La force qui a mis fin à la liberté

La force qui a mis fin à la liberté

Par Eric Zuesse

Julian Assange Démocratie Impérialisme Répression Dissidence Propagande Géopolitique
États-Unis Équateur
Article
Traduit de l’anglais par EDBLangue originale : anglais


Chaque empire est une dictature. Aucune nation ne peut être une démocratie si elle est à la tête d’un empire ou si elle est elle-même un État vassal. De toute évidence, pour être un État vassal au sein d’un empire, la nation doit être sous tutelle du pays dont elle est une colonie.

Même les habitants du pays colonisateur ne peuvent être libres et vivre dans une démocratie, car leur contribution est nécessaire pour imposer une force d’occupation à la colonie ou à la nation vassale. C’est un fardeau important que portent les « citoyens », ou plutôt les sujets de la nation impériale.

Par le biais de leurs impôts, ils doivent financer cette force d’occupation avec une mesure suffisamment efficace pour que toute résistance de la part des habitants des colonies puisse être jugulée.

Chaque empire est imposé ; aucun n’est vraiment volontaire. La conquête crée un empire, et l’usage constant de la force le maintient en place.

Chaque empire est une dictature, pas seulement à l’égard de ses populations étrangères (ce qui va sans dire, car sinon il ne pourrait y avoir d’empire), mais aussi à l’égard de sa propre population, à l’égard de ses propres sujets.

Tout empire a besoin de fabricants d’armes qui vendent au gouvernement, et pour qui les seuls marchés sont ce gouvernement impérial et ses nations vassales ou ses « alliés ».

En revanche, les pays « ennemis » sont ceux que le pouvoir impérial a inscrits sur une liste de priorités des nations qui restent encore à conquérir. Il y a deux raisons principales pour conquérir une nation.

L’une est d’être en mesure d’extraire du pétrole, de l’or ou tout autre produit de valeur issu de la colonie. L’autre est de contrôler la colonie afin de pouvoir utiliser ses terres comme un passage pour exporter, d’une nation vassale vers d’autres nations, les produits de cette nation vassale.

Le commerce international est la base de tout empire, et les milliardaires qui possèdent des blocs d’actions dans les entreprises internationales d’un pays en sont les véritables dirigeants, les bénéficiaires de l’empire, ceux qui reçoivent la richesse qui est soutirée aux colonies et aux sujets nationaux.

L’idée d’un empire est que les dirigeants de la nation impériale, son aristocratie, extraient des colonies les produits en imposant aux sujets nationaux le fardeau financier et militaire d’une dictature internationale imposée aux sujets étrangers.

Certains analystes affirment que, pour toute dictature donnée, il existe un « État profond » qui est constitué (de certains éléments indéfinis au sein) des services de renseignement, des forces armées et du corps diplomatique ; mais, en réalité, ces employés de l’État ne sont que des employés tout court, et non pas l’autorité gouvernementale réelle et responsable de cette dictature.

L’État profond actuel est toujours défini par les aristocrates eux-mêmes, les individus qui commandent la porte tournante entre « le secteur privé » (les entreprises de l’aristocratie) et le gouvernement.

Autrefois, beaucoup d’aristocrates étaient eux-mêmes des dirigeants officiels (la « noblesse »), mais ce n’est plus chose courante.

De nos jours, l’aristocratie, ce sont les individus qui possèdent le contrôle de blocs de titres dans des sociétés internationales (en particulier, des fabricants d’armes comme Lockheed Martin et BAE, car, les seuls marchés pour ces entreprises, ce sont leur gouvernement et ses vassaux ou ses « alliés ») ; et ces individus sont généralement les milliardaires de la nation, et, peut-être pour une petite partie, les centi-millionnaires.

Un petit nombre, typiquement moins de 100, de ces individus extrêmement riches sont les principaux donateurs des politiciens et des think tanks,1 ainsi que d’autres organismes à but non lucratif participant à l’élaboration des politiques du gouvernement national (ces organismes se trouvant être aussi des déductions fiscales pour leurs donateurs, et donc des drains fiscaux pour le grand public).

