L’Afghanistan démontre pourquoi la « guerre contre le terrorisme » n’est qu’un mensonge et un fiasco

L’Afghanistan démontre pourquoi
la « guerre contre le terrorisme »
n’est qu’un mensonge et un fiasco

Par Marc Vandepitte

Une publication DeWereldMorgen.be

Guerre Impérialisme Propagande Géopolitique
Afghanistan États-Unis Chine Occident
Article

Traduit du néerlandais par EDB () • Langue originale : néerlandais


Au lieu de combattre la terreur, la « guerre contre la terreur1 » n’a fait qu’alimenter le terrorisme. Il s’agit d’un écran de fumée permettant aux États-Unis de maintenir leur domination mondiale, de garder la Chine à l’écart et d’offrir une bonne excuse au complexe militaro-industriel pour continuer à gagner de l’argent.

La « guerre contre le terrorisme » a commencé il y a vingt ans, après les attentats du 11 septembre. Le Pentagone est entré en guerre contre Al-Qaïda et ses parrains, les Talibans. C’est étrange, parce qu’Al-Qaïda est né de la propre initiative de Washington. Personne d’autre que Hillary Clinton, alors secrétaire d’État, n’a admis qu’ils combattaient des terroristes qu’ils avaient eux-mêmes créés et financés.

L’Afghanistan s’est avéré n’être qu’un avant-goût. Les interventions étrangères de l’Occident en Irak et en Syrie ont donné naissance à des groupes terroristes tels que l’État Islamique et le Front al-Nosra. La guerre contre la Libye a entraîné le chaos dans toute la région et a donné des ailes à de nombreux groupes djihadistes. Ceux-ci ont pillé les arsenaux de la Libye et ont lancé leurs guerres saintes dans de nombreux pays voisins. Aujourd’hui, des groupes terroristes fondamentalistes sont actifs dans 10 pays africains.

En 2009, le président Obama a reçu le prix Nobel de la paix. Quelques années plus tard, il bombardait sept pays simultanément. Tant de guerres nous reviennent inévitablement comme un boomerang en pleine face. Depuis 2015, nos pays ont été frappés par une vague d’attentats terroristes. Ou, comme les djihadistes le disent, « L’Occident égorge un mouton, mais il ne veut pas avoir de sang sur ses vêtements ».

Qui en bénéficiera ?

La défaite humiliante en Afghanistan ne marque peut-être pas la fin de la guerre contre le terrorisme. Au lieu de combattre le terrorisme, cette « guerre sans fin » n’a fait que l’alimenter. Les pyromanes jouent aux pompiers. Aujourd’hui, le Pentagone mène des activités antiterroristes dans 85 pays. Cela permet à l’industrie de la guerre de tourner à plein régime et aux barons de l’industrie militaire de récolter des mégaprofits.

Le coût en matière de ressources et de vies humaines est incroyablement élevé. En raison de la violence de la guerre après le 11 septembre, plus de 800 000 personnes ont été tuées. Près de la moitié d’entre elles sont des civils. Le nombre de réfugiés de guerre et de personnes déplacées en raison de la guerre contre le terrorisme s’élève à 37 millions.

Entre-temps, le prix des guerres étatsuniennes après le 11 septembre a déjà atteint le chiffre faramineux de 6 400 milliards de dollars. Cela représente 320 milliards de dollars par an, soit huit fois plus que ce que l’ONU estime nécessaire pour l’ensemble de l’aide humanitaire dans le monde.

Du pétrole et d’autres minéraux

Il y avait deux raisons principales pour lesquelles les États-Unis ont envahi l’Afghanistan. La première était le pétrole, et plus précisément la future construction d’un grand oléoduc depuis la mer Caspienne et à travers le pays. Le premier président afghan et le nouvel ambassadeur étatsunien en Afghanistan après 2001 avaient tous deux travaillé pour Unocal, une grande compagnie pétrolière étatsunienne qui avait depuis longtemps des projets de pipeline en Afghanistan. Le premier contrat étranger que le nouveau président afghan a signé portait sur la construction d’un pipeline reliant le Turkménistan à un port au Pakistan, en passant par l’Afghanistan…

En 2010, l’armée étatsunienne et des géologues ont découvert que le sous-sol afghan contenait des minéraux précieux d’une valeur de 1 000 milliards de dollars. Il s’agit notamment du fer, du cuivre et de l’or. Mais les terres rares sont encore plus importantes. L’une des plus grandes réserves de lithium au monde se trouve là. Le lithium est un composant essentiel mais rare des batteries rechargeables et d’autres technologies qui sont vitales pour lutter contre la crise climatique. Nous savons maintenant que les réserves de lithium en Bolivie ont été l’une des principales raisons du coup d’État contre Evo Morales en 2019.

