L’« agression chinoise » n’est que la réponse de la Chine à l’agression des États-Unis

L’« agression chinoise »
n’est que la réponse de la Chine
à l’agression des États‑Unis

Par Caitlin Johnstone

Ouïghours Ingérence Impérialisme Guerre Géopolitique Propagande Médias
Chine Taïwan Hong-Kong États-Unis Occident
Article

Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


C’est une journée particulièrement débile pour la propagande anti-chinoise. L’administration Biden a imposé des restrictions commerciales à 34 institutions chinoises sur la base d’une allégation infondée selon laquelle le pays développerait des « armes de contrôle du cerveau », une affirmation que les médias de masse se sont tous fait un plaisir de relayer sans aucun esprit critique auprès du public. Entre cela et les reportages ridicules à propos des pistolets à rayons russes du syndrome de La Havane, on dirait qu’ils essaient littéralement de nous faire porter à tous des chapeaux en aluminium.1

Et puis il y a l’invité de Tucker Carlson qui vient de déclarer à l’audience massive de l’émission que l’armée des États-Unis doit être remplie « d’hommes de type A2 qui veulent s’asseoir sur un trône de crânes chinois ». Il est très inquiétant de voir à quel point les médias parlent de la guerre avec la Chine comme s’il s’agissait d’une fatalité, ces derniers temps, presque comme s’ils s’efforçaient de normaliser cette idée effroyable.

Il y a aussi ce nouvel article pour The Hill, intitulé de façon hilarante « Les alliés de la Chine et de la Russie se liguent contre l’Amérique », évoquant comment le pauvre petit empire des États-Unis est malmené par la collaboration de plus en plus étroite entre le vieux Xi et Poutine. Il est écrit par Gordon Chang, qui prédit à tort l’effondrement imminent de la Chine depuis des décennies, et est tout simplement absurde, car l’alignement Moscou-Pékin n’est en réalité rien d’autre que la conséquence naturelle de deux nations constatant la nécessité de travailler ensemble contre la structure de pouvoir planétaire qui tente de les intimider pour les soumettre.

Le budget militaire des États-Unis a une fois de plus augmenté, bien que le pays ait mis fin à une guerre cette année et qu’il ne soit confronté à aucune menace réelle de la part d’une quelconque nation sur ses côtes si facilement défendues. Cette augmentation a été largement justifiée par la nécessité de « contrer la Chine » et comprend des milliards de dollars de financement pour la construction en cours de systèmes de missiles à longue portée sur la première chaîne d’îles proche du continent chinois, explicitement dans le but de menacer la Chine. Il suffit d’imaginer ce qui se passerait si la Chine commençait à construire une chaîne de systèmes de missiles à longue portée au large des côtes étatsuniennes pour comprendre qui est le véritable agresseur entre ces deux puissances.

Brendan Karet : « Invité de Fox : “Nous n’avons pas besoin d’une armée qui soit favorable aux femmes, nous n’avons pas besoin d’une armée qui soit favorable aux homosexuels”, nous avons besoin “d’hommes de type A qui veulent s’asseoir sur un trône de crânes chinois”. »

En réalité, les inquiétudes de la classe politique et des médias occidentaux concernant les actions de la Chine, tant au niveau international qu’au niveau national, ont toujours porté sur les mesures prises par la Chine en réponse aux agressions des États-Unis et de leurs alliés. Ce type d’inquiétude est généralement présenté comme une opposition à des violations présumées des droits de l’homme et comme la nécessité de protéger les voisins de la Chine de « l’agression chinoise » ; mais en réalité, il sert à faciliter l’agenda visant à rendre la Chine plus faible et plus petite par tous les moyens nécessaires.

La source réelle des tensions entre les États-Unis et la Chine n’a jamais rien à voir avec les « droits de l’homme » ni la « protection » de qui que ce soit ; ce n’est qu’une couverture narrative plaquée sur l’agenda réel. La source véritable de ces tensions est toujours la suivante : il est dans l’intérêt de l’empire des États-Unis de rendre la Chine plus petite et plus faible, et il est dans l’intérêt de la Chine d’être grande et forte. Les États-Unis ont décidé, après la chute de l’Union soviétique, d’empêcher l’émergence de toute autre superpuissance rivale, et tous les griefs que nous voyons diffusés à propos des prétendus abus chinois ne sont en fait que des justifications pour des agressions visant à saper, subvertir, menacer, manipuler et balkaniser la Chine pour la rendre plus faible et plus petite.

