Le 11 septembre et la politique de la peur et de l’autopréservation

Le 11 septembre et la politique
de la peur et de l’autopréservation

Par Whitney Webb

Une publication MintPress News

US 9/11 Covid-19 Terrorisme Guerre Propagande Démocratie Pandémie
États-Unis
Article

Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Soit on se souviendra de nous comme d’un pays qui prenait au sérieux la liberté pour tous, soit on se souviendra de nous comme d’une nation de lâches qui, poussés par la peur, étaient prêts à priver tel groupe, puis tel autre, de leur liberté — avant de la perdre entièrement.

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Le 20e anniversaire du 11 septembre 2001 est particulièrement sombre, non seulement en raison de la nature horrible des événements de cette journée, mais aussi parce qu’il semblerait que nous n’ayons appris que très peu de choses pendant ces deux dernières décennies.

La peur et le traumatisme générés par les événements du 11 septembre ont été exploités, aux États-Unis, par l’État de sécurité nationale et par ses alliés civils pour diviser, avec un impact important, la population, pour s’attaquer aux reportages indépendants, de même qu’à la pensée libre, pour étouffer le mouvement antiguerre et pour normaliser la dégradation manifeste et persistante de la Constitution du pays par le gouvernement. Ceci, bien sûr, s’ajoute aux occupations étatsuniennes illégales et aux guerres par drones au Moyen-Orient et ailleurs qui sont également nées de cet événement.

Les véritables bénéficiaires du 11 septembre

En tant que nation, la population étatsunienne n’a pas réussi à appréhender ces réalités, et bien d’autres, au cours des deux décennies qui ont suivi l’effondrement des tours jumelles et du bâtiment 7 du WTC . Loin d’apporter un quelconque bénéfice aux cerveaux présumés de l’événement, les résultats du 11 septembre ont au contraire largement favorisé les ambitions d’une puissante faction au sein de l’État de sécurité nationale qui cherchait depuis longtemps à faire aboutir ses efforts d’élimination de dissidents, projets qu’elle avait mis en œuvre pendant des décennies à l’étranger — du programme Phoenix au Vietnam à l’opération Condor en Amérique du Sud — avec les contrecoups chez nous.

Résultat : la réponse du gouvernement à l’attaque supposément lancée par ceux « qui nous détestent pour notre liberté » a été de travailler à réduire nos libertés et nos droits civiques. Aujourd’hui, 20 ans plus tard, l’appareil sophistiqué de la « guerre contre la terreur » s’est entièrement transformé en une « guerre contre la terreur intérieure », et nombre de ceux qui s’opposaient autrefois à la guerre contre le terrorisme à l’étranger se réjouissent aujourd’hui de la montée en puissance de son équivalent national.

Pourtant, le dispositif de lutte contre la terreur intérieure qui est rapidement créé et mis en œuvre cible très clairement les individus et les idéologies des deux côtés du clivage politique. Il est également extrêmement vague, laissant essentiellement à ceux qui tiennent les rênes du pouvoir politique — qu’ils soient démocrates, républicains ou autres — le soin de décider qui est « terroriste » et qui ne l’est pas. Il n’est peut-être pas surprenant que ce soit Joe Biden qui, au milieu des années 1990, ait introduit une législation qui aurait donné au président l’autorité exclusive et inappréciable de définir ce qui constitue le « terrorisme », un fait qui a été omis de la couverture médiatique de la campagne présidentielle de l’année dernière et des mois écoulés de sa présidence.

Une crise de courage

Il semble clair à ce stade que l’une des raisons clés pour lesquelles les États-Unis continuent de perdre les droits civiques qui leur restent, que ce soit en tant que résultat de la nouvelle « guerre contre le terrorisme intérieur » ou en réponse au COVID-19, est qu’ils traversent une crise de conscience et de courage pour affronter non seulement la véritable nature des événements du 11 septembre, mais aussi l’orthodoxie de l’« histoire officielle » de ceux-ci.

Même deux décennies après les faits, il est toujours considéré comme trop controversé ou impensable de se demander si l’histoire officielle est une représentation fidèle des événements qui se sont déroulés ce jour-là. Et ce, malgré le fait que l’histoire officielle elle-même, censée être la même que celle relatée dans le rapport de la Commission du 11 septembre, a été qualifiée, par ses propres auteurs, d’incomplète et d’incapable de répondre aux principales questions concernant cette journée. En outre, l’histoire officielle repose en grande partie sur des témoignages obtenus par la torture extrême, ce qui signifie qu’elle est d’une exactitude douteuse.

Nombreux sont ceux qui n’ont pas hésité à dénoncer les mensonges du gouvernement concernant les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, ainsi que d’autres conséquences de la guerre contre la terreur, mais qui n’ont même pas été capables d’envisager que l’histoire officielle du 11 septembre puisse ne pas être légitime et provenir en fait de la même bande. Cela peut s’expliquer par diverses raisons, notamment par un désir fort de ne pas être délégitimés par leurs pairs en étant affublés de l’étiquette de « théoriciens du complot », ou par un refus de faire face à une réalité politique dans laquelle des représentants du gouvernement des États-Unis pourraient avoir été complices d’une attaque meurtrière sur le sol des États-Unis. Dans ces deux exemples, cependant, l’incapacité de ces personnes, en particulier dans les médias, à envisager qu’il puisse y avoir d’autres éléments dans l’histoire se résume à un désir d’autopréservation dans le premier cas et de préservation d’une vision particulière du monde dans le second. Or, chaque fois, la victime est la vérité, et la cause la lâcheté.