Pivot vers la Chine

Une deuxième raison importante est la montée en puissance de la Chine. Après la chute du mur de Berlin et le démantèlement de l’Union soviétique, les États-Unis se sont imposé comme le leader incontesté de la politique mondiale. « Notre premier objectif », déclarait le Pentagone en 1992, « est d’empêcher l’apparition d’un nouveau rival sur la scène mondiale. Nous devons dissuader les concurrents potentiels de ne serait-ce qu’aspirer à un rôle plus important sur la scène régionale ou mondiale » (o.c.). Trente ans plus tard, la Chine est devenue le principal « rival » à maîtriser.

L’Afghanistan est également touché. Le pays est situé à proximité de la nouvelle route de la soie et borde la province occidentale du Xinjiang, où vivent les Ouïghours.

Dans un discours sans détour en 2018, Lawrence Wilkerson, ancien chef de cabinet de Colin Powell2 a révélé les véritables raisons de leur présence en Afghanistan : « Nous sommes en Afghanistan comme nous étions en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. […] Cela n’a rien à voir avec Kaboul et la construction de l’État, rien à voir avec la lutte contre les talibans […] et rien à voir avec la lutte contre quelque groupe terroriste que ce soit. Cela a tout à voir avec trois objectifs stratégiques principaux ».

Outre le fait de garder le Pakistan sous contrôle « avec le stock nucléaire potentiellement le plus instable de la planète », le colonel à la retraite mentionne deux raisons directement liées à la Chine.

« L’[armée étatsunienne en Afghanistan] est la seule puissance concrète dont disposent les États-Unis qui soit à proximité de la principale initiative chinoise Belt and Road [Nouvelle route de la soie (NdlR)], qui traverse l’Asie centrale. Si nous devions exercer cette force militaire, nous sommes en mesure de le faire en Afghanistan ».

« La troisième raison pour laquelle nous sommes là est qu’il y a 20 millions3 d’Ouïghours. Si la CIA doit monter une opération en utilisant les Ouïghours, comme Erdogan l’a fait en Turquie contre Assad, […] eh bien, [si] la CIA voulait déstabiliser la Chine, ce serait le meilleur moyen de créer des troubles et, avec ces Ouïghours, de chasser les Chinois Han qui se trouvent à Pékin, de l’intérieur plutôt que de l’extérieur ».

No Cold War

Tout cela montre clairement que la guerre contre le terrorisme n’est rien de plus qu’un prétexte. Il s’agit d’un écran de fumée permettant aux États-Unis de maintenir leur domination mondiale et d’une bonne excuse pour que le complexe militaro-industriel continue à faire de l’argent.

La guerre contre le terrorisme est un fiasco complet et une abomination. Malheureusement, Washington ne sait pas quand il faut s’arrêter, au contraire. Aujourd’hui, elle menace même d’ajouter un nouveau front important : une nouvelle guerre froide contre la Chine.

Cette nouvelle guerre froide pourrait avoir des conséquences encore plus désastreuses que la guerre contre le terrorisme. Une déclaration de l’initiative No Cold War4 l’a formulé de manière très nette : « Nous constatons que le gouvernement des États-Unis fait des déclarations de plus en plus agressives vis-à-vis de la Chine et prend des mesures à son encontre. Il s’agit là d’une menace pour la paix dans le monde, et c’est un obstacle à ce que l’humanité puisse résoudre les problèmes extrêmement graves auxquels nous sommes collectivement confronté·e·s, à savoir le dérèglement climatique, le contrôle des pandémies, la discrimination raciale et le développement économique ».5

Sources :


Sources de la photographie d’en-tête : SGTBDAV Jasper Verolme


  1. L’expression en anglais “War on Terror” est utilisée dans le texte original en néerlandais ; dans cet article, nous privilégierons la traduction française la plus fréquente de « guerre contre le terrorisme ». (NdT) 

  2. Collin Powel a été secrétaire d’État sous la présidence de Bush Jr., de 2001 à 2005, soit pendant la période de l’invasion de l’Irak. 

  3. En réalité, il y a environ 10 millions d’Ouïghours. 

  4. De l’anglais, Non à la Guerre Froide (NdT) 

  5. Traduction officielle (NdT) 

 

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