Bien sûr, ils sont également propriétaires et/ou annonceurs dans les médias de propagande qui vendent les points de vue fondamentaux ou les plus essentiels de l’aristocratie aux sujets de la nation, ceci afin de persuader ces électeurs de voter uniquement pour les candidats choisis par l’aristocratie et non pour les candidats qui s’opposent à l’aristocratie.

Ce petit nombre, principalement des milliardaires, c’est le véritable État profond — les patrons de la dictature, les bénéficiaires ultimes quel que soit l’empire.

Pour maintenir ce système, de dictature internationale ou d’empire, l’outil le plus essentiel est l’escroquerie, par l’aristocratie, de l’électorat.

La méthode de contrôle est la suivante : afin d’accéder au pouvoir, les agents achetés par l’État profond mentent au public sur ce que seront leurs politiques s’ils gagnent ; et, ensuite, une fois qu’ils ont gagné le pouvoir, ils font le contraire, qui est ce pour quoi ils ont toujours été payés.

Par conséquent, les élections ne sont pas “démocratiques”, mais ‘démocratiques’ : ce ne sont que de simples formalités démocratiques, sans la substance de la démocratie. Tous les candidats bien financés pour assurer les plus hautes fonctions sont en fait les représentants de l’État profond, et pratiquement aucun d’entre eux ne représente le public ; les électeurs ont été trompés et ont eu le choix entre deux candidats ou plus, dont aucun ne représentera le public s’il est élu.

Voici quelques exemples récents de ce système — le système impérial, la dictature internationale, en action :

Au cours de la campagne présidentielle de Donald Trump, celui-ci a déclaré :

« L’approche consistant à combattre Assad et l’État islamique simultanément était de la folie et de l’idiotie. Ils se battent l’un contre l’autre, et pourtant nous les combattons tous les deux. Vous savez, nous les combattions tous les deux. Je pense que notre problème, bien plus important qu’Assad, c’est l’État islamique, je l’ai toujours senti. Assad est, vous savez je ne dis pas qu’Assad est un bon gars, car il ne l’est pas, mais notre problème bien plus grave n’est pas Assad, c’est l’État islamique… Je pense que vous ne pouvez pas vous battre contre deux personnes qui se battent entre elles, et les combattre les deux en même temps. Vous devez choisir l’une ou l’autre. »

Assad est allié à la Russie contre les Saoud (qui sont les principaux alliés de l’aristocratie américaine), de sorte que les États-Unis (en accord avec une politique que George Herbert Walker Bush a initiée le 24 février 1990 et qui a été appliquée par tous les présidents qui ont suivi) étaient déterminés à renverser Assad ; mais, Trump a déclaré qu’il était fermement opposé à cette politique.

Des mois auparavant, Trump avait déclaré :

« Je pense qu’Assad est un mauvais gars, un très mauvais gars, d’accord ? Beaucoup de gens ont été tués. Je pense que nous soutenons des gens sans avoir aucune idée de qui ils sont. Les rebelles, nous les appelons les rebelles, les rebelles patriotiques. Nous n’en avons aucune idée. Beaucoup de gens pensent, Hugh, qu’ils sont l’État Islamique. Nous ne devons faire qu’une chose à la fois. Nous ne pouvons pas combattre l’État Islamique et Assad. Assad se bat contre l’État Islamique. Il se bat contre l’État Islamique. La Russie combat maintenant l’État Islamique. Et l’Iran combat l’État islamique.

