Le secrétaire britannique aux Affaires étrangères défend la torture contre les journalistes, puis déclare que nous devons protéger les journalistes

Le secrétaire britannique aux Affaires étrangères défend la torture contre les journalistes, puis déclare que nous devons protéger les journalistes

Par Caitlin Johnston

Julian Assange Démocratie Répression Dissidence Médias Propagande Politique
Royaume-Uni
Article
Traduit de l’anglais par EDBLangue originale : anglais


Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, vient juste de prononcer un discours vantant les vertus d’un média libre, louant les journalistes qui ont eu le courage de révéler, face à l’oppression tyrannique, la vérité sur les gouvernements pervers. Alors qu’il se préparait à prononcer ce discours, sans l’ombre d’une quelconque auto-analyse, il a défendu la torture contre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange.

Après l’annonce de la rumeur selon laquelle le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, avait découvert que Julian Assange avait été victime de torture psychologique pendant des années, Hunt, qui se prépare à devenir le prochain Premier ministre du Royaume-Uni, l’a accusé de s’ingérer dans les affaires britanniques et de faire des « déclarations incendiaires ».

« C’est faux », a tweeté Hunt. « Assange avait choisi de se cacher dans l'ambassade et était toujours libre de partir et de faire face à la justice. Le Rapporteur spécial des Nations Unies devrait permettre aux tribunaux britanniques de se prononcer sans ingérence ni accusations incendiaires. »

« Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur : M. Assange était à peu près aussi “libre de partir” qu’une personne assise sur un canot pneumatique dans une piscine à requins », a répondu Melzer. « Comme indiqué dans ma lettre officielle qui vous est adressée, les tribunaux britanniques n’ont jusqu’à présent montré ni l’impartialité ni l’objectivité requises par les règles du droit. »

« C’est faux. Assange a choisi de se cacher dans l’ambassade et était toujours libre de partir et de faire face à la justice. Le Rapporteur spécial des Nations Unies devrait permettre aux tribunaux britanniques de se prononcer sans ingérence ni accusations incendiaires. »
Titre de l’article joint au tweet : « Julian Assange présente des symptômes de torture psychologique, affirme un expert de l’ONU »

Quelques heures après sa défense de la torture d’un journaliste qui a révélé la vérité sur la malfaisance d’un gouvernement puissant, Hunt prononçait un discours lors du World News Media Congress1 à Glasgow, louant les journalistes qui révélaient la vérité sur la malfaisance de gouvernements puissants.

Si vous voulez vous rendre compte, atterré, de l’une des hypocrisies les plus lamentablement caricaturales de la part d’un politicien occidental, je vous recommande vivement de cliquer sur cet hyperlien pour lire la transcription du discours de Hunt en regard de ce qu’il vient de dire à propos d’Assange.

Hunt a dénoncé le meurtre de Jamal Khashoggi, ignorant le fait dérangeant que son propre gouvernement venait d’être reconnu coupable d’avoir participé à la torture brutale d’un journaliste beaucoup plus percutant et qui a couvert de nombreuses années. Hunt a fait l’éloge de deux journalistes de Reuters, récemment libérés de prison en Birmanie après avoir révélé le massacre de 10 musulmans rohingyas, cela juste après avoir défendu la torture contre le journaliste qui avait diffusé la vidéo Collateral Murder montrant le massacre de 18 civils, les victimes incluant deux journalistes de Reuters.

« Le dernier World Press Freedom Index2 décrit comment le nombre de pays considérés comme sûrs, où les journalistes peuvent travailler en toute sécurité, continue de diminuer », a déclaré Hunt. « Et pourtant, malgré toutes les pressions, le risque — de menaces physiques, d’autocensure insidieuse —, les journalistes de nombreux pays continuent de demander des comptes aux puissants, de dénoncer les actes répréhensibles, de dissuader la corruption et de renforcer la démocratie et la transparence. »

Autres extraits de choix :

« Nous ne pouvons pas empêcher physiquement les journalistes d’être emprisonnés pour avoir fait leur travail. Mais nous pouvons alerter l’opinion publique mondiale et nous assurer si le prix diplomatique est trop élevé. »

« Les États autoritaires pourraient lancer des “mesures répressives” inattendues contre la corruption — qui ciblent mystérieusement des opposants politiques pendant que les autres ne sont pas touchés —, mais le risque d’une exposition par un média libre est bien plus efficace que n’importe quelle campagne théâtrale. »

« Mais à la fin, nous devons promouvoir un média libre, pas seulement pour des raisons pratiques, mais parce que c’est ce que nous défendons. La démocratie et la liberté d’expression ne veulent rien dire si les journalistes indépendants ne sont pas en mesure d’enquêter sur les puissants — et de découvrir les faits tenaces —, aussi pénible que cela puisse parfois être pour les politiciens qui en sont les cibles. »

« Un média libre n’est pas un extra facultatif, encore moins une valeur “occidentale” : il constitue l’un des piliers d’une société florissante, bénéficiant à la population aux quatre coins du monde. »

« Un média libre n’est pas une valeur “occidentale”, mais un pilier d’une société prospère qui profite à tous les peuples. Pour saisir les opportunités d’une société libre, nous devons défendre la presse. Mon discours à Glasgow au #WorldNewsMediaCongress »

Le tweet de Hunt défendant la torture contre Assange et son tweet moralisateur versant dans l’autosatisfaction au sujet du discours qu’il venait de prononcer étaient espacés de 29 heures environ. Vingt-neuf heures.

Hunt, qui mène une charge diffamatoire à l’encontre d’Assange depuis l’arrestation et l’emprisonnement de celui-ci, a prévu de co-organiser un sommet à Londres le mois prochain sur la liberté des médias.

Nous critiquons ce genre d’hypocrisie chez des personnalités non pas parce que leur contradiction est nécessairement un indice de faiblesse dans le tempérament ou dans la politique menée, mais parce qu’elle illustre la nature factice et intéressée de leurs positions. Jeremy Hunt ne se soucie pas de la liberté de la presse. Jeremy Hunt ne se soucie pas des abus contre les journalistes. Il ne se soucie pas des choses dont il prétend se soucier. En ce qui concerne l’empire occidental dont Hunt est un fidèle gardien, la politique est « La liberté de la presse pour moi, mais pas pour toi ».

Les « valeurs démocratiques libérales » que ces sacs à vent autoproclamés prétendent promouvoir lors de leurs conférences et de leurs sommets ne sont ni libérales ni démocratiques. Nous sommes dirigés par des sociopathes souriants qui nous vendent un Fascisme de Gars Sympa3. Un jackboot4 portant un bouton « Coexist5 ». Un masque souriant qui couvre une grimace haineuse et ensanglantée.


  1. Congrès Mondial des Médias de l’Information (NdT) 

  2. Classement mondial de la liberté de la presse (NdT) 

  3. Nice Guy Fascism dans le texte original en anglais (NdT) 

  4. Botte militaire (NdT) 

  5. Coexister (NdT)