La procédure judiciaire engagée contre Assange reposait sur le faux témoignage d’un sociopathe avéré et d’un pédophile condamné

La procédure judiciaire
engagée contre Assange
reposait sur le faux témoignage
d’un sociopathe avéré
et d’un pédophile condamné

Par Caitlin Johnstone

Julian Assange Démocratie Dissidence Répression Propagande Médias
Royaume-Uni États-Unis
Article

Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Le journal islandais Stundin rapporte qu’un témoin clé dans les poursuites étatsuniennes contre Julian Assange a admis, dans une interview accordée au média, avoir fabriqué des accusations critiques dans l’acte d’accusation contre le fondateur de WikiLeaks.

« Un témoin majeur dans l’affaire du Département de la justice des États-Unis contre Julian Assange a admis avoir fabriqué des accusations clés présentes l’acte d’accusation contre le fondateur de Wikileaks », rapporte Stundin. « Le témoin, qui a des antécédents documentés de sociopathie et a été condamné à plusieurs reprises pour abus sexuels sur mineurs et fraude fiscale à grande échelle, a fait cet aveu dans une interview récemment publiée dans Stundin, où il a également confessé avoir poursuivi sa série de crimes alors même qu’il travaillait avec le ministère de la Justice et le FBI et avait obtenu une promesse d’immunité contre des poursuites. »

Ce témoin majeur serait l’Islandais Sigurdur « Sigi » Thordarson, un informateur rémunéré du FBI qui, après sa brève collaboration avec WikiLeaks, a été reconnu coupable d’abus sexuels sur neuf garçons ainsi que de détournement de fonds, de fraude et de vol dans son pays. Un psychologue nommé par le tribunal a conclu qu’il était sociopathe.

« Le tribunal a estimé que Sigurður est, selon toutes les définitions, un sociopathe souffrant d’un sévère trouble antisocial de la personnalité. Néanmoins, la cour a estimé qu’il connaissait la différence entre le bien et le mal ; il ne pouvait pas être considéré comme fou et pouvait donc être jugé », a rapporté Iceland Magazine en 2015, durant l’affaire Thordarson des abus sur enfants.

Tout cela était de notoriété publique lorsque le gouvernement étatsunien a monté son dossier pour extrader Julian Assange vers l’Amérique et le juger en vertu du Patriot Act pour une activité journalistique qui a révélé des crimes de guerre étatsuniens ; c’est un chef d’accusation pour lequel Assange est toujours enfermé à la prison de Belmarsh en attendant que Washington fasse appel du refus de la demande d’extradition par un tribunal britannique. Et maintenant, nous savons avec certitude que l’odieux personnage, dont le témoignage a servi de base à une grande partie de ces poursuites, a menti.

« Les autorités étatsuniennes ont présenté une version actualisée d’un acte d’accusation à son encontre devant un tribunal de première instance de Londres, l’été dernier », explique Stundin. « La véracité des informations qu’il contient est maintenant directement contredite par le témoin principal, dont le témoignage est à la base. »

Ce que cela signifie, c’est que les États-Unis avaient décidé d’ajouter d’autres accusations à leur précédent réquisitoire parce que l’inculpation d’un journaliste pour des pratiques journalistiques classiques était trop faible en soi ; et maintenant cette décision s’est retournée contre eux.

Les auteurs de l’article expliquent que, contrairement aux affirmations de cet acte d’accusation, « Thordarson avoue maintenant à Stundin qu’Assange ne lui a jamais demandé de pirater ou d’accéder à des enregistrements téléphoniques de députés » et « admet en outre que l’affirmation selon laquelle Assange lui aurait demandé d’accéder à des ordinateurs afin de trouver de tels enregistrements est fausse ».

Le témoignage de Thordarson a été largement cité par la magistrate britannique Vanessa Baraitser lorsqu’elle a rendu son jugement sur la demande d’extradition qui fait actuellement l’objet d’un appel ; et cela paraît bien ridicule maintenant que nous savons que c’était truqué. Son jugement reprend l’affirmation de l’accusation selon laquelle Assange « a demandé à Teenager [code pour Thordarson] de pirater des ordinateurs pour obtenir des informations, y compris des enregistrements audio de conversations téléphoniques entre de hauts fonctionnaires, dont des membres du Parlement » ; mais, Thordarson s’est maintenant rétracté.

Alors que sur le jugement de la demande d’extradition on peut lire qu’« Il est allégué que MM. Assange et Teenager ont échoué dans une tentative conjointe de décryptage d’un fichier volé dans une banque du “pays 1 de l’OTAN” [code pour l’Islande] », Thordarson a déclaré à Stundin qu’« en fait, cela fait référence à un événement largement médiatisé au cours duquel un fichier crypté a été divulgué à partir d’une banque islandaise et était supposé contenir des informations sur des prêts non remboursés accordés par la Landsbanki islandaise » ; de plus, « rien n’étaye l’affirmation selon laquelle ce fichier aurait été “volé”, à proprement parler, car on suppose qu’il a été diffusé par des lanceurs d’alerte au sein même de la banque en faillite ».

Alors que le jugement réitère l’affirmation selon laquelle Assange « a exploité l’accès non autorisé qui lui a été fourni par une source, ceci pour accéder à un site web gouvernemental du pays 1 de l’OTAN utilisé pour suivre les véhicules de police », Thordarson a déclaré à Stundin que « Assange n’a jamais demandé un tel accès. »

Ces révélations sont tout à fait accablantes.

« C’est la fin de l’affaire qui vise Julian Assange », a tweeté le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden, ajoutant : « Si Biden persiste à demander l’extradition d’un éditeur sous le coup d’une mise en accusation entachée de bout en bout par un faux témoignage reconnu par son propre témoin vedette, les dommages causés à la réputation des États-Unis en matière de liberté de la presse dureraient toute une génération. C’est inévitable. »

« Il est maintenant temps d’ouvrir une enquête internationale sur la façon dont la Suède, le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Équateur et l’Australie ont traité l’affaire Julian Assange. Ma FOIA fournit des preuves que rien n’est normal dans cette affaire », a tweeté la journaliste d’investigation Stefania Maurizi.

Cela en dit long sur le fait que le gouvernement le plus puissant du monde, avec toutes les ressources quasiment illimitées dont il dispose, ait eu besoin de bâtir son dossier contre Assange sur le faux témoignage d’un sociopathe diagnostiqué et d’un pédophile condamné. Voilà à quel point leur dossier, contre un journaliste dont le seul « crime » était de dire la vérité sur les puissants, était solide.

Et ce, après que nous ayons appris qu’Assange et ses avocats ont été espionnés par la CIA, qu’il a été torturé, que son emprisonnement de facto de sept ans avant son séjour de deux ans à Belmarsh était une détention arbitraire et injuste dès le départ, et que le prétexte pour le garder là était lui-même fallacieux.

C’est une farce. Le fait que cet homme reste derrière les barreaux est un scandale.

Jullian Assange, les révélations de Stundin et le black-out des médias grand public
par Caitlin Johnstone

 

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