Nous ne devons faire qu’une chose à la fois. Nous ne pouvons pas y aller — et j’ai regardé Lindsey Graham, il dit, je suis ici depuis 10 ans à me battre. Eh bien, il restera là avec cette façon de penser pendant encore 50 ans. Il ne pourra pas résoudre le problème. Nous devons d’abord nous débarrasser de l’État Islamique. Une fois que nous nous serons débarrassés de l’État Islamique, nous commencerons à y penser. Mais nous ne pouvons pas nous battre contre Assad. Et quand vous vous battez contre Assad, vous combattez la Russie, vous combattez — vous combattez beaucoup de groupes différents. Mais nous ne pouvons pas nous battre contre tout le monde en même temps. »

Dans ce même débat (le 15 décembre 2015), il a également déclaré :

« À mon avis, nous avons dépensé 4 trillions de dollars pour tenter de renverser plein de gens qui, franchement, s’ils étaient là et si nous avions pu dépenser ces 4 trillions aux États-Unis pour réparer nos routes, nos ponts et régler tous les autres problèmes ; nos aéroports et tous les autres problèmes que nous avions, nous aurions été beaucoup mieux.

Je peux vous le dire maintenant. Nous avons rendu un très mauvais service, non seulement au Moyen-Orient, mais aussi à l’humanité. Les gens qui ont été tués, ceux qui ont disparu, et pour quoi faire ?

Ce n’est pas comme si nous avions eu la victoire. C’est le bordel. Le Moyen-Orient est totalement déstabilisé. Un désordre total et complet. J’aimerais que nous ayons les 4 ou 5 trillions de dollars. J’aimerais que l’argent soit dépensé ici aux États-Unis, dans nos écoles, nos hôpitaux, nos routes, nos aéroports et tout ce qui tombe en ruine. »

A-t-il fait ça ? Non. A-t-il plutôt intensifié ce que Obama avait essayé de faire en Syrie — renverser Assad — oui.

En tant que président des États-Unis, après avoir remporté la campagne présidentielle de 2016, Trump a-t-il donné suite à ses critiques contre le super-faucon, le néoconservateur, le sénateur républicain Lindsey Graham ? Non. S’est-il à la place entouré précisément de ces super-faucons, de ces néoconservateurs ? Oui.

At-il intensifié les efforts pour renverser Assad comme l’avaient préconisé Graham et les autres ? Oui. La guerre américaine contre la Syrie a-t-elle réussi ? Non. A-t-il constamment menti aux électeurs ? Oui, sans l’ombre d’un doute.

Cela devrait-il être un motif de mise en accusation ? Une question préalable à celle-ci est en fait : un président comme Mike Pence serait-il différent ou peut-être même pire que Trump ? Oui.

Alors : qu’obtiendrait-on en démettant Trump de ses fonctions ? Peut-être que cela ne ferait qu’empirer les choses. Mais dans quelle mesure le Sénat américain serait-il susceptible de démettre Trump de ses fonctions si la Chambre des représentants le destituait ?

Les deux tiers du Sénat des États-Unis devraient voter pour qu’un président puisse être démis de ses fonctions après avoir été destitué par la Chambre. La majorité des sénateurs américains, 53, sont républicains.

Si seulement 33 d’entre eux votent pour ne pas le condamner, alors Trump restera. Pour démettre le président de ses fonctions, il faudrait non seulement que les 47 démocrates et indépendants votent tous pour le condamner, mais aussi que 20 des 53 républicains se joignent à eux. C’est presque 40 % des sénateurs républicains. Quelle est la probabilité pour que cela arrive ? C’est presque impossible.

Que penseraient leurs électeurs qui les ont élus chez eux d’une telle chose ? Dans quelle mesure ces sénateurs risqueraient-ils leurs réélections face à des contestations qui les destitueraient de leurs fonctions ? Est-ce que 20 des 53 sénateurs seraient susceptibles de prendre ce risque personnel ?

Alors, pourquoi tant de démocrates dans cette Assemblée insistent-ils pour que Trump soit destitué puisque, même si cela pouvait réussir, le faire sortir de la Maison Blanche de cette manière est pratiquement impossible et ne ferait qu’installer un président Pence ? Cette initiative du Parti démocrate est-elle autre chose qu’un théâtre politique fallacieux, qui ment à ses propres électeurs crédules, avec seulement des imposteurs qui manipulent les votants pour qu’ils votent pour eux au lieu de voter pour ceux qui les servent vraiment ?