En échouant, en tant que société, à examiner en profondeur les événements du 11 septembre et les raisons pour lesquelles ils se sont produits, le public étatsunien a montré aux puissances en place que leur désir de préserver une vision du monde "sûre" — et de préserver leur propre carrière, dans le cas de certaines catégories professionnelles — est suffisant pour empêcher les gens de remettre en question les événements qui affectent le monde lorsqu'ils se produisent. Ces pouvoirs sont bien conscients de ce refus et l'utilisent depuis lors à leur avantage.

Le poison reste dans notre système

Aujourd’hui, avec la crise du COVID-19 qui s’éternise, nous sommes également plongés dans une situation où les nuances et les faits sont rejetés, parfois de manière militante, en faveur du récit de l’establishment. Tous ceux qui choisissent de ne pas prendre ce vaccin en particulier sont-ils des « théoriciens du complot » et des « anti-vaxx » ? Est-il vraiment judicieux de diviser aussi radicalement le public en groupes de vaccinés et de non-vaccinés par le biais d’un nouveau système d’identification, alors que le vaccin prétend réduire la gravité de la maladie, mais pas arrêter sa transmission ? Les personnes qui remettent en question les motivations des politiciens, des puissants groupes pharmaceutiques et des « experts » des médias grand public doivent-elles être censurées et ne pas pouvoir exprimer leurs opinions en ligne ?

Il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec les tenants de ces opinions, mais qu’y a-t-il de mal à écouter ce qu’ils ont à dire et à débattre de leurs preuves avec les vôtres ? Nous sommes en train de perdre la capacité d’avoir un discours public rationnel sur ces questions — et de la perdre rapidement, à une vitesse comparable à ce qui s’est passé au lendemain du 11 septembre, lorsque la remise en question des motifs de l’administration Bush, des agences de renseignement étatsuniennes et d’autres groupes, ainsi que les réponses et les « solutions » que l’on proposait, ont été jugées par certains comme « antipatriotiques » et même comme relevant de la « trahison ». Des appels ont été lancés pour priver toute une catégorie d’Américains de leur liberté pour avoir simplement partagé les mêmes identités ethnoreligieuses que ceux dont on nous disait qu’ils nous attaquaient, et beaucoup ont suivi. La liberté a été traitée comme un privilège réservé à certains groupes, et non comme un droit, et ce sophisme insidieux a refait surface ces derniers mois dans le cadre du débat à propos du vaccin contre le COVID-19 et aussi de la guerre contre la terreur intérieure.

Notre pandémie de la peur

Bien que l’incapacité à envisager des explications qui s’écartent de l’histoire officielle puisse être qualifiée de lâcheté, la leçon la plus durable 20 ans après le 11 septembre est peut-être que la peur était et reste l’outil le plus puissant qui a été utilisé de manière constante pour réduire notre liberté et nos droits civiques. Alors que les stratégies de division et de conquête ont fait rage depuis l’événement jusqu’à aujourd’hui, les plus grands transferts de richesse de l’histoire ont eu lieu, créant une super-élite ultra-riche qui n’a aucun compte à rendre et qui domine une classe inférieure toujours plus nombreuse.

La marche vers ce néo-féodalisme de facto n’a certainement pas commencé le 11 septembre ni après, mais notre incapacité collective à nous attaquer aux orthodoxies narratives de ce jour-là nous a empêchés de comprendre pleinement le contexte global de cet événement ainsi que de nombreux événements ultérieurs ayant des conséquences similaires. Pendant trop longtemps, le désir de préserver l’image que nous avons de nous-mêmes, notre réputation et la vision du monde que l’on nous enseigne à l’école a été trop souvent fait aux dépens des vérités difficiles à supporter ou complexes.

Pour vraiment comprendre la guerre contre la terreur, l’État de surveillance intérieure et notre réalité actuelle, nous devons accepter que l’on nous ait menti au sujet du 11 septembre. Nous devons poser les questions difficiles et accepter les vérités difficiles. Nous devons mettre un terme à la pandémie de la peur des « ennemis invisibles » qui dure depuis plus de 20 ans, une peur qui nous a poussés à renoncer aux libertés mêmes que nous sommes censés protéger.

Les États-Unis et une grande partie du monde sont en train de devenir très vite une dystopie méconnaissable et autoritaire. Nous ne pouvons pas attendre deux autres décennies pour nous attaquer aux questions et aux réalités difficiles qui ont surgi après le 11 septembre et qui persistent aujourd’hui. Soit on se souviendra de nous comme d’un pays qui prenait au sérieux la liberté pour tous, soit on se souviendra de nous comme d’une nation de lâches qui, poussés par la peur, étaient prêts à priver tel groupe, puis tel autre, de leur liberté — avant de la perdre entièrement.

Sources :


Source de la photographie d’en-tête : Wikimedia Commons (Cadiomals)
SPhoto of the 9/11 memorial taken from the World Financial Center, as it appeared in June 2012. [26 June 2012 — file version: 27 June 2012, 03:19]
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:WTCmemorialJune2012.png
[ Creative Commons ]

 

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