Si vous avez tué beaucoup de gens, l’assassinat de masse est votre unique héritage, celui qui vous définit

Si vous avez tué beaucoup de gens, l’assassinat de masse est votre unique héritage, celui qui vous définit

Par Caitlin Johnston

Propagande Contre-histoire Géopolitique Impérialisme
États-Unis
Article
Traduit de l’anglais par VD (LGS)Langue originale : anglais


Une expérience de pensée :

Pensez à une de vos connaissances. Pas quelqu’un de particulièrement proche, juste un de ces figurants qui traversent le film de votre vie. Imaginez maintenant que vous appreniez que ce quelqu’un est un tueur en série, qui rôde dans les rues et poignarde des gens depuis des années. Imaginez qu’il passe sa vie entière sans jamais avoir à en subir de conséquences, et puis le jour de sa mort, tout le monde ne parle que de sa grandeur et partage des anecdotes à son sujet. Vous essayez d’évoquer cette histoire d’assassinats, mais les gens réagissent avec une indignation effrénée parce que vous osez dire du mal de quelqu’un d’aussi noble et merveilleux.

« Ecoutez, je n’étais pas d’accord avec tout ce qu’il a fait, mais vous ne pouvez pas laisser un aspect sombre de la vie d’un homme éclipser toutes les autres bonnes choses qu’il a accomplies », protestent-ils. « Par exemple, saviez-vous qu’il était capitaine de base-ball à l’université de Yale ? »

« Mais... et tous ces gens qu’il a assassinés ? » demandez-vous.

« Mon Dieu, pourquoi ne pouvez-vous pas rendre hommage à un grand homme en cette période de deuil ?? » crient-ils, exaspérés.

Vous allumez la télé, et ce n’est rien d’autre qu’une hagiographie et une adulation incessantes pour celui dont vous savez qu’il était un tueur en série. Vous ramassez un journal et c’est pareil. Les rares fois où ils mentionnent le nombre étonnamment élevé de ses victimes, ils le considèrent comme une bonne chose : il a réussi à tuer rapidement et efficacement. Il a aidé notre pays à surmonter sa phobie des massacres. Nos rues sont beaucoup plus propres maintenant, sans tous ces SDF, prostituées et autres indésirables.

Toi, tu te dirais : « C’est quoi ce bordel ? Ce type a brutalement assassiné un tas d’hommes, de femmes et d’enfants sans raison valable. Nous le savons tous. Comment se fait-il que ce ne soit pas la seule chose qui définit la vie de cet homme, dont tout le monde parle en ce moment ? Quand Timothy McVeigh est mort, les gens ne passaient pas leur temps à parler de son amour de la Constitution ou du fait qu’il n’a jamais aimé les brocolis. Tout le monde se fout de combien Ted Bundy aimait son chat. Pourquoi célèbrent-ils cet assassin de masse comme si ces assassinats n’étaient qu’une anomalie marginale et sans importance dans sa vie, alors qu’il s’agit de la caractéristique la plus déterminante ? Je veux dire, c’est ça qui est son héritage ! »

Ce serait surréaliste, non ? Ce serait vraiment bizarre de discuter de cette personne sans parler de tous ses morts et destructions ou même d’en faire l’éloge.

Bien sûr, cela ne vous arrivera jamais. Aucun type choisi au hasard dans votre vie ne se ferait prendre pour un assassinat, et encore moins plusieurs, sans être puni et sans que l’on fasse en sorte que c’est la première chose qui viendra à l’esprit chaque fois que son nom sera prononcé. Non, le genre de traitement auquel nous assistons est un privilège qui n’est réservé qu’aux élites qui nous gouvernent.

Si un homme tue beaucoup de gens, son héritage est celui d’un assassin de masse. Il n’y a rien d’autre que l’on puisse accomplir dans sa vie qui pourrait éclipser la signification de l’acte d’arracher violemment la vie à des milliers d’êtres humains. Je m’en fiche si vous avez créé une œuvre de charité, si vous avez fait un discours de remise des diplômes, ou si vous aimiez beaucoup votre femme. Si vous avez commis des crimes de guerre, si vous avez sciemment ciblé des abris civils et si vous avez délibérément ciblé l’infrastructure civile d’un pays pour obtenir un avantage stratégique après la conclusion d’une guerre fondée sur le mensonge, alors vous êtes un assassin de masse — qui a peut-être aussi réalisé des choses beaucoup moins importantes au cours de votre séjour sur cette planète. C’est ce que vous êtes.

Le meurtre est considéré comme le crime le plus grave que quiconque puisse commettre dans toutes les sociétés du monde, car il s’agit de la violation la plus flagrante possible de l’intégrité d’une personne. Lorsque vous tuez quelqu’un, vous écrasez intentionnellement sa propre volonté et vous lui retirez tout, sans aucune possibilité de le récupérer. Cela n’arrête pas d’être vrai parce que quelqu’un se trouve dans un bureau qui lui donne le droit d’assassiner des gens sans crainte des conséquences. Si vous assassinez une personne, alors ce que vous êtes pour le restant de votre vie, c’est avant tout un meurtrier, car le meurtre est un crime extrêmement important. Si vous assassinez un grand nombre de personnes, alors vous êtes un assassin de masse.

George H. W. Bush était un assassin de masse. C’est son héritage. C’est ce qu’il était. Toute personne qui discute de la vie de cet homme et qui ne met pas en avant et au premier plan cet unique héritage est malhonnête quant à ce qu’est un assassinat, et elle le fait par fidélité à une structure de pouvoir corrompue qui tolère un assassinat de masse tant qu’il est commis conformément à la volonté de cette structure de pouvoir.

Chaque fois que j’organise, après la disparition d’un criminel de guerre, mon habituelle célébration publique dans les médias sociaux sur le thème « bon débarras », il y en a toujours qui souhaitent ma mort pour avoir dit une chose pareille. Bien sûr, je sais que je suscite une controverse en disant immédiatement après la mort de quelqu’un que le monde est mieux sans lui, et que les réactions hostiles sont inévitables. Mais je pense aussi que cela en dit tellement long sur la déification de ces élites tueuses d’enfants que le simple fait d’être heureuse de les voir quitter paisiblement ce monde, dans leur lit, est perçu comme une offense impardonnable. Je suppose que c’est la hauteur nécessaire du piédestal sur lequel ils sont posés, afin que les gens ordinaires ne voient que de petites faiblesses passagères là où il s’agit d’atrocités horribles qui définissent toute leur personnalité. Aux yeux d’un public complètement sous l’emprise de la propagande, ce sont des dieux, comme l’indique très clairement la béatification ininterrompue de Poppy Bush [Poppy, surnom de son enfance — c’est mignon. (NdT)].

Les présidents US ne sont pas spéciaux. Lorsqu’ils ordonnent l’extermination d’un grand nombre de vies humaines sans raison légitime, ils sont aussi coupables que si vous ou moi les avions exterminées nous-mêmes, personnellement. Et si vous ou moi avions fait une telle chose au cours de notre vie, nous savons tous les deux que les gens ne passeraient pas leur temps après notre disparition à dire combien nous étions charmants.

George Herbert Walker Bush était un assassin de masse, et la seule raison pour laquelle ce fait indéniable ne domine pas le discours public aujourd’hui est la myopie provoquée par une dynamique de pouvoir profondément injuste.

Source : article publié sur le site web Le Grand Soir
https://www.legrandsoir.info/george-herbert-walker-bush-si-vous-avez-tue-beaucoup-de-gens-l-assassinat-de-masse-est-votre-unique-heritage-celui-qui-vous.html


Source de la photographie d’en-tête : AJ Guel
Le président George H. W. Bush (10 octobre 2010)
https://www.flickr.com/photos/[email protected]/5072965692
[ Creative Commons ]