Est-ce que c’est ça la démocratie, maintenant : un théâtre politique fallacieux ? Est-ce cela la “démocratie” ? Les électeurs américains sont piégés par des menteurs, alors c’est plutôt et seulement de la ‘démocratie’. C’est juste la nouvelle forme de dictature. Mais c’est en fait aussi ancien que n’importe quel empire.

Il n’y a là rien de nouveau — sauf une chose : le régime américain vise à être l’ultime, le dernier, l’irrévocable empire, le souverain du monde entier ; ainsi, il essaie, de façon particulièrement acharnée, « de défendre la liberté, la démocratie et les droits humains à travers le monde » comme pourrait le dire Big Brother.

Le prédécesseur démocrate de Trump, Barack Obama, était tout aussi mauvais et tout aussi peu sincère que Trump ; il était seulement un menteur beaucoup plus habile qui a trompé ses électeurs en leur faisant croire qu’il allait lutter contre la corruption, travailler pour améliorer les relations avec la Russie, offrir une option publique dans son régime d’assurance maladie, et par ailleurs travailler à réduire les inégalités économiques, à améliorer la situation économique des Américains défavorisés et à poursuivre des banquiers voyous.

Il a abandonné chacun de ces objectifs annoncés dès qu’il a gagné contre John McCain, le 4 novembre 2008, et encore plus quand il a battu Mitt Romney en 2012. Et certaines de ces promesses ne sont-elles pas les mêmes que celles que le candidat Trump avait aussi défendues, puis abandonnées dès qu’il a été choisi/élu ?

La menace pour l’empire

Les combattants héroïques pour la liberté de tous dans le monde sont les lanceurs d’alerte qui informent le public de la corruption et du mal qu’ils voient perpétrés par leurs supérieurs, leurs patrons et par des personnes rémunérées avec de l’argent public, ou gagnant autrement un revenu supplémentaire en vertu du fait qu’ils ont été choisis par le gouvernement pour devenir des contractants gouvernementaux destinés à remplir une fonction prétendument publique.

Tous les menteurs qui ont du pouvoir détestent les lanceurs d’alerte et veulent faire des exemples spéciaux de n’importe quelle partie de la presse qui publie les vérités, les faits, les documents volés. Ces documents sont volés parce que c’est la seule façon pour qu’ils deviennent publics, et donc connus des électeurs afin que ceux-ci puissent voter sur la base de vérités comme dans une démocratie, au lieu d’être trompés comme dans une dictature.

Même si la vérité est volée aux menteurs, au lieu d’être gardée secrète (« confidentielle ») chez ces derniers, les lanceurs d’alerte font-ils quelque chose de mal en volant cette vérité ? Ou, au contraire, les lanceurs d’alerte sont-ils des héros : sont-ils les véritables gardiens de la démocratie et du mur pas très épais et fragile qui sépare la démocratie de la dictature ?

Ce sont ceux-là : ce sont les héros. Malheureusement, la grande majorité de ces héros sont également des martyrs — les martyrs de la vérité contre les mensonges. Toute dictature cherche à détruire ses lanceurs d’alerte. C’est parce que tout lanceur d’alerte constitue une menace pour Le Système — le système de contrôle.

Dans toute l’histoire des États-Unis, les deux présidents qui ont poursuivi les lanceurs d’alerte et leurs éditeurs sans relâche ont été Trump et Obama. Le public est trompé en pensant que c’est pour des raisons de « sécurité nationale » et non pour cacher les crimes et la criminalité du gouvernement.

Cependant, aucun des nombreux candidats à la présidence du Parti démocrate ne présente cette question des nombreux crimes et mensonges incessants du gouvernement américain comme étant l’élément central qui doit être condamné par-dessus tout le reste, et comme constituant une « trahison ». Aucun d’entre eux ne propose de projet de loi disant que c’est de la trahison, contre le public — contre la nation.