Presque tout ce qui est reproché à la Chine par les médias impériaux est en fait une réponse aux agressions occidentales, qu’il s’agisse du Xinjiang, de Hong Kong, de Taïwan, des litiges territoriaux sur les frontières ou les eaux océaniques, ou de l’autoritarisme intérieur. Les États-Unis sont toujours les agresseurs, et la Chine répond toujours de manière défensive à ces agressions.

Seul un crétin absolu pourrait croire que les États-Unis et leurs alliés se soucient réellement des musulmans du Xinjiang, alors qu’ils viennent de passer les deux dernières décennies à massacrer des musulmans par millions dans leurs guerres d’agression de l’après 11 septembre. Les récits de propagande se concentrent sur les droits de l’homme, mais la véritable raison est que le Xinjiang est une région très précieuse sur le plan géostratégique que l’impérialisme US gagnerait à arracher à la Chine, et que Pékin gagnerait à conserver. Prenez cet extrait d’un article de 2017 de SBS sur l’initiative chinoise Ceinture et Route (Belt and Road initiative / BRI) pour illustrer le propos :

« La création d’une route terrestre reliant le Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine, au port en eau profonde de Gwadar, sur la mer d’Oman, en passant par le Pakistan, est un exemple d’un projet important de la BRI aux objectifs multiples. Des infrastructures d’une valeur de 54 milliards de dollars sont prévues sur ce tronçon, bien qu’une partie de la route traverse des territoires contestés par l’Inde et le Pakistan.

Cette route permet à la Chine d’accéder par voie terrestre à la mer d’Oman, de stimuler les investissements dans le Xinjiang et d’ouvrir une nouvelle route vers la Chine pour les importations d’énergie en provenance du Moyen-Orient — une route qui n’est pas vulnérable à la puissance maritime des États-Unis comme ses voies maritimes de la côte est. »

Ben Norton : « Cette carte en dit plus que n’importe quel article que vous verrez dans les médias corporatifs sur la raison pour laquelle les pays impérialistes occidentaux (qui ont passé des décennies à tuer des musulmans) prétendent soudainement se soucier des ouïghours du Xinjiang, en Chine.
Ils veulent briser la Chine et stopper son initiative Ceinture et Route. »

Lorsque les groupes séparatistes ouïghours ont commencé à perpétrer des actes de terrorisme dans le but de chasser le gouvernement chinois du Xinjiang et de créer leur propre État, Pékin avait essentiellement trois choix :

  1. S’engager dans une campagne de massacre militaire à la mode étatsunienne contre ces groupes jusqu’à ce qu’ils soient vaincus,
  2. Laisser un violent soulèvement de ce qui deviendrait inévitablement des djihadistes soutenus par l’Occident, comme on a pu le voir en Libye et en Syrie, dans le but de dépecer une partie géostratégique cruciale de la Chine pour que les États-Unis et leurs alliés puissent l’exploiter, ou bien
  3. Trouver une alternative aux options 1 et 2.

Pékin a choisi la troisième option, et l’alternative qu’elle a trouvée est la campagne agressive de déradicalisation qu’elle a fini par mettre en œuvre et les installations de rééducation pour lesquelles elle a été si largement critiquée. Cette mesure aurait certainement entraîné bon nombre des abus que l’on peut attendre d’une action policière à grande échelle et d’une escalade spectaculaire des politiques autoritaires, mais les accusations selon lesquelles elle constituait un « génocide » ont été solidement discréditées par des groupes de recherche indépendants et par des membres du public utilisant des informations accessibles à tous, tandis que les allégations d’abus les plus flagrantes se sont révélées sujettes à manipulation et truffées d’importantes lacunes.

