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Attention à la grande frousse

Attention
à la grande frousse

Par Bruno Guigue


Article


• Langue originale : français


Au lendemain de l’énorme démonstration du 17 octobre, l’opinion est tellement manipulée par les médias de droite qu’il va falloir ferrailler dur pour rétablir la vérité.

Et pourtant c’est l’évidence même : quand des scènes de destruction et de pillage viennent polluer une immense protestation populaire, qui est responsable ?

Le délitement de la société, le discrédit des institutions, le dédain pour « les gens qui ne sont rien », cette montée de la haine qui s’est répandue comme un poison, tout cela ne vient pas de nulle part.

C’est le résultat de dix ans de macronisme, d’un pouvoir larbinisé par la finance, cynique et brutal, qui répond aux demandes populaires par la violence et le mépris.

C’est pourquoi le chaos dans la rue n’est pas seulement l’œuvre des imbéciles, des provocateurs et des flics infiltrés.

Il est la traduction du chaos organisé par des corrompus qui ont ruiné la France et l’ont vendue à l’encan pour gaver des milliardaires et financer une guerre stupide.

Responsable des causes profondes du désordre actuel, le pouvoir l’est aussi de ses causes immédiates.

Dans une République normalement constituée, les forces de l’ordre doivent maintenir l’ordre, c’est-à-dire garantir le bon déroulement des manifestations.

Lamentable ! Après avoir roulé les mécaniques pendant une semaine devant des adolescents, les Robocops de Nunez ont failli à ce qui devrait être leur mission.

On se demandera pourquoi. Pourquoi cet échec, pourquoi une telle débandade ?

Là, il y a trois explications possibles et non contradictoires : la nullité du commandement opérationnel, l’incapacité des troupes à faire leur travail, la perversité des ordres venus d’en haut.

Nullité du commandement opérationnel, quand les unités sont utilisées à tort et à travers, agressent inutilement les manifestants et laissent faire les pillards.

Incapacité des troupes à faire leur travail, quand elles lâchent prise face à des émeutiers aguerris qui ne fuient pas l’affrontement.

Mais perversité des ordres venus d’en faut, surtout, quand on laisse visiblement s’instaurer le chaos pour discréditer le mouvement social.

Que les acteurs de ce mouvement en tiennent compte : tout, absolument tout, sera fait pour saboter, salir et diffamer la protestation légitime du peuple français.

Sans relâche, le matraquage médiatique accompagnera le matraquage physique, et les gaz toxiques de la propagande chercheront à étouffer les revendications.

Pour la bourgeoisie, tous les coups sont permis.

En effrayant un électorat abreuvé de scènes apocalyptiques, la classe dominante espère un sursaut réactionnaire, elle compte sur la grande frousse qui fait voter à droite.

C’est pourquoi elle prépare méthodiquement la victoire du parti de l’ordre, et cette fois-ci, n’en doutez pas un instant, ce sera le Rassemblement national, dont le président vient de demander l’intervention de l’armée.

Rappelez-vous les élections de juin 1968 : ce fut un raz-de-marée conservateur. Demain, les émules de Le Pen remplaceront les gaullistes. On n’y gagnera pas au change, croyez-moi.

Inutile de dire que, dans sa réflexion stratégique, la gauche de rupture a sérieusement intérêt à méditer ce précédent.

En politique, avoir raison ne suffit pas. On peut exprimer des idées fécondes, incarner un projet d’avenir, et se faire battre à plate couture.

Source :


Source de l’illustration d’en-tête : En dehors de la boîte
Spécification par EDB
Image générée par ChatGPT Images (OpenAI)

 

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