Toute aristocratie essaie de tromper son public dans le but de le contrôler ; et chacune utilise la règle du « diviser pour régner » pour y arriver.

Mais il ne s’agit pas seulement de diviser le public en montant les gens les uns contre les autres (comme entre républicains et démocrates, qui sont en fait tous les deux contrôlés par l’aristocratie), mais aussi de diviser les nations, comme entre « alliés » et « ennemis » - même lorsqu’un « ennemi » donné (comme l’Irak en 2003) n’a jamais menacé, ni envahi, les États-Unis (ou quel que soit ce que pourrait être le « nous » impérial), et ceci était donc clairement une guerre d’agression et un crime de guerre international, bien qu’impuni en tant que tel.

Le public doit craindre et haïr un « ennemi » qui est « l’autre » ou « l’étranger », de sorte qu’il ne craigne pas ni ne haïsse l’aristocratie elle-même — la véritable source (et la gagnante) de l’exploitation systémique du public.

Le summum du totalitarisme du régime états-unien réside dans la persécution incessante de Julian Assange, qui est le plus grand lanceur d’alerte, le meilleur protecteur des lanceurs d’alerte, l’éditeur le plus sûr pour les preuves que ceux-ci dérobent à leurs employeurs et au gouvernement qui les emploie.

Il cache l’identité des lanceurs d’alerte au péril même de sa vie. À l’heure actuelle, le régime états-unien atteint la folie furieuse et transgresse non seulement les lois américaines, mais aussi la Constitution des États-Unis, de manière à imposer sa volonté contre Assange. Le président Trump est soutenu dans ses efforts par le Congrès américain corrompu pour, soit mettre fin à la vie d’Assange, soit enfermer celui-ci dans un cachot pour le restant de sa vie, sans communication avec le monde extérieur, jusqu’à ce qu’il meure enfin, dans l’isolement, en représailles à son combat héroïque de la dernière chance pour la liberté du public et pour la démocratie - en fait, en représailles à son combat contre notre régime façon 1984.

Ce que Jésus de Nazareth était localement pour le régime romain dans sa région, Assange l’est pour le régime américain à travers le monde entier : un exemple pour terrifier quiconque pourrait vraiment défier l’autorité de l’Empereur.

Un pays clé dans cette opération est l’Équateur, gouverné par le dictateur Lénine Moreno qui a volé le pouvoir en mentant au public et en prétendant être un progressiste qui a soutenu son prédécesseur démocratiquement élu, Rafael Correa ; mais, dès qu’il a pris le pouvoir, il a annulé les mesures progressistes de Correa et, par-dessus tout, la protection d’Assange qui avait cherché refuge à l’ambassade d’Équateur à Londres.

Le 11 avril 2019, RT titrait « Qui est Lenin Moreno et pourquoi a-t-il remis Assange à la police britannique ? » et rapportait que :

À la suite de son élection de 2017, après son entrée en fonction, Moreno s’est rapidement éloigné de son programme électoral. Il a annulé plusieurs mesures législatives clés adoptées par son prédécesseur et qui ciblaient les riches et les banques. Il a également inversé une décision référendaire sur la réélection illimitée tout en bloquant simultanément toute possibilité pour Correa de revenir.

Par l’intermédiaire du conseil de la CPCCS-T qui dispose de pouvoirs supra-constitutionnels, il a effectivement purgé de nombreuses nominations de Correa à des postes clés au sein de la justice et au Conseil National Électoral de l’Équateur.

Moreno s’est également rapproché des États-Unis avec lesquels l’Équateur entretenait des relations tendues sous Correa. À la suite d’une visite du vice-président Mike Pence en juin 2018, l’Équateur a renforcé sa coopération en matière de sécurité avec les États-Unis, notamment par le biais d’importantes transactions d’armes, d’exercices de formation et de partage de renseignements.

Après l’arrestation d’Assange, Correa, qui avait accordé l’asile au lanceur d’alerte, a décrit Moreno comme « le plus grand traître de l’histoire équatorienne et latino-américaine » en disant qu’il était coupable d’un « crime que l’humanité n’oubliera jamais ».

Malgré son pouvoir et son influence écrasants, Moreno et sa famille font toutefois l’objet d’une vaste enquête sur la corruption dans le pays, alors qu’il fait face à des accusations de blanchiment d’argent dans des comptes offshore et des sociétés-écrans au Panama, incluant l’INA Investment Corp qui appartient au frère de Moreno.

Des images accablantes, prétendument piratées sur le téléphone de Moreno, ont irrémédiablement entaché ses tentatives de s’affirmer en champion de la lutte anticorruption, au même titre que ses relations avec Assange qu’il a accusé de coordonner les efforts de piratage.

Le 14 avril 2019, Denis Rogatyuk, pour The Gray Zone, titrait : « Vendu : Comment la corruption, la fraude électorale et le néolibéralisme ont poussé Lenin de l’Équateur à abandonner Assange. Prêt à tout pour attirer les bonnes grâces de Washington sur son gouvernement et détourner l’attention du public de ses scandales grandissants, le président équatorien Lenin Moreno a sacrifié Julian Assange — et l’indépendance du pays », et il a décrit une partie de la documentation relative aux accusations selon lesquelles Moreno est corrompu.

Le 12 avril 2019, Zero Hedge titrait « Facebook retire la page de l’ancien président équatorien le jour même de l’arrestation d’Assange », et introduisait : « Facebook a dépublié la page de l’ancien président de l’Équateur, Rafael Correa ; le géant des médias sociaux l’a confirmé jeudi, prétendant que le leader populaire de gauche a violé les politiques de sécurité de l’entreprise ».

Le 16 avril 2019, Jonathan Turley titrait « “Il est notre propriété” : L’establishment de Washington attend avec joie et rancune », et a commencé :

Ils vont punir Assange pour leurs péchés

La stratégie pour poursuivre Assange a toujours été de le punir sans embarrasser à nouveau les puissants qui ont été ridiculisés par ses révélations. Cela signifie de l’empêcher d’évoquer la manière dont le gouvernement américain a dissimulé des crimes de guerre présumés et d’énormes pertes civiles, le type de révélations qui ont été faites dans la célèbre affaire des Pentagon Papers. Il ne peut pas expliquer comment les députés démocrates et républicains ont été soit complices soit incompétents dans leur surveillance. Il ne peut pas débattre de la façon dont on a menti au public à propos du programme.

Un aperçu de ce cadre artificiel nous a été présenté dans les minutes qui ont suivi l’arrestation. CNN a fait appel à son analyste de la sécurité nationale, James Clapper, ancien directeur du renseignement national. CNN n’a jamais mentionné que Clapper avait été accusé de parjure en niant l’existence du programme de surveillance de l’Agence de sécurité nationale et qu’il avait été personnellement impliqué dans le scandale déclenché par WikiLeaks.

Clapper a été interrogé directement devant le Congrès : « La NSA collecte-t-elle des données de n’importe quel type sur des millions ou des centaines de millions d’Américains ? »

Clapper répondit : « Non, monsieur. … Pas délibérément. » Plus tard, Clapper a dit que son témoignage était « la déclaration la moins mensongère » qu’il pouvait faire.

Cela reste un mensonge, bien sûr, mais c’est Washington, et des gens comme Clapper sont intouchables.

Aux yeux de l’establishment, Assange est le problème.

Le 11 avril 2019, l’organisation de sondage YouGov titrait « 53 % des Américains disent que Julian Assange devrait être extradé vers l’Amérique ».

Le 13 avril 2019, j’ai titré « Ce que l’opinion publique sur Assange nous dit de l’orientation du gouvernement des États-Unis », et j’ai rendu compte du seul sondage international qui ait jamais été fait sur Assange. Ses conclusions ont démontré que, sur 23 nations qui ont été interrogées, les États-Unis étaient la seule où le public était anti-Assange et que la différence entre ce pays et tous les autres était énorme et frappante. Le rapport s’ouvrait ainsi :

Le seul sondage approfondi de l’opinion publique concernant Julian Assange ou Wikileaks a été réalisé le 26 avril 2011 par Reuters/Ipsos, « Julian Assange de WikiLeaks n’est pas un criminel : un sondage international », et il a concerné un échantillon d’environ un millier d’individus dans chacun des 23 pays — un total de 18 829 personnes interrogées.

Le reportage de Reuters était vague et n’était lié à aucune présentation détaillée des résultats du sondage, mais il disait que « les personnes interrogées aux États-Unis avaient une opinion beaucoup plus critique » contre Wikileaks que dans tout autre pays, et que le point de vue des Américains était 69 % « croyant qu’Assange devrait être inculpé et 61 % s’opposant à la mission de WikiLeaks ». Enfouie ailleurs sur le Web, voici la présentation détaillée des résultats d’Ipsos dans ce sondage :

Hostile à Wikileaks :
      61 % États-Unis
      38 % Royaume-Uni
      33 % Canada
      32 % Pologne
      32 % Belgique
      31 % Arabie Saoudite
      30 % Japon
      30 % France
      27 % Indonésie
      26 % Italie
      25 % Allemagne
      24 % Suède
      24 % Australie
      22 % Hongrie
      22 % Brésil
      21 % Turquie
      21 % Corée du Sud
      16 % Mexique
      16 % Argentine
      15 % Espagne
      15 % Russie
      15 % Inde
      12 % Afrique du Sud

Les États-Unis sont-ils une démocratie si le régime parvient à contrôler l’esprit de ses citoyens de manière à les rendre hostiles au plus puissant combattant pour leur liberté et leur démocratie ?

Le 13 avril 2019, washingtonsblog titrait « 4 mythes concernant Julian Assange DÉMYSTIFIÉS »,2 et voici l’un d’entre eux :

Mythe n°2 : Assange obtiendra un procès équitable aux États-Unis

John Kiriakou, agent de la CIA depuis 14 ans, note : Assange a été inculpé dans le District Est de Virginie — le soi-disant « Tribunal de l’Espionnage ». C’est exactement ce que beaucoup d’entre nous ont craint. Rappelez-vous qu’aucun défenseur de la sécurité nationale n’a jamais été déclaré non coupable dans le district Est de la Virginie. Le district de l’Est est également connu sous le nom de « rocket docket »3 en raison de la rapidité avec laquelle les affaires sont entendues et tranchées. Vous n’êtes pas prêt à vous défendre ? Besoin de plus de temps ? Vous n’avez pas encore tous les résultats de vos investigations ? Pas de chance. On se voit au tribunal.

… J’ai prédit depuis longtemps qu’Assange serait confronté à la juge Leonie Brinkema s’il était accusé dans le district de l’Est. Brinkema s’est occupée de mon affaire, ainsi que de celle du lanceur d’alerte de la CIA Jeffrey Sterling. Elle s’est également réservé l’affaire d’Ed Snowden. Brinkema est une juge de la pendaison.

Le 20 mai 2019, l’ancien ambassadeur britannique Craig Murray (qui avait démissionné, ce qui lui permettait de dénoncer la situation) titrait « L’étape manquante » et affirmait que la seule chance qu’a maintenant Assange est que la Suède refuse d’extrader le lanceur d’alerte vers les États-Unis dans l’éventualité où la Grande-Bretagne accepte la demande suédoise de l’extrader vers la Suède au lieu des États-Unis (la décision à ce sujet sera probablement prise maintenant par l’agent américain Boris Johnson plutôt que par l’habituelle tory, Theresa May.)

Comment peut-on raisonnablement nier que les États-Unis sont en réalité (mais pas nominalement) une dictature ? Tous ses alliés sont, de ce fait, des nations vassales dans son empire. Cela signifie l’acquiescement (si ce n’est l’adhésion) à certains des fréquents coups d’État et invasions du régime américain ; et cela signifie qu’ils contribuent à étendre le contrôle du régime américain au-delà d’eux-mêmes, pour inclure d’autres pays.

Cela réduit la liberté et la démocratie à travers le monde ; cela propage la dictature américaine à l’échelle internationale. C’est ce qui est néfaste dans ce qu’on appelle en Amérique le « néoconservatisme » et dans d’autres pays simplement l’« impérialisme ». Sous le règne américain, c’est maintenant une malédiction qui se répand, un fléau politique, pour les peuples du monde entier. Même un lanceur d’alerte américain au sujet de l’Ukraine et qui vit dans l’ancienne Ukraine est pris pour cible par le régime américain.

C’est ainsi que la liberté de tous est gravement menacée par l’empire américain — l’empire le plus sournois que le monde ait jamais connu. Les martyrs à ses mensonges sont les canaris dans sa mine de charbon. Ils sont les premiers à être éliminés.

En examinant à nouveau cette liste classée par ordre d’importance de 23 pays, on constate que les États-Unis et huit de leurs principaux alliés (ou pays vassaux) sont dans l’ordre : les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la Pologne, la Belgique, l’Arabie Saoudite, le Japon, la France, l’Indonésie. Ce sont des pays où les sujets sont déjà bien contrôlés par l’empire. Ils sont déjà vassaux, et sont donc décrétés comme étant « alliés ».

À l’opposé, en commençant par le régime le plus antiaméricain, on trouve : l’Afrique du Sud, l’Inde, la Russie, l’Espagne, l’Argentine, le Mexique, la Corée du Sud et la Turquie. Ce sont des pays où les sujets ne sont pas encore bien contrôlés par l’empire, même si le gouvernement actuel de certains d’entre eux essaie de changer l’esprit de ses sujets pour que le pays accepte la domination américaine.

Partout où les sujets rejettent la domination américaine, il existe une forte chance que la nation figure sur la liste des « ennemis » du régime américain. Par conséquent, là où les habitants s’opposent le plus à la domination américaine, la probabilité d’un coup d’État ou d’une invasion américaine n’est pas négligeable.

La première étape vers un coup d’État ou une invasion est l’imposition de sanctions contre la nation. Toute nation qui y est déjà soumise est donc déjà en danger. Tout pays qui refuse de coopérer avec les sanctions en cours du régime américain — par exemple contre le commerce avec la Russie, la Chine, l’Iran ou le Venezuela — risque de devenir lui-même une nation sanctionnée par les États-Unis, et donc officiellement un « ennemi ».

Et c’est pourquoi la liberté et la démocratie prennent fin.

À moins et jusqu’à ce que le régime américain lui-même soit conquis — soit par une deuxième Révolution américaine réussie (celle qui élimine l’aristocratie nationale au lieu d’éliminer l’aristocratie étrangère), soit par une Troisième Guerre mondiale dans laquelle le régime américain sera détruit encore plus durement que ne le sera l’alliance adverse —, l’actuel empire insatiable sera toujours en guerre pour imposer sa dictature à tout le monde sur cette planète.

Source : article traduit et publié sur le site web En dehors de la boîte
https://www.endehorsdelaboite.com/fr/articles/la-force-qui-a-mis-fin-a-la-liberte


Source de l’illustration d’en-tête : ISO Republic
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  1. La traduction officielle de think tank est groupe de réflexion. Cependant, le terme anglais est également utilisé en français, et nous pensons qu’il est plus percutant et évoque mieux, auprès du lecteur habitué, un groupe de réflexion influent idéologiquement et politiquement. (NdT) 

  2. DEBUNKED dans le texte original, terme quelquefois utilisé en français en tant qu’anglicisme (DEBUNKÉ). (NdT) 

  3. Littéralement, l’expression peut être traduite par « bordereau missile ». Elle désigne un tribunal réputé pour la rapidité avec laquelle il règle les affaires et les controverses qui lui sont soumises, souvent en respectant strictement la loi en ce qui a trait aux délais de dépôt, etc. (NdT)