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Le Somaliland et sa reconnaissance par Israël : autopsie de l’impuissance stratégique arabe

Le Somaliland
et sa reconnaissance par Israël :
autopsie de l’impuissance
stratégique arabe

Par Mustafa Fetouri

Une publication Middle East Monitor


Article



Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


À l’aube de 2026, le monde arabe se retrouve face à une catastrophe stratégique, qui est autant le produit de ses propres choix que le résultat d’un dessein étranger. La reconnaissance formelle de la République du Somaliland par Israël n’est pas seulement un tournant diplomatique dans la Corne de l’Afrique ; c’est un coup décisif porté au camp anti-normalisation, et une révélation brutale du « vide stratégique » qui caractérise désormais la politique étrangère arabe — si tant est que celle-ci ait jamais existé.

Pendant que la Ligue des États arabes (LEA) et l’Organisation de la coopération islamique (OCI) restent enfermées dans un cycle de condamnations creuses et de « déclarations de préoccupation », la carte géopolitique de la mer Rouge se redessine avec une précision clinique.

Sans replonger longuement dans l’histoire, il faut néanmoins, pour comprendre le présent, revenir aux racines profondes de cette manœuvre. La reconnaissance du Somaliland est une résurgence moderne de la « doctrine de la périphérie » israélienne — une stratégie conçue pour contourner le noyau arabe hostile en nouant des alliances avec des acteurs non arabes ou marginalisés à la périphérie.

Cette logique remonte au moins à 1944, lorsque la Jewish Organisation for Refugees (Organisation juive pour les réfugiés) a demandé à l’Empire éthiopien de concéder la région du Harar comme foyer national juif. L’empereur a fini par refuser — non par principe, mais parce que les sionistes exigeaient l’ensemble de la province —, mais les bases d’une alliance stratégique entre la Corne et le futur État sioniste étaient posées. Aujourd’hui, en reconnaissant le Somaliland, Israël achève un mouvement en tenaille qui ancre sa présence à Bab el-Mandeb, un résultat qu’il n’aurait jamais pu obtenir sans le vide laissé par l’indifférence arabe.

Dans cette perspective, l’attention israélienne s’est toujours portée sur des pays non arabes qui détiennent des ressources essentielles dont dépend le monde arabe — au premier rang desquelles l’eau. Pendant des décennies, la stratégie à long terme d’Israël a privilégié les relations avec la Turquie, sachant que la sécurité hydrique de grands États arabes comme la Syrie et l’Irak dépend des sources turques. On retrouve aujourd’hui le même schéma avec l’Éthiopie : en tissant des liens stratégiques et techniques étroits avec Addis-Abeba, Israël obtient un avantage indirect sur le Nil, véritable poumon de l’Égypte. Cette « hydro-diplomatie » garantit que, tandis que les États arabes sont absorbés par leurs frictions internes, leurs ressources les plus vitales sont de plus en plus influencées par une périphérie non arabe alignée sur Tel-Aviv.

Les dirigeants de Hargeisa ont joué leur carte avec brio, quoique de façon cynique. Après trente ans à chercher une reconnaissance auprès d’un monde arabe qui n’offrait rien d’autre que des discours de façade sur « l’unité somalienne », le Somaliland a compris que la voie vers la légitimité internationale — et vers la Maison-Blanche — passe par Tel-Aviv.

Dans la logique dominante de l’ère Trump et de l’après, le Somaliland s’est proposé comme candidat aux Accords d’Abraham. Ses dirigeants ont compris une réalité que les capitales arabes refusent de reconnaître : Israël est le passage obligé vers les faveurs américaines. En échangeant la reconnaissance contre une place à la table de la normalisation, Hargeisa s’est assuré une bouée stratégique que la LEA n’était soit pas disposée, soit pas en mesure d’offrir.

La question fondamentale qui se pose aujourd’hui au Caire, à Riyad et à Mogadiscio est la suivante : que peut offrir le monde arabe au Somaliland pour le détourner d’Israël ?

La réponse embarrassante est : rien.

