Un front de la CIA menace la Géorgie d’une révolution de couleur. Osera-t-on parler de coup d’État ?

Un front de la CIA
menace la Géorgie
d’une révolution de couleur.
Osera‑t‑on parler
de coup d’État ?

Par Kit Klarenberg

Une publication MintPress News


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Traduit de l’anglais par EDB () • Langue originale : anglais


Au cours de la deuxième semaine de mars, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Tbilissi, en Géorgie, pour manifester leur indignation face à un projet de loi exigeant que toute ONG opérant dans le pays et tirant plus de 20 % de ses revenus de l’étranger s’enregistre en tant qu’« agent de l’étranger ».

Des affrontements violents avec la police, des graffitis anti-russes sur pratiquement toutes les surfaces verticales disponibles, des slogans mutins et belliqueux, des drapeaux de l’UE, de la Géorgie et de l’Ukraine bien en évidence, toutes ces scènes largement rapportées ont été accompagnées d’une bande sonore ininterrompue de commentaires hostiles de la part de représentants de l’Union européenne et des États-Unis.

Appelant les parlementaires géorgiens à « abandonner » la proposition, Samantha Power, célèbre faucon de guerre et chef de l’USAID, a inexplicablement proclamé que la nouvelle loi « [menace] gravement l’avenir euroatlantique de la Géorgie et la capacité des Géorgiens à réaliser leurs propres aspirations économiques, sociales et autres ».

Samantha Power : « Les lois sur les agents étrangers proposées par la Géorgie menacent gravement l’avenir euroatlantique de la Géorgie et la capacité des Géorgiens à réaliser leurs propres aspirations économiques, sociales et autres. J’appelle le Parlement géorgien à renoncer à ces propositions de loi. »

Le porte-parole du département d’État des États-Unis, Ned Price, a averti de manière menaçante tout député géorgien qui oserait voter en faveur de la loi sur les agents étrangers qu’il serait personnellement responsable « d’avoir potentiellement mis en péril l’avenir euroatlantique de Tbilissi ». Il a poursuivi en déclarant que cette loi n’était « pas compatible » avec « l’avenir [que les Géorgiens] se sont fixé, et l’avenir que nous, les États-Unis, sommes déterminés à continuer à suivre en tant que partenaire pour les aider à le réaliser ».

L’opposition véhémente de Washington à la loi sur les agents étrangers n’est pas surprenante. Au cours des trois dernières décennies, des milliers d’organisations, y compris des médias et des groupes de défense des droits en Géorgie, ont reçu des fonds de la National Endowment for Democracy (NED / Fondation nationale pour la démocratie) et de l’U.S. Agency for International Development (USAID / Agence des États-Unis pour le développement international) — USAID que Power dirige aujourd’hui, soit dit en passant. Toute réforme qui exposerait davantage ce fait à peine caché, mais peu reconnu ou compris, pourrait soulever des questions difficiles sur l’indépendance de ces entités et les sinistres objectifs qu’elles servent toujours davantage.

Le fait que ces organisations aient tout intérêt à garder secret leur financement étatsunien a été amplement démontré par leur présence marquée au premier plan des manifestations à Tbilissi. De nombreux membres du personnel d’ONG financées par la NED se sont également rendus sur les réseaux sociaux pour crier leur désapprobation à l’idée de devoir divulguer leurs financements étrangers — alors que leurs employeurs le faisaient déjà volontairement dans certains cas.

Par chance, au moment où les milliers de personnes rassemblées devant le parlement de Tbilissi semblaient sur le point de prendre d’assaut le bâtiment, le gouvernement géorgien a supprimé la loi sur les agents étrangers. Comment expliquer l’aversion viscérale des manifestants à devoir admettre ouvertement leur relation avec la NED en vertu de la loi ?

La NED a été créée en 1983, après que les agences de renseignement des États-Unis ont été impliquées dans un certain nombre de scandales embarrassants et très médiatisés. William Casey, alors chef de la Central Intelligence Agency (CIA / Agence centrale de renseignement), a joué un rôle essentiel dans sa création. Il souhaitait mettre en place un mécanisme public de financement des groupes d’opposition, des médias et d’autres militants antigouvernementaux à l’étranger, qui pourrait être utilisé pour déstabiliser et renverser les gouvernements ennemis, ce qui était auparavant une exclusivité de la CIA.

La NED représente un mécanisme très insidieux, mais presque entièrement transparent, grâce auquel, à tout moment, l’empire des États-Unis peut mettre au pas un gouvernement étranger — si celui-ci s’écarte ne serait-ce que légèrement de la voie approuvée par Washington dans tous les domaines de la politique, nationale comme extérieure — et le renverser purement et simplement, si nécessaire. La « révolution des Roses » de 2003 en Géorgie en est une démonstration pratique et concrète.

La CIA finance des artistes de graffiti

Dès son lancement, la NED s’est rapidement attelée à l’élimination du communisme en Europe de l’Est, en soutenant des mouvements activistes tels que Solidarité en Pologne. La Yougoslavie est néanmoins restée obstinément imperméable à l’ingérence de l’agence jusqu’au tournant du siècle. En décembre 2000, une enquête du Washington Post a expliqué avec force détails comment une rébellion populaire apparemment spontanée, qui a finalement chassé le président Slobodan Milosevic deux mois plus tôt, avait en fait été secrètement financée et dirigée par cette couverture de la CIA.

Des professionnels étatsuniens de la publicité, qui commercialisaient habituellement des chewing-gums et des sodas, ont été engagés pour concocter des slogans accrocheurs, des opérations de relations publiques et d’autres approches innovantes en matière de communication, afin de saper les efforts de Milosevic. Des sondages d’opinion poussés et d’innombrables groupes de discussion ont été organisés en coulisses pour tester et perfectionner la stratégie de la campagne à l’avance et en temps réel. Pendant ce temps, des dizaines de candidats parlementaires et de militants ont été formés en secret à l’art de rester « sur le message » pour répondre aux questions des journalistes et réfuter efficacement les arguments des partisans de Milosevic.

Le collectif d’étudiants activistes Otpor (du serbe qui signifie « Résistance ») a également bénéficié d’une formation et d’un soutien intensifs. Ses membres ont appris à organiser des grèves, à communiquer publiquement par le biais de symboles, à « surmonter la peur » et à saper l’autorité du gouvernement par d’autres moyens perturbateurs et non violents.

L’USAID a fourni 5 000 bombes de peinture aux étudiants activistes pour qu’ils apposent des graffitis anti-Milosevic dans tout le pays, mais Otpor a également utilisé « un large éventail de techniques sophistiquées de relations publiques, incluant les sondages, la distribution de tracts et la publicité payée » sur les deniers de Washington. Tous leurs messages étaient aussi basés sur des sondages financés par les États-Unis, ce qui signifie qu’« à chaque instant, nous savions ce qu’il fallait dire aux gens », s’est vanté l’un des militants du groupe.

« Notre idée était d’utiliser l’image de marque des entreprises en politique. Le mouvement doit avoir un département marketing. Nous avons pris Coca-Cola comme modèle », a révélé un dirigeant d’Otpor en 2005.

Au total, des dizaines de millions de dollars ont été engagés — ouvertement pour une partie et secrètement pour l’autre — dans la campagne anti-Milosevic par la CIA, la NED, l’USAID et d’autres agences gouvernementales des États-Unis, et ce en l’espace d’un an seulement. À l’époque, la population de ce qui restait de la Yougoslavie était d’environ 10 millions d’habitants, ce qui signifie que plusieurs dollars ont été alloués à chaque citoyen.

Étant donné que le salaire mensuel moyen dans le pays était apparemment inférieur à 30 dollars, cette manne financière est allée très loin, et des soldats du changement de régime ont été facilement recrutés. Proportionnellement et en sens inverse, cela reviendrait à ce que Belgrade dépense des milliards pour influencer une élection aux États-Unis — ce qui n’aurait pas été le moins du monde légal ni toléré par Washington, bien entendu.

Le succès et la visibilité d’Otpor ont été tels que le groupe a commencé à développer un jeu vidéo, A Force more powerful (Une force plus puissante). Les joueurs y apprennent à s’opposer aux « dictateurs, aux occupants militaires et aux dirigeants corrompus en utilisant des méthodes qui ont fait leurs preuves dans des conflits réels » au moyen de 12 scénarios distincts « inspirés de l’histoire récente ». Destiné « aux activistes et aux leaders de la résistance non violente et des mouvements d’opposition », on espérait que les médias et le public seraient plus largement éduqués à l’art de la révolution.

Publié en mars 2006, le projet révolutionnaire d’Otpor a été exporté à plusieurs reprises dans le monde entier, avec l’aimable autorisation de la NED. La première étape de leur tournée internationale a été la Géorgie.

Trop, c’est trop…

Apparatchik soviétique chevronné et personnalité importante de la politique géorgienne pendant de nombreuses décennies, ayant gouverné le pays par intermittence depuis le début des années 1970, Édouard Chevardnadzé était une figure réformatrice clé du gouvernement de Mikhaïl Gorbatchev. En tant que ministre des Affaires étrangères, il a joué un rôle significatif dans la fin de la guerre froide. Il a notamment mis fin à la guerre en Afghanistan, autorisé la réunification de l’Allemagne, retiré l’Armée rouge d’Europe et négocié des traités sur les armes nucléaires avec les États-Unis.

À bien des égards, Chevardnadzé était le choix de Washington pour la présidence de la Géorgie ; son accession au pouvoir en 1992 s’est faite dans le contexte d’une guerre civile sanglante, qui opposait l’armée sous-équipée de la république nouvellement indépendante aux mouvements sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, soutenus par la Russie et animés d’une farouche détermination. Cette situation l’a immédiatement mis en porte-à-faux avec le Kremlin, et les relations entre Moscou et Tbilissi sont restées généralement médiocres sous son règne.

En revanche, il a entretenu des relations extrêmement chaleureuses avec les gouvernements occidentaux. Les privatisations à grande échelle qu’il a supervisées ont enrichi les oligarques étatsuniens et européens, tandis que les modifications apportées au Code civil en 1997 ont ouvert la voie à la création de milliers d’ONG financées par l’étranger. Très rapidement, Tbilissi est devenu l’un des plus grands bénéficiaires de l’aide financière et militaire des États-Unis dans le monde. À la fin de la décennie, Chevardnadzé avait signé un partenariat stratégique avec l’OTAN et exprimé clairement son désir d’adhérer à l’UE.

Lorsque George Soros s’est rendu à Tbilissi pour créer une antenne locale de l’Open Society Foundation en 2000, il a été accueilli en tant qu’invité personnel de Chevardnadzé. Au cours de son séjour, il a également rencontré Mikheil Saakashvili, alors ministre de la Justice de la Géorgie, diplômé d’universités d’élite des États-Unis, dont Columbia où il a étudié grâce à une bourse d’études financée par le département d’État.

Peu de temps après, le jeune Saakashvili a quitté de façon spectaculaire son poste et a fondé un parti politique, le Mouvement national, avec le soutien de l’Open Society. Le financement accordé par Soros aux médias d’opposition, notamment au réseau de télévision Rustavi-2, s’est également intensifié, tout comme les critiques de ces médias à l’égard de Chevardnadzé, qui ont pris aussi bien la forme de cartoons satiriques mettant en scène un président animé véreux que d’enquêtes approfondies sur la corruption de l’État. En février 2003, Soros « a commencé à poser les jalons du renversement » du gouvernement géorgien, selon The Toronto Globe and Mail.

L’activiste géorgien Giga Bokeria, fondateur du Liberty Institute, soutenu par la NED et l’Open Society, a été envoyé pour rencontrer Otpor. Des représentants du collectif ont ensuite été envoyés par avion à Tbilissi, où ils ont enseigné à des milliers de personnes comment renverser pacifiquement Chevardnadzé et former leur propre groupe révolutionnaire. Connu sous le nom de Kmara (du géorgien qui signifie « Assez »), ce groupe s’est fortement inspiré de l’image de marque et des messages d’Otpor. Des fonds importants de la NED et de l’Open Society ont immédiatement afflué.

Cette injection d’argent a permis à Kmara de développer toute une série de produits et de stratégies de campagne avant les élections de novembre 2003 en Géorgie. Dans les dix jours précédant le scrutin, Rustavi-2 a diffusé à plusieurs reprises Bringing down a dictator (Faire tomber un dictateur), un documentaire étatsunien sur le renversement de Milosevic.

« Le plus important, c’était le film », a déclaré plus tard un représentant du Mouvement national. « Tous les manifestants connaissaient par cœur les tactiques de la révolution à Belgrade parce qu’on leur avait montré le film […] Tout le monde savait ce qu’il fallait faire. C’était une copie de cette révolution, mais en plus fort. »

L’élection a été apparemment remportée par une coalition de partis pro-Chevardnadzé. Immédiatement — et selon certains comptes-rendus, avant même la fin du scrutin —, des sondages faits à la sortie de l’isoloir et commandés par la NED ont commencé à circuler, suggérant que le résultat officiel était frauduleux et que l’opposition avait, en fait, clairement gagné. Des dizaines de militants antigouvernementaux venus de tout le pays se sont alors rendus au parlement de Tbilissi, dans des bus payés par Kmara.

À l’extérieur, des haut-parleurs et un écran de cinéma ont été installés pour diffuser Rustavi-2 — le principal propagateur du contre-vote de la NED — et des images des jeunes leaders de la protestation à l’œuvre. Les manifestations nationales, menées par Kmara, ont fait rage pendant des semaines et ont culminé le 23 novembre, lorsque les militants ont pris d’assaut le parlement en brandissant des roses. Le lendemain, Chevardnadzé a démissionné.

Une révolution « terriblement décevante »

Saakashvili est devenu président en janvier 2004. Au cours de la décennie suivante, il a poursuivi la « libéralisation » de l’économie géorgienne et accéléré la privatisation des dernières industries d’État, mené de vastes efforts de lutte contre la corruption et augmenté les dépenses de défense jusqu’à atteindre le chiffre stupéfiant de 9,2 % du PIB.

Les responsables des États-Unis, ainsi que des groupes tels que Transparency International et la Banque mondiale, ont salué Saakashvili pour avoir fait de la Géorgie l’un des pays où il est le plus facile de faire des affaires et pour avoir fait croître l’économie de 70 % entre 2003 et 2013, période au cours de laquelle le revenu par habitant a grosso modo triplé. Pourtant, même le journal interne de l’empire des États-Unis, Foreign Policy, a admis que les résultats de la « révolution des Roses » étaient « terriblement décevants ». Les changements profonds « ne se sont jamais vraiment matérialisés » et « la corruption des élites s’est poursuivie à un rythme soutenu ».

Lorsque Saakashvili a quitté ses fonctions, la pauvreté en Géorgie n’avait diminué que de façon marginale, et environ un quart de la population vivait toujours en dessous du seuil de pauvreté absolue. De plus, le pays n’était ni moins autoritaire ni plus démocratique. En fait, son régime était dictatorial à bien des égards, ce qui n’avait pas été le cas avec Chevardnadzé.

Par exemple, Saakashvili a remplacé les institutions « super-présidentielles » par des mécanismes « hyper-présidentiels » encore plus concentrés, lui conférant un pouvoir unilatéral dans des domaines clés. Grâce à ce pouvoir, parmi de nombreuses manœuvres autocratiques, il a tenté d’interdire les partis politiques opposés à son programme.

Plus grave encore, des questions se posent quant à son implication dans plusieurs morts suspectes, comme celle du Premier ministre Zarub Zhvania. Il est connu pour avoir ordonné aux services de sécurité géorgiens d’assassiner des rivaux, tels que l’oligarque Badri Patarkatsishvili, et, également sur son ordre, les prisons sont devenues des foyers politisés de torture et de viol. La population carcérale du pays a quadruplé pendant son mandat pour atteindre 25 000 détenus, soit plus par habitant que dans n’importe quel autre État européen.

Malgré tous les efforts de Saakashvili pour truquer les élections d’octobre 2012 (efforts activement soutenus par la NED), il a perdu le pouvoir et une coalition dirigée par Rêve géorgien gouverne le pays depuis lors. Les détracteurs nationaux — dont le Shame Network, financé par la NED, qui a été à l’avant-garde du récent soulèvement — et les partisans de Kiev à l’étranger accusent le parti d’être pro-Kremlin.

En réalité, Rêve géorgien a toujours trouvé un équilibre délicat entre le renforcement des liens avec l’Occident, la promotion de l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN et le maintien d’une coexistence civile avec Moscou. Cet équilibre est devenu de plus en plus difficile à préserver à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie : la pression occidentale sur Tbilissi pour qu’elle impose des sanctions à son voisin beaucoup plus grand, riche et puissant — l’un des plus grands partenaires commerciaux du pays — et pour qu’elle envoie des armes à Kiev ne cesse de s’intensifier.

Jusqu’à présent, le gouvernement s’est abstenu de le faire, bien qu’il s’efforce de respecter les régimes de sanctions des États-Unis et de l’Europe et qu’il ait condamné l’invasion à l’ONU. Le Premier ministre Irakli Garibashvili a déclaré, en décembre 2022, que Kiev lui avait demandé à plusieurs reprises d’ouvrir un « second front » depuis le 24 février de la même année, et que son refus n’avait pas été chaleureusement accueilli.

Il est compréhensible que Tbilissi souhaite éviter un conflit total, notamment en raison de la déroute brutale qu’elle a subie lors de la guerre russo-géorgienne d’août 2008, qui a débuté lorsque Saakashvili, encouragé par les États-Unis, a commencé à frapper des positions civiles en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Bien que la guerre n’ait duré que cinq jours, pas moins de 200 000 personnes ont été déplacées et des centaines ont été tuées.

On ne peut que spéculer sur le fait que Rêve géorgien ait précisément maintenu la loi sur les agents étrangers afin d’empêcher la mise en place, sous l’égide de la NED, d’un gouvernement plus enclin à ouvrir un « second front » et à imposer des sanctions à la Russie.

Osera-t-on appeler cela une tentative de coup d’État ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on retrouve l’empreinte de la NED et celle de l’USAID dans le coup d’État de Maïdan, en Ukraine, en février 2014. À chaque étape de la « révolution », des individus et des organisations financés par ces deux entités ont figuré en bonne place.

Deux ans auparavant, Oleh Rybachuk, qui a dirigé plusieurs groupes d’opposition financés par l’USAID pendant des années avant le Maïdan, a fait part très clairement de ses intentions insurrectionnelles en déclarant à propos de la « révolution orange » à Kiev, une décennie avant : « Nous voulons recommencer, et nous pensons que nous le ferons. » En mai 2014, George Soros a déclaré à CNN que son Open Society Foundation avait « joué un rôle important dans les événements » liés à Maïdan.

George Soros explique à Fareed qu’il sera difficile d’extraire l’Ukraine de la Russie, car cela saperait le régime de Poutine.
2014-05-24 [GPS / CNN]

Cependant, les reportages des médias contemporains sur Maïdan ont soit ignoré le rôle, pourtant sans ambiguïté, des États-Unis dans sa fomentation, soit rejeté la proposition en la qualifiant de « désinformation » russe ou de théorie du complot. Depuis le début du conflit en Ukraine, les journalistes occidentaux sont devenus encore plus agressifs en rejetant toute suggestion qui n’allait pas dans le sens que le soulèvement était une révolte de l’écrasante — si ce n’est absolue — majorité de la population. Les anciens reportages mainstream mettant en avant le rôle de Washington dans le renversement de Milosevic, Chevardnadzé et autres ont apparemment été effacés de leur mémoire.

Cette amnésie de masse peut être attribuée au niveau croissant d’hostilité à l’égard de la NED et de l’USAID dans le monde entier, ainsi qu’aux mesures prises par les gouvernements — en particulier ceux avec lesquels Washington entretient une animosité particulière — pour restreindre ou interdire purement et simplement ces organisations qui servent de façades à la CIA. La réalité de la raison d’être de ces officines et de leur modus operandi est donc devenue non seulement inavouable, mais elle doit être niée avec véhémence par les journalistes occidentaux.

Après tout, il n’est pas possible d’admettre que les dirigeants d’États ennemis disent la vérité. À titre d’exemple, un article du Guardian de juillet 2015 sur la proscription de la NED par Moscou en vertu des lois sur les agents étrangers s’est étonnamment appuyé sur une brève citation tirée du site web de l’organisation pour décrire les activités de celle-ci. En revanche, en novembre 2004, le même média avait publié un compte rendu détaillé sur la façon dont la « révolution orange » de cette année-là en Ukraine a été entièrement orchestrée par la NED et l’USAID.

De nos jours, les accusations d’ingérence extérieure dans les troubles politiques à l’étranger sont presque toujours contrées par des appels à l’« action » des manifestants et à leurs « griefs légitimes ». Dans le contexte de la séquence incendiaire qui s’est déroulée récemment à Tbilissi, de tels appels sonnent creux. Il est tout à fait inconcevable qu’une préoccupation qui se voudrait aussi vertueuse pour un amendement réglementaire relativement insignifiant ait été suscitée de manière organique, en accord direct avec les déclarations et les condamnations des représentants des États-Unis.

Pour l’instant, bien que la voie du changement de régime soit à nouveau bien visible, les manifestations semblent n’avoir été qu’un simple coup de semonce. Si le gouvernement a capitulé aussi facilement, c’est qu’il était conscient du risque d’une révolution pure et simple, rendue possible par les moyens mis en œuvre sur le terrain par la NED, si on ne lui avait pas tordu le bras. Si l’empire a été calmé, la menace n’a pas pour autant disparu. Le danger restera, quotidien et existentiel, tant que la NED opérera à Tbilissi.

 

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