Vous pouvez critiquer Pékin pour la manière dont il a abordé son dilemme au Xinjiang autant que vous voulez, mais il est clair que son approche était universellement moins draconienne que celle des États-Unis, qui ont tué des millions de personnes et en ont déplacé des dizaines de millions dans leur « guerre contre le terrorisme » barbare. Et contrairement à la « guerre contre le terrorisme », l’approche de Pékin a réellement fonctionné, ce que même les médias occidentaux ont été contraints de reconnaître à contrecœur avec l’essor du tourisme au Xinjiang.

Rob : « J’aimerais penser qu’à l’avenir les gens seront peut-être un peu plus sceptiques face aux affirmations sensationnalistes à propos des droits de l’homme dans les pays officiellement ennemis, mais c’est probablement être optimiste ».
The Associated Press : « Les barbelés ont presque disparu. Les véhicules blindés de transport de troupes aussi. Les jeunes ouïghours sont de retour dans les rues. Pékin relâche son emprise sur le Xinjiang après une brutale campagne de détention massive, mais la peur reste omniprésente.
Terreur et tourisme : le Xinjiang relâche son emprise, mais la peur demeure»

L’Occident a compris depuis très, très longtemps qu’il doit garder la Chine faible et petite pour conserver sa suprématie. C’est pourquoi tant de récits tournent autour de la « libération » (balkanisation) de certaines parties de la Chine aux dépens de Pékin. Voici une citation de Winston Churchill datant d’il y a plus d’un siècle :

« Je pense que nous devrons prendre les Chinois en main et les réguler. Je crois qu’à mesure que les nations civilisées deviennent plus puissantes, elles deviennent plus impitoyables, et le moment viendra où le monde perdra patience à endurer l’existence de grandes nations barbares qui peuvent à tout moment s’armer et menacer les nations civilisées. Je crois en la partition définitive de la Chine — je dis bien définitive. J’espère que nous n’aurons pas à le faire de nos jours. La race aryenne est appelée à triompher. »

Ce schéma consistant à travailler à rendre la Chine plus faible et plus petite est le même avec Hong Kong, où les États-Unis travaillaient activement à faciliter la balkanisation de cette région avant que Pékin ne mette fin à ses opérations interventionnistes. Il en va de même pour Taïwan, qui a servi de mandataire aux États-Unis pendant des décennies, a abrité par le passé des armes nucléaires étatsuniennes, accueille actuellement des troupes US, fait l’objet d’une campagne de propagande occidentale étonnamment virulente et joue un rôle majeur dans les intérêts géostratégiques des États-Unis.

Il en va de même avec la militarisation de la mer de Chine méridionale. Xi Jinping avait proposé une démilitarisation mutuelle de la mer, mais Obama a préféré accroître les tensions avec le « pivot vers l’Asie », toujours en cours, qui a vu une augmentation continue de l’activité militaire des États-Unis et de leurs alliés dans la région. Comme l’a expliqué l’ancien président du Conseil de sécurité des Nations unies, Kishore Mahbubani, dans une interview accordée l’année dernière :

« Je cite un ancien ambassadeur américain en Chine, Stapleton Roy, qui m’a dit : “Kishore, lorsque Xi Jinping a proposé de démilitariser la mer de Chine méridionale, l’Amérique aurait dû saisir cette offre et accepter de mettre fin à toutes nos activités militaires dans cette région. Cela aurait poussé les Chinois vers la sortie”. Bien sûr, les Américains auraient été évincés aussi. Mais la mer de Chine méridionale est beaucoup plus importante pour la Chine que pour l’Amérique. Si l’Amérique se retire, l’armée chinoise se retire. Et c’est une victoire pour l’Amérique, non ? Au lieu de cela, la marine américaine a répondu en envoyant des navires de guerre. Alors Xi a dit : “D’accord. Vous rejetez mon offre. Qu’il en soit ainsi.” »

Il en va de même pour les politiques intérieures autoritaires pour lesquelles la Chine est fréquemment critiquée par le monde occidental. Nous avons appris dans un récent article de Bloomberg que les espions des États-Unis ont du mal à mener des opérations contre le gouvernement chinois, car ses politiques strictes rendent leur fonctionnement impossible.

« Les agents de la CIA en Chine sont confrontés à des défis de taille posés par l’État de surveillance en plein essor de la Chine, qui a recouvert les villes de caméras et utilise des logiciels de reconnaissance faciale sophistiqués pour traquer les menaces », affirment les auteurs de l’article.

Bloomberg explique que les mesures anticorruption de la Chine ont rendu beaucoup plus difficile le recrutement d’agents de la CIA : « La vaste campagne anticorruption de Xi, qui a sanctionné plus de 1,5 million de fonctionnaires, a également conduit à un examen plus minutieux des revenus des fonctionnaires chinois, rendant les paiements à des informateurs potentiels beaucoup plus problématiques, selon deux anciens fonctionnaires. »

« Ces efforts ont été largement détaillés en 2017 par le New York Times, qui a déclaré que pas moins d’une douzaine d’informateurs des États-Unis ont été exécutées par la Chine, avec d’autres emprisonnées, dans ce qui a représenté l’une des pires intrusions jamais commises dans les réseaux d’espionnage américains », note également l’article.

Comme l’a documenté John Pilger dans son prémonitoire « La guerre à venir contre la Chine », les États-Unis ont entouré la RPC de bases militaires et d’armements, construisant un « nœud coulant » autour de cette nation, qui comprend désormais les systèmes de missiles à longue portée susmentionnés, actuellement en construction sur la première chaîne d’îles. Si une puissance étrangère agissait de la sorte à l’encontre des États-Unis, cela serait considéré comme un acte de guerre, et la guerre serait déclarée immédiatement, mais il ne vient jamais à l’esprit des Occidentaux que la Chine pourrait être celle qui répond de manière défensive à un agresseur.

Cela ne signifie pas que la Chine est dirigée par d’innocents petits scouts qui ne font jamais rien de mal, mais simplement qu’elle n’est clairement pas l’agresseur dans ces conflits et que l’image qui nous est présentée dans la campagne frénétique de l’empire occidental pour manipuler l’opinion publique sur la Chine n’est pas fondée sur la réalité. La campagne de propagande est si omniprésente et si puissante que même les personnes conscientes de son existence se laissent souvent prendre au piège des mensonges et des déformations qu’elle véhicule, simplement parce qu’il y en a tellement qui viennent de tellement de directions différentes.

La campagne de propagande contre la Chine ne va pas disparaître ; elle va devenir beaucoup plus forte, plus folle et plus agressive. À chaque fois qu’un nouveau récit sensationnaliste est présenté, faites des recherches en ayant à l’esprit la question suivante : « Comment cela peut-il contribuer à rendre la Chine plus faible et plus petite ? » Vous y trouverez quelque chose à chaque fois.

Il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. Il n’y a aucune raison pour que les nations ne puissent pas collaborer entre elles pour le bien commun au lieu de gaspiller toute leur énergie et leurs ressources dans cette lutte insensée pour la conquête hégémonique des États-Unis. Le mot « détente » n’entre jamais dans le discours dominant parce qu’il ne sert pas les intérêts des impérialistes occidentaux qui nous gouvernent, mais il sert tous les autres, infiniment plus que de verser des fortunes dans la politique de la guerre froide et de flirter avec la perspective d’une guerre mondiale entre nations dotées de l’arme nucléaire.

La détente est ce dont nous avons besoin. Mais pour que cela se produise, l’empire des États-Unis va devoir cesser d’agresser et de mentir.

Sources :


  1. Chapeau porté en vertu de la croyance qu’il protège le cerveau contre les menaces telles que le contrôle mental, la lecture dans les pensées, etc. (NdT) 

  2. La thèse de la personnalité de type A et de type B décrit deux types de personnalité contrastés. Dans cette hypothèse, les personnalités plus compétitives, très organisées, ambitieuses, impatientes, très conscientes de la gestion du temps ou agressives sont étiquetées type A, tandis que les personnalités plus détendues, moins « névrosées », moins « frénétiques », plus « explicables » sont étiquetées type B. (NdT)
    Source : article de Wikipédia 

 

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