Il n’existe actuellement ni offre économique, ni garantie de sécurité, ni feuille de route politique, proposés par une instance arabe ou islamique, qui pèsent davantage que la reconnaissance offerte par Israël. Nous assistons à une « diplomatie arabe à valeur nulle ». La Somalie elle-même, qui revendique le Somaliland comme partie de son territoire souverain, est si affaiblie qu’elle pourrait, à terme, se retrouver contrainte de rejoindre la vague de normalisation simplement pour rester dans le jeu — indépendamment des liens d’Israël avec Hargeisa. Cela peut paraître improbable aujourd’hui, mais l’histoire du conflit arabo-israélien est parsemée de concessions « impensables » qui ont fini par devenir réalité. Peu auraient imaginé, dans les années 1960, que l’Égypte et la Jordanie signeraient un jour des traités de paix au détriment de la cause palestinienne — cette même cause qu’elles présentaient jadis comme leur lutte nationale « centrale ».

Le réquisitoire le plus révélateur contre l’ordre arabe actuel s’est peut-être joué lors de la réunion d’urgence du 28 décembre de la Ligue arabe. Dans une démonstration de profonde duplicité politique, les Émirats arabes unis (EAU) ont présidé la séance au cours de laquelle, délégué après délégué, on a dénoncé le dégel israélo-somalilandais. Pourtant, Abou Dhabi — avec ses investissements massifs dans le port de Berbera et ses liens ancrés par les Accords d’Abraham — a refusé de signer la déclaration finale de condamnation.

Les EAU sont également restés singulièrement silencieux à l’OCI et lors des discussions au Conseil de sécurité des Nations unies. Cette « malveillance calculée » suggère que, pour certaines puissances arabes, la fragmentation de la Somalie et l’expansion de l’influence israélienne ne sont pas des menaces à contrer, mais des opportunités commerciales à gérer.

La réponse internationale a été tout aussi cynique. Lors de récentes délibérations au Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis ont adopté une position qu’on ne peut décrire que comme une « superficialité stratégique ». La logique de Washington — dominante dans l’actuelle ère trumpienne — est que, si le monde peut reconnaître un État palestinien dépourvu de souveraineté effective, rien n’interdit logiquement de reconnaître un État comme le Somaliland qui fonctionne avec une souveraineté de facto depuis trois décennies. L’argument est superficiel, mais dans un monde où l’influence arabe a été réduite à un murmure, il l’emporte. Les États-Unis déforment délibérément un fait historique : la Palestine ne fait partie d’aucun autre État ; c’est un pays occupé qui réclame sa liberté — un argument très solide sur le plan humain en faveur d’une reconnaissance par tous les États membres de l’ONU.

Il y a aussi une rumeur persistante selon laquelle la reconnaissance israélienne serait un « donnant-donnant » en échange de l’accord du Somaliland pour accueillir des Palestiniens de Gaza déplacés de force. Si Hargeisa a officiellement démenti, et si le sentiment panislamique au sein de sa population demeure un obstacle redoutable, se focaliser uniquement sur le succès ou l’échec d’un tel plan de « réinstallation » est une erreur. Comme on l’a vu en novembre 2025, lorsqu’un vol mystérieux transportant plus de 150 Palestiniens a atterri en Afrique du Sud — vol qui aurait été coordonné par des groupes liés à Israël —, l’intention de disperser la population palestinienne n’est plus un secret ; c’est une politique active. Cependant, pour le monde arabe, le mal est déjà fait. Même si pas un seul Palestinien n’est relocalisé dans la Corne de l’Afrique, l’ancre stratégique qu’Israël vient de jeter au Somaliland représente une perte durable de la maîtrise arabe du littoral.

La « crise du Somaliland » n’est pas un échec du droit international ; c’est un échec de la vision arabe. En ignorant la stabilité légitime des institutions de Hargeisa et en n’offrant aucune voie viable de réintégration somalienne, le monde arabe a créé un vide. Israël, opportuniste comme toujours, n’a fait que franchir la porte que la négligence arabe a laissée grande ouverte.

Si la LEA continue de privilégier des déclarations sur le papier plutôt qu’un engagement concret sur le terrain, elle découvrira bientôt qu’elle ne contrôle plus les rivages de la mer Rouge. Le « lac arabe » se vide et, à sa place, une nouvelle architecture de sécurité non arabe est en train d’émerger — une architecture dans laquelle la voix arabe est non seulement inaudible, mais entièrement sans effet, alors même que les pays arabes constituent la majorité des pays riverains.

Sources :


Source de l’illustration d’en-tête : En dehors de la boîte
Spécification par EDB
Image générée par DALL·E via ChatGPT (OpenAI)
Retouche numérique par EDB

 

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