Les géants de la Silicon Valley collaborent avec le gouvernement américain sur le Venezuela

Les géants de la Silicon Valley collaborent avec le gouvernement américain sur le Venezuela

Par Caitlin Johnston

Médias Démocratie Entreprises Propagande Internet
États-Unis
Article
Traduit de l’anglais par EDBLangue originale : anglais


Chaque fois que vous vous exprimez dans un forum public contre la censure sur Internet, telle que les récents bannissements par Instagram/Facebook de Louis Farrakhan, d’Infowars et de plusieurs experts de la droite, vous offensez toujours deux groupes politiques majeurs. Le premier groupe comprend les autoritaristes au service du pouvoir et qui s’identifient à l’aile gauche du spectre politique ; ils soutiennent qu’il est bon et juste de faire confiance aux ploutocrates de la Silicon Valley pour réglementer le discours politique sur les plateformes monopolistiques géantes. Le deuxième groupe est constitué des chefs de file du capitalisme qui estiment qu’il existe, dans le marché libre, une solution à chaque problème ; ils soutiennent que ces géants de la Silicon Valley sont des sociétés privées complètement distinctes du gouvernement, et qu’il n’est donc pas exact de qualifier de censure ce qu’ils font de leurs propres biens.

Cependant, est-ce réellement vrai ? Est-il exact de prétendre que ces sociétés tentaculaires avec lesquelles personne ne peut rivaliser sont simplement des sociétés privées, séparées et distinctes du gouvernement de la nation dans laquelle elles sont basées ? Si vous observez leur comportement, cela ne semble certainement pas être le cas.

Le gouvernement étatsunien s’emploie à renverser le gouvernement du Venezuela et à le remplacer par un régime fantoche. Au cas où vous seriez encore dans le déni de ce fait évident, consultez le bulletin d’information du 24 avril sur le site web de l’ambassade des États-Unis au Brésil qui se vante ouvertement de la manière dont les pressions économiques et diplomatiques sont délibérément exercées sur le gouvernement vénézuélien pour installer à la tête de la nation la marionnette de Washington, Juan Guaidó. Le conseiller à la sécurité nationale de Trump [John Bolton (NdT)] a menacé de manière flagrante, même sur Twitter, que les États-Unis affameront les familles des officiers de l’armée vénézuélienne si ceux-ci ne renversent pas leur gouvernement.

C’est un programme connu et non dissimulé du gouvernement étatsunien. Et les géants de la Silicon Valley le facilitent activement.

Par exemple, comme l’a souligné le journaliste Max Blumenthal, si vous allez sur Google et que vous cherchez l’ambassade du Venezuela à Washington, le résultat que vous obtenez est le suivant :

Google affiche, comme ambassadeur du Venezuela aux États-Unis, Carlos Vecchio, alors que celui-ci ne dispose ni de pouvoir gouvernemental ni d’autorité pour délivrer des passeports vénézuéliens ; il ne représente pas un gouvernement actuel, mais plutôt un gouvernement fantoche que les États-Unis tentent de mettre en place. Google n’a aucune raison de qualifier d’« ambassadeur » ce produit de la propagande du gouvernement étatsunien, mais elle le fait néanmoins en soutenant une campagne agressive visant à remplacer le personnel légitime vénézuélien de l’ambassade de Washington par des membres représentant un régime fictif de marionnettes.

Google, soit dit en passant, est financièrement liée aux agences de renseignement étatsuniennes depuis sa création lorsqu’elle a reçu des subventions de recherche de la CIA et de la NSA pour la surveillance de masse. Elle injecte des sommes énormes dans le lobbying fédéral et les thinks tanks de Washington, entretient une relation intime avec la NSA, et a été un sous-tratant du renseignement militaire depuis le début.

Avec Wikipedia, dont le leadership lui permet de servir de plateforme d'opération pour la gestion de la narrative de l’empire centralisé des États-Unis, c’est la même chose. Cherchez Juan Guaidó, qui n’a actuellement aucun pouvoir politique ni aucune autorité au Venezuela, et voici ce que vous allez voir :

« Président du Venezuela par intérim »

C’est comme ça depuis janvier.

Avec Twitter, c’est pareil. Pendant et immédiatement après la tentative manquée de coup d’État du 30 avril au Venezuela, le site a suspendu de nombreux comptes du gouvernement vénézuélien, dont certains définitivement, et, plus tôt cette année, Twitter a supprimé les comptes de près de 2 000 utilisateurs pro-Maduro. En 2017, nous avons vu la même chose, avec des milliers d’autres comptes pro-Maduro supprimés. Rien de comparable n’a jamais eu lieu avec les gouvernements des nations alliées des États-Unis.

Avec Facebook, nous avons vu les pages de Venezuela Analysis et de TeleSUR English temporairement suspendues, ainsi que, conjointement avec Twitter, la suppression définitive de comptes « inauthentiques » vénézuéliens, iraniens et russes. Le programme de censure de Facebook est dirigé par l’organe de contrôle de la narrative de l’Atlantic Council qui est financé par les gouvernements des États-Unis et de ses alliés.

Il n’y a aucune raison légitime pour que ces énormes sociétés de la Silicon Valley agissent dans l’intérêt des agendas du département d’État américain, et c’est pourtant exactement ce qu’elles font ici.

Un petit rappel : lors d’une audience du Comité judiciaire du Sénat en octobre 2017, les sénateurs ont parlé, de façon très troublante, aux plus hauts responsables des services juridiques et de sécurité de la nécessité, pour Facebook, Twitter et Google, d’un ministère de la Vérité pour faire taire les voix divergentes. La sénatrice démocrate Mazie Hirono d’Hawaii a demandé aux sociétés d’adopter un « énoncé de mission » déclarant leur engagement « d’empêcher la fomentation de la discorde ».

Directeur de la narrative dans un think tank et ancien agent du FBI, Clint Watts a poussé encore plus loin en déclarant : « Les guerres civiles ne commencent pas avec des coups de feu, elles commencent avec des mots. La guerre de l’Amérique avec elle-même a déjà commencé. Nous devons tous agir maintenant sur le champ de bataille des médias sociaux pour réprimer les rébellions de l’information qui peuvent rapidement conduire à des affrontements violents et nous transformer facilement en États-Divisés d’Amérique.1 »

« Stopper le tir de barrage des fausses informations qui se répandent sur les utilisateurs de médias sociaux n’arrivera que lorsque ces fournisseurs qui distribuent des histoires mensongères seront réduits au silence — faites taire les canons et le tir de barrage s’arrêtera », a ajouté Watts.

« Dans un système corporatiste de gouvernement, la censure des entreprises est la censure de l’État. Quiconque est d’accord avec les ploutocrates de la Silicon Valley pour interdire à Alex Jones, à Louis Farrakhan ou à diverses personnalités du gouvernement vénézuélien de s’exprimer sur ces plateformes monopolistiques géantes est un idiot. »

Ces sociétés ne sont pas indépendantes du gouvernement des États-Unis de manière significative, et leur comportement n’est donc pas meilleur que la censure étatique que nous voyons couramment dans d’autres pays non alliés et que les officiels étatsuniens dénoncent. C’est peut-être pire à certains égards, car, au moins, les Chinois savent que leur gouvernement les censure.

Dans un système de gouvernement corporatiste, où il n’y a pas de séparation significative entre le pouvoir gouvernemental et le pouvoir des entreprises, la censure des entreprises est la censure de l’État. La Constitution étatsunienne protège ses citoyens de la censure gouvernementale, mais ils ne sont absolument pas protégés de la censure des entreprises que nous observons aujourd’hui et qui fonctionne exactement de la même manière. Quiconque contrôle le récit contrôle le monde, et ils utilisent la censure des entreprises pour contrôler le récit.

Le problème fondamental de notre monde est que les personnes qui appellent à commettre des crimes sont des sociopathes omnicides,2 et que la seule force capable de les arrêter, la volonté collective du public, est trop largement anesthésiée par la propagande pour le faire. La narrative est trop étroitement contrôlée, de sorte que la population ne se soulève pas contre les oppresseurs qui les poussent vers l’extinction avec le chaos climatique ou la guerre nucléaire. Nous n’y arriverons pas en tant qu’espèce si nous ne pouvons pas trouver un moyen de surmonter cela.


  1. Par opposition à États-Unis d’Amérique. (NdT) 

  2. Dans l’article original en anglais, l’auteure emploie le terme omnicidal qui est relatif à omnicide, lui-même composé de omni (tout) et de cide (tuer). (NdT)