déclaration dans laquelle il blablate sur l’idée de mettre fin aux guerres éternelles, inspirant ainsi le dégoût que vous auriez normalement envers les personnes prônant l’élimination des lois sur l’âge du consentement ou la légalisation des coups de poing récréatifs sur les pandas.

« Nous n’avions pas besoin de le faire. Nous avons choisi de le faire », a écrit Blair à propos du retrait. « Nous l’avons fait en obéissant à un slogan politique imbécile sur la fin des “guerres éternelles”, comme si notre engagement en 2021 était vaguement comparable à celui d’il y a 20 ou même 10 ans, et dans des circonstances où les effectifs avaient été réduits au minimum et où aucun soldat allié n’avait perdu la vie au combat depuis 18 mois. »

Comme Blair le sait bien, la seule raison pour laquelle aucun soldat allié n’avait perdu la vie au combat depuis 18 mois était que l’administration Trump avait conclu un accord avec les talibans en février 2020 à condition de se retirer d’Afghanistan. Prétendre que cette absence de morts parmi les forces d’occupation était due au fait que l’occupation était facile et qu’elle était de toute façon durable sans une promesse crédible de retrait est dégoûtant. Et même si Blair s’en moque, ce n’est pas comme si l’occupation n’avait pas massacré des montagnes de civils pendant ces dix-huit mois.

Ensuite, il y a l’architecte de la guerre en Irak, Paul Wolfowitz, qui a fait une tournée des médias pendant toute la durée du retrait parce qu’il est évident que tout le monde veut entendre l’opinion des criminels de guerre de l’administration Bush sur l’opportunité de mettre fin aux guerres criminelles de l’administration Bush. Sa dernière contribution est un éditorial du Wall Street Journal intitulé « La “guerre éternelle” n’a pas pris fin », dans lequel il soutient que le concept de fin des guerres éternelles est à la fois stupide et fallacieux.

« Le président Biden, comme ses deux prédécesseurs immédiats, semble penser qu’on peut mettre fin aux “guerres éternelles” simplement en les quittant », écrit Wolfowitz. « Mais l’attaque non provoquée de jeudi, contre des gens qui fuyaient et ceux qui les aidaient, démontre la véracité de l’adage du soldat selon lequel “l’ennemi a toujours une voix1” ».

« Choisir d’éviter la “guerre pour toujours” en abandonnant nos alliés afghans était à la fois coûteux et déshonorant », déclare Wolfowitz. « Exactement comme Churchill a dit à Neville Chamberlain après la trahison de la Tchécoslovaquie à Munich : “On vous a donné le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre” ».

Mon Dieu, quel branleur.

Ensuite, il y a le propagandiste de guerre financé par les Émirats arabes unis, Charles Lister, qui affirme de façon hilarante que le retrait témoigne de l’échec de la « doctrine de la fin des guerres éternelles », au motif qu’il a provoqué « l’effondrement d’un gouvernement démocratique » et rendu « Al-Qaïda extatique ». C’est hilarant parce que ce n’est qu’au prix d’une gymnastique mentale des plus audacieuses que le régime corrompu des marionnettes étatsuniennes en Afghanistan était « démocratique », et parce que Lister a été un partisan déclaré d’Al-Qaïda en Syrie.

Il y a aussi l’insupportable membre du Congrès Adam Kinzinger, qui a reçu des dons de Boeing, Raytheon, Lockheed Martin et Northrop Grumman pour sa campagne : il est apparu sur MSNBC et a écrit un éditorial pour Foreign Policy explicitement opposé à la notion d’arrêt des guerres sans fin.

« Des deux côtés de l’échiquier politique, nous avons entendu le cri de ralliement des “guerres sans fin” utilisé pour argumenter contre la présence de l’Amérique au Moyen-Orient », écrit Kinzinger pour Foreign Policy. « Nous avons entendu les nombreux Américains fatigués qui se plaignent des “guerres sans fin”. Certains sont contrariés par l’argent dépensé, d’autres veulent que nos troupes rentrent au pays, ou les deux. Ceux qui se sont plaints pendant des années que notre mission en Afghanistan était un désastre dès le départ sont nombreux à dire qu’ils avaient raison et que nous aurions dû partir il y a des années — ou ne jamais nous engager du tout. Je suis respectueusement et violemment en désaccord avec tout cela ».

M. Kinzinger a déclaré à Andrea Mitchell, sur MSNBC, que « le genre de partisans comme Rand Paul sur la “guerre sans fin” qui ont attisé ce feu de la guerre sans fin et qui affirment que nous sommes tous fatigués » c’est comme « lorsque votre grand-mère vous dit à quel point vous êtes fatigué et que vous finissez par l’être. » Il s’est ensuite prononcé en faveur d’un nouvel envahissement de l’Afghanistan pour reprendre l’aérodrome abandonné de Bagram.

Dans un article récent de National Review intitulé « Le sophisme de la “guerre éternelle” », Noah Rothman, collaborateur de MSNBC, s’insurge contre l’idée de mettre fin au massacre militaire perpétuel.

« En Afghanistan, les démagogues qui voulaient voir la fin des “guerres éternelles” de l’Amérique, quelles qu’en soient les conséquences, ont vu leur souhait exaucé. Ce fut un désastre sans équivalent », écrit Rothman, qui n’a apparemment jamais entendu parler du désastre qu’a été toute l’occupation de l’Afghanistan.

« Les États-Unis maintiennent des déploiements dans et autour du Moyen-Orient qui varient entre 45 000 et 65 000 soldats. Les partisans du repli sacrifieraient-ils cette mission — et les gouvernements du Moyen-Orient qui comptent sur elle pour empêcher les acteurs non étatiques et les agents iraniens de déstabiliser ces régimes ? » demande Rothman. « Qu’en est-il de l’Afrique, où entre 6 000 et 7 000 soldats américains conseillent les forces locales qui combattent les groupes militants islamistes ? »

Euh, oui, en fait, se débarrasser de ces troupes serait aussi une bonne chose. Moins on peut rendre expansive l’institution la plus destructrice de la planète, mieux c’est.

Le cas le plus drôle est sans doute celui de Richard Haass, président du très influent Council on Foreign Relations, un organisme de propagande de guerre, qui a plaidé sur Twitter pour un relookage de l’« occupation sans fin » en « présence à durée ouverte ».

« L’alternative au retrait d’Afghanistan n’était pas une “occupation sans fin”, mais une présence à durée ouverte », a déclaré Haass. « L’occupation est imposée, la présence est sollicitée. À moins que vous ne pensiez que nous occupons le Japon, l’Allemagne et la Corée du Sud. Et oui, le retrait était le problème. »

Je veux dire, par où commencer avec celui-là ? La notion hilarante que le simple fait de rebaptiser d’une autre étiquette une occupation sans fin qui a tué des centaines de milliers de personnes la rend meilleure ? L’idée que le consentement d’un gouvernement fantoche installé par un changement de régime signifie que la présence militaire a été « sollicitée » ? L’affirmation selon laquelle une occupation faite de bombardements et de meurtres incessants est comparable à la présence militaire étatsunienne au Japon, en Allemagne et en Corée du Sud ? Le fait qu’il n’y a aucune raison légitime pour que l’armée étatsunienne soit présente ni au Japon, ni en Allemagne, ni même en Corée du Sud ? L’insinuation selon laquelle tout le monde au Japon, en Allemagne et en Corée du Sud souhaite la présence de l’armée étatsunienne ?

Crétin.

Que ces personnes soient des leaders d’opinion ayant une influence sur les politiques et non des parias marginaux de la société montre que notre monde est dirigé par des idiots et des sociopathes. Ils sont là, devant nous, et nous pointent du doigt parce que nous nous opposons à quelque chose d’aussi franchement et manifestement mauvais qu’une guerre sans fin. UNE GUERRE SANS FIN.

On devrait se moquer et rire d’eux pour cela. Nous saurons que notre monde devient sain d’esprit lorsque de telles créatures seront considérées avec mépris et ridicule au lieu d’être prises au sérieux par les plus grandes institutions de notre société. Ne cessez jamais de vous moquer de ces monstres.


  1. Dans la citation originale en anglais, l’expression utilisée est « the enemy always gets a vote » (littéralement : « l'ennemi a toujours un vote [une voix] »). Elle permet d’évoquer l’idée qu’« on ne peut pas supposer que son ennemi acceptera les règles de la guerre et les respectera ». (NdT